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Les souvenirs à vif des victimes centrafricaines des "Banyamulenge" de Jean-Pierre Bemba

Jean-Pierre Bemba Gombo à la CPI, La Haye, le 21 mars 2016.

"Ils ont attrapé deux de mes soeurs et les ont tuées." A Bangui, Ghislain Bertrand Bouanga se souvient des razzias des miliciens dits "Banyamulenge" du Congolais Jean-Pierre Bemba acquitté et libéré mardi de la Cour Pénale internationale (CPI).

"Ils ont tué ma mère aussi et ils ont pris tout ce qui était dans la maison. Ils ont ligoté ma soeur cadette, l'ont fouettée et l'ont violée. Depuis, elle est handicapée, ses bras ne marchent plus car ils ont serré les liens trop fort. Elle a passé une année à l'hôpital, en traumatologie. Elle saignait à cause du viol", se souvient-il, seize ans plus tard.

Souvenirs des victimes de Jean-Pierre Bemba (vidéo)
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Mardi, Jean-Pierre Bemba a été libéré de la CPI, après avoir été acquitté vendredi en appel, à la surprise générale, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

>> Lire aussi : Jean-Pierre Bemba, de la rébellion à la CPI en passant par la vice-présidence congolaise

Entre octobre 2002 et mars 2003, appelés à la rescousse par le président centrafricain Ange-Félix Patassé pour contrecarrer la tentative de coup d'Etat lancée par le général (et futur président) François Bozizé, les miliciens "banyamulenge" de Jean Pierre Bemba se sont livrés, sans retenue et pendant plus d'un mois, à de terribles exactions dans la capitale centrafricaine.

Des exactions restées "impunies", selon Bernadette Sayo, fondatrice de l'Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad, ONG créée en 2004 en soutien aux victimes des "Banyamulenge").

"La CPI ne vaut rien"

"Dépenser des dizaines et des dizaines de millions de dollars de fonctionnement de cette CPI pour en arriver à ce résultat, alors que ça ne change rien au sort des victimes...", rage-t-elle, en ajoutant : "Nous allons nous adresser au gouvernement pour sortir immédiatement de la CPI. La Centrafrique n'est plus dupe!"

"La CPI ne vaut rien!", abonde Ghislain. Lui craint que cette décision ne favorise l'impunité des chefs de guerre du pays, dont l'Etat ne contrôle qu'une mineure partie du territoire et où les groupes armés se battent pour le contrôle des ressources et de l'influence locale.

"Nous croyons que (la CPI) est en train d'encourager les criminels, les grands criminels tel qu'Ali Darassa (chef du groupe armé Union pour la paix en Centrafrique), Noureddine Adam (chef du groupe armé Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique) et les 'comzones' (commandants de zone, chefs de guerre locaux). Ils tuent, ils pillent, ils violent, ils font tout dans le pays et par la suite on va dire qu'ils ne sont pas coupables!", s'énerve-t-il.

>> Lire aussi : La CPI ordonne la libération provisoire de Jean-Pierre Bemba

Dans la mémoire de nombreux habitants de Bangui, l'intervention des combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba - qui deviendra en 2003 vice-président de la RDC puis sera battu à l'élection présidentielle de 2006 par Joseph Kabila - a laissé des traces indélébiles.

"Quand les Banyamunlenge sont arrivés chez nous, près de la concession de l'école Begoua, ils ont violé ma fille. J'ai commencé à pleurer, et d'autres sont arrivés et m'ont violée. Quand mon mari s'est interposé, ils l'ont tué", raconte d'une voix tremblante Marie (le prénom a été changé) en se grattant compulsivement le bras.

Cela faisait des années qu'elle n'avait plus parlé de son calvaire.

Pas de colère

Aujourd'hui, elle veut oublier, et ne nourrit aucune colère contre la décision de la CPI: pour elle et d'autres victimes rencontrées par l'AFP, Jean-Pierre Bemba n'est pas responsable, puisqu'il n'était pas là au moment des faits.

"C'est la faute du commandant des +Banyamulenge+ à Bangui et non de Bemba. Bemba n'est jamais venu sur le terrain. C'est la personne sur le terrain qui devait surveiller ses éléments", explique Joséphine (le prénom a été changé), une autre femme violée par les combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC).

>> Lire aussi : Les grandes dates de Jean-Pierre Bemba

Nelly (le prénom a été changé), également victime d'un viol, partage cet avis, mais souhaiterait néanmoins être dédommagée : "Si Jean-Pierre Bemba est conscient de ce qui nous est arrivé, il n'a qu'à nous dédommager des viols et des pillages".

Arrêté en 2008, l'ancien chef de guerre a passé la dernière décennie dans le centre de détention de la CPI situé dans le quartier balnéaire de La Haye.

Désormais relâché, il devrait rejoindre son épouse et ses cinq enfants installés en Belgique, selon ses avocats.

Avec AFP

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Soudan: formation du Conseil souverain censé mener la transition

Des graffitis qui signifient en arabe "Liberté, Paix, Justice et Civils" dans le district de Burri à Khartoum, Khartoum, Soudan, le 10 juillet 2019.

La transition du Soudan vers un pouvoir civil s'est mise en route, avec deux jours de retard, avec l'annonce mardi soir de la formation du Conseil souverain qui doit la piloter pendant un peu plus de trois ans.

Le Conseil sera présidé pendant 21 mois par l'actuel chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, qui sera investi mercredi à 09H00 GMT, a indiqué un porte-parole des généraux au pouvoir.

