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La publication du calendrier électoral est un "piège", selon l'opposition au Togo

Jean-Pierre Fabre chef de file de l'opposition togolaise, à Lomé, Togo, 16 août 2018. (VOA/Kayi Lawson)

La Commission électorale au Togo a créé la surprise en annonçant cette semaine non pas une, mais trois élections avant la fin de l'année : un nouveau sujet de crispation entre le pouvoir et les partis de l'opposition, qui perdent du souffle un an après des manifestations massives dans le pays.

Il y a tout juste un an, une marée humaine s'était emparée des rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du nord du pays, à l'appel de la coalition de l'opposition, pour demander la démission du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, après la mort de son père, qui avait lui-même dirigé ce petit pays d'Afrique de l'Ouest pendant 38 ans.

Après des dizaines de manifestations, des mois de confrontations, des centaines de blessés, une quinzaine de morts, et des jours de pourparlers entre ce regroupement de 14 partis politiques de l'opposition et le pouvoir, sous l'égide de diplomates de la région, tout est revenu à la normale dans les rues du pays. Ou presque.

Les négociations se sont achevées avec un goût amer pour l'opposition, après les recommandations des chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), encourageant les autorités à organiser des législatives "avant la fin de l'année".

Mais la Commission électorale (CENI) est allée encore plus loin, mardi, annonçant un référendum, ainsi que des élections locales (dont les dernières remontent à 1985) pour le 16 décembre, en plus des législatives, officiellement prévues le 20 décembre.

L'opposition a dit redouter des "fraudes" dans le contexte de crise actuel, mais n'a pas vraiment d'autre choix que de participer aux législatives si elle veut avoir une chance de peser au Parlement.

- "Mascarade" -

Cette décision va incontestablement dans le sens du pouvoir, favorable à la tenue prochaine d'élections, qui permettraient de casser la cohésion nouvelle au sein de la coalition entre 14 partis de l'opposition: chacun désormais doit faire campagne pour son propre camp afin de remporter des sièges au Parlement.

Les principaux membres de l'opposition ont toutefois prévu des réunions d'informations les 22 et 23 septembre à travers le pays, pour mettre en place une stratégie commune.

Pour Jean Pierre Fabre, chef de file de l'opposition, qui a qualifié les législatives de "piège" tendu par le pouvoir, les responsables de la coalition "ne se prêteront pas à n'importe quelle mascarade".

"Les élections se dérouleront quand les tâches nécessaires à un scrutin libre, équitable, transparent et démocratique, seront effectuées", avait-il martelé avant l'annonce de la CENI, qui a assuré être "prête" pour décembre.

L'opposition parlementaire boycotte toujours les 4 sièges (sur 17) qui lui sont attribués au sein de la CENI, demandant un plus juste ré-équilibrage entre les forces politiques togolaises, mais la commission a malgré tout décidé de reprendre ses activités début août.

"Le comportement de ce régime est suspect et la précipitation dans le processus électoral cache mal, la volonté de faire des élections escamotées", a dénoncé jeudi Nathaniel Olympio, président du parti des Togolais (membre de la coalition) dans une déclaration à l'AFP.

- Limitation des mandats présidentiels -

Le président de la CENI n'a pas souhaité s'exprimer sur la teneur du référendum qui sera aussi organisé en décembre, mais il s'agit sans doute de la réforme constitutionnelle, voulue par le pouvoir et prévoyant la limitation non-rétroactive à deux du nombre de mandats présidentiels.

Cette réforme a déjà été rejetée par l'opposition, qui réclame la mise en place immédiate de cette limitation, pour empêcher le président Faure Gnassingbé - qui en est à son troisième mandat - de se représenter en 2020 et 2025.

Le ministre de la fonction publique Gilbert Bawara a annoncé mercredi l'introduction d'un nouveau projet de révision constitutionnelle à l'Assemblée nationale dans les prochains jours par le gouvernement, sans en dévoiler le contenu.

Ce projet "ouvrira la voie au débat démocratique au sein de la représentation nationale, et nous espérons que l'esprit de responsabilité prévaudra afin que cette réforme soit adoptée par les députés", a-t-il déclaré.

Le référendum constitue "une option ultime" qui n'aura de sens qu'en cas d'échec à l'Assemblée nationale, a précisé le ministre, prévenant ainsi à demi-mot les députés que leur refus conduira au referendum, que ne souhaite pas l'opposition.

En réponse, Jean-Pierre Fabre a promis une fois encore d'organiser des marches: le seul outil de protestation qui lui reste, semble-t-il.

Avec AFP

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La pandémie fait tourner au ralenti le marché des bouteilles de Lomé

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Lancement d'une nouvelle raffinerie à Pointe-Noire

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Seules l’éwé et le kabiyè ont statut de langue nationale

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Les langues nationales ne pèsent pas dans le système éducatif togolais

Entrée principale de l’Université de Lomé. Lomé, 15 février 2021.

Chaque 21 février, le monde célèbre la journée internationale de la langue maternelle. Le thème de cette année est "Promouvoir le multilinguisme pour l'inclusion dans l'éducation et la société".

Sur la trentaine de langues locales qui existent au Togo, seules deux sont véritablement équipées. De plus, au niveau national, l’éducation formelle se fait en français de la maternelle au supérieur. Une stratégie qui ne favorise pas une acquisition des nouvelles connaissances auxquelles l’enfant est exposé à l’école, selon les experts.

"C’est bien prouvé au niveau de la psychopédagogie que l’acquisition des éléments linguistiques de base de chaque apprenant constitue les fondamentaux qui permettent à l’enfant d’asseoir ses compétences avant de s’ouvrir à une autre valeur linguistique ou une langue étrangère", rappelle le Professeur Essodina Péré, enseignant chercheur en linguistique à l’université de Lomé.

L'éwé et le kabiyè, seules exceptions

C'est en 1975, dans le cadre d'une réforme de l’enseignement, que le Togo élève deux langues locales au statut de langue nationale et qui sont enseignées dans les écoles. Il s’agit de l’éwé, la langue la plus véhiculaire du pays et majoritairement parlée au sud Togo mais aussi au Ghana et au Bénin. La seconde langue nationale est le kabiyè, parlée dans une partie du nord du pays.

Ainsi l’éwé et le kabiyè disposent d’une académie. Ces académies ont pour, entre autres mandats, de contribuer à la codification de ces langues mais aussi de soutenir leur enseignement à travers la production de manuels didactiques.

Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’académie de langue Kabiyè. Lomé, 18 février 2021.
Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’académie de langue Kabiyè. Lomé, 18 février 2021.

Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’Académie de langue kabiyè, parle des réalisations de cette académie.

"L’année dernière, l’académie a sorti des livres d’enseignement dont L’orthographe et grammaire kabyè et Mon livret de vocabulaire kabyè", fait savoir l’académicien. "Cette année 2021, il est prévu le renouvellement du syllabaire kabiyè, en même temps qu’il est prévu la mise à jour des différents manuels d’enseignement et la reprise et l’agrandissement du dictionnaire kabyè-français, français-kabyè", ajoute-t-il.

"Si on nous avait enseigné les mathématiques dans nos langues, nous n’aurions pas des problèmes", approuve le Professeur Essodina Péré.

"Nous avons honte de nos propres langues"

Parler plusieurs langues permet à une personne de s'enrichir culturellement. Mais dans certaines familles togolaises, il est interdit aux enfants de s’exprimer en langue locale. Une aberration qui retarde le développement, estime Antoine Kossi Aféli, professeur titulaire de linguistique à la retraite.

"C’est par les langues maternelles et nationales que les enfants d’un pays peuvent d’abord être scolarisés et donc participer plus activement au processus de développement", fait noter le Pr Afeli.

Pr Antoine Kossi Aféli, enseignant chercheur à la retraite. Lomé, 19 février 2021.
Pr Antoine Kossi Aféli, enseignant chercheur à la retraite. Lomé, 19 février 2021.

Pourtant, explique-t-il, une bonne politique linguistique est non seulement salutaire sur le plan éducatif mais contribue aussi à enraciner les valeurs et la culture."Nous avons honte de nos propres langues et cultures et nous ne pensons qu’à la culture de l’autre comme étant celle qui doit apporter le salut et la promotion sociale", déplore le Pr Afeli.