Cet organe, qui compte une majorité de six civils et cinq militaires, doit superviser la période devant permettre au Soudan de tourner la page de trois décennies de règne du général Omar el-Béchir, l'ex-président destitué le 11 avril à l'issue de mois de manifestations dans tout le pays.

La liste des 11 membres du Conseil a été annoncée dans une allocution télévisée par Chamseddine Kabbachi, un porte-parole du Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis l'éviction de M. Béchir.

Promise pour dimanche en vertu d'un accord historique de transition entre les généraux et la contestation, l'annonce de la composition du Conseil avait été retardée.

Ce report a été demandé par les Forces pour la liberté et le changement (FLC), issues de la principale organisation du mouvement de protestation, ont indiqué les militaires au pouvoir, en raison de désaccords au sein de la contestation.

Un civil prendra le relai du général Burhane à la tête du Conseil souverain pour les 18 mois de transition restants.

Selon les termes initiaux de l'accord de transition, le Conseil devait indiquer mardi s'il valide comme Premier ministre le candidat présenté par la contestation, l'économiste et ancien collaborateur de l'ONU Abdallah Hamdok. Sa confirmation devrait être annoncée mercredi.

Il devra ensuite former un gouvernement dont la composition doit être annoncée le 28 août et qui s'attellera à la tâche, ardue, de redresser une économie exsangue et de pacifier un pays marqué par plusieurs conflits internes, notamment au Darfour (ouest).

Un Parlement de transition sera également constitué.

- Malaise -

Malgré l'euphorie engendrée par la signature officielle de l'accord de transition samedi, un malaise est palpable dans le camp des protestataires en raison notamment de l'omniprésence de Mohamed Hamdan Daglo, le chef d'une redoutée force paramilitaire accusée d'être impliquée dans la répression de la contestation.

Ce dernier est également numéro deux du Conseil militaire de transition qui avait pris la succession de M. Béchir et a été nommé mardi au Conseil souverain.

Plus de 250 personnes sont mortes depuis le début des manifestations du 19 décembre au Soudan, dont 127 le 3 juin lors de la dispersion d'un sit-in devant le siège de l'armée, selon un comité de médecins proche de la contestation.

D'abord organisées pour protester contre la hausse des prix du pain, les manifestations se sont transformées en contestation du président Béchir puis des généraux, les manifestants réclamant un pouvoir civil au Soudan.

Des Soudanaises, très impliquées dans les manifestations au cours des derniers mois, ont aussi exprimé leur déception face à la faible présence des femmes dans le processus de transition alors qu'elles étaient en première ligne des manifestations.

Deux femmes figurent parmi les civils nommés au Conseil souverain, dont l'une est issue de la minorité chrétienne du pays.

- "Ne pas oublier" -

"La faim, le manque d'éducation, ce que (Béchir) a fait au Darfour et tant d'autres chose. C'est pour ça que nous sommes descendues dans les rues et que nous avons fait face aux gaz lacrymogènes et au harcèlement", rappelle Fatma Abdallah Hussein.

Lundi, M. Béchir est apparu devant un tribunal où il doit répondre d'accusations de corruption, un événement inimaginable pour les deux tiers des 40 millions de Soudanais qui n'avaient connu que lui au pouvoir depuis leur naissance.

"Il a tant fait contre nous en 30 ans", se désole cette étudiante en médecine qui a pris part aux manifestations dès le début de l'année, en référence à M. Béchir, dont le procès faisait la une de tous les journaux mardi.

Selon Alhaj Adam, un résident de Khartoum, le procès pour corruption de l'ancien président ne devrait toutefois pas faire oublier au pays le besoin de ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

L'ONG Amnesty International a également averti que son procès pour corruption ne devait pas détourner l'attention des accusations plus lourdes qui pèsent contre M. Béchir pour son rôle présumé dans le conflit au Darfour (ouest).

Il fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux de la CPI, pour répondre de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, dans ce conflit qui a éclaté en 2003.

Avec AFP

Liberia: des sénateurs s'alarment d'un climat rappelant les prémices de la guerre civile

Le président libérien, George Weah, le dimanche 28 janvier 2018.

Des sénateurs libériens se sont alarmés mardi de la montée des violences politiques dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, dressant un parallèle avec celles qui avaient fini par plonger le Liberia dans une guerre civile particulièrement atroce de 1989 à 2003.

Samedi, des partisans du président libérien, l'ex-star du football George Weah, ont encerclé un bâtiment où Tellia Urey, candidate de l'opposition à une élection législative partielle, tenait une réunion, dans la banlieue de la capitale Monrovia.

Pendant plus d'une heure, ils ont jeté des projectiles sur le bâtiment, brisé des fenêtres et détruit son véhicule. L'un des assaillants a essayé de donner un coup de couteau à Mme Urey, a-t-elle expliqué lundi, dénonçant une tentative d'assassinat.

Les autorités ont qualifié lundi ces violences d'"épouvantables" et promis des sanctions sévères.

Lors d'un débat au Sénat mardi, la plupart des élus ont exprimé leur consternation, 16 ans après la fin d'une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts et des centaines de milliers de déplacés dans un pays qui comptait alors moins de 4 millions d'habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Ce pays va mal et il faut que cela cesse. Souvenons-nous de notre histoire. La guerre qui a débuté en 1989 faisait suite aux violences qui ont suivi les élections de 1985", a