"Même ceux qui maîtrisent très mal le français, parlent le français à leurs enfants à la maison, ce qui est extrêmement dommage", regrette-t-il.

L'éducation, fondée sur la première langue ou la langue maternelle, doit commencer dès la petite enfance, recommande l’UNESCO, Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

Le covid freine le recyclage des bouteilles et appauvrit les petits commerces de Lomé

Un taxi chargé de bouteilles en direction d’un marché périphérique. Lomé, 22 janvier 2021.

Le marché de bouteilles de Kodomé, à Lomé, s’anime tous les vendredis. Dans cet espace commercial assez particulier, tous types de bouteilles sont proposés.

Qu’elles soient en plastique ou en verre, issues du milieu hospitalier, du cosmétique ou de l’alimentation... Des contenants d’antibiotique injectable aux liqueurs en passant par des bouteilles d’eau minérale, des déodorants, ou encore les bidons et les tonneaux, vous y trouverez tout.

"Nous sillonnons les différents quartiers de la capitale, en faisant du porte-à-porte pour acheter les bouteilles vides. Le travail de collecte fini, nous les ramenons ici au marché pour les revendre. Nous avons aussi des fournisseurs qui nous les ramènent aussi directement sur le site ici", explique Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles.

Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles. Lomé, 22 janvier 2021.
Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles. Lomé, 22 janvier 2021.

D'ordinaire, leurs clients viennent non seulement des marchés périphériques de la capitale togolaise, mais aussi du Bénin et du Ghana voisins. Mais avec la pandémie de Covid-19 et la fermeture des frontières terrestres, les activités au marché des bouteilles tournent au ralenti.

Une thèse qu’approuve Akossiwa Agbodjan, la cinquantaine à peine entamée, le regard vers l’horizon.

"Rien ne va dans le marché. Depuis plus de 5 mois que j’ai ce stock, j'ai du mal à l'écouler. La pandémie ne nous a pas fait de cadeau", se lamente-t-il. "Nos clients habituels se plaignent de la mévente. Tant qu’ils n’écoulent pas leurs marchandises et ils ne peuvent pas revenir en acheter. Pire, nos clients de l’extérieur ne viennent plus", témoigne la commerçante.

Effet de chaîne

Le rôle crucial que ce marché joue dans la protection de l’environnement et l'assainissement de la ville pourrait être perturbé par la période de mévente causée par le coronavirus.

"Ces bouteilles vont se retrouver sur les dépotoirs à ciel ouvert. Elles seront soit brûlées ou enfouies, polluant ainsi l’environnement", s'alarme Justine Atindogbé.

Au-delà de la protection environnementale, le marché des bouteilles de Kodomé est un maillon clé de la chaîne des activités économiques. Les bouteilles achetées sur le site servent dans d’autres domaines, permettent à d'autres commerces d'exister et à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins.

Un étalage d’amuse-gueules dans des bouteilles recyclées au marché de Hédzranawoé. Lomé, 10 février 2021.
Un étalage d’amuse-gueules dans des bouteilles recyclées au marché de Hédzranawoé. Lomé, 10 février 2021.

"Les bouteilles en plastique servent de contenant pour les détaillants d’huile végétale, pour les jus faits maison. Pour les bouteilles en verre, elles servent dans la pharmacopée, dans la vente illicite de carburant et aussi de contenant pour des amuse-gueules", indique Marie Anakpo, revendeuse de bouteilles au marché d’Adidogomé Assiyéyé, dans la périphérie nord-ouest de Lomé.

Kayi Ameh, la trentaine, a pris le relais de ce commerce familial, il y a 12 ans. Elle constate une dégradation de ses revenus.

"Nous achetons 12 bouteilles vides d’eau minérale de 1,5 litre à 1000 francs CFA que nous revendons à 1200 francs. C’est dans ces 200 francs que nous devons enlever les frais de transport avant de dégager notre bénéfice", décrit la vendeuse. "Ce commerce n’est plus rentable. Nous sommes en survie", lâche-t-elle.

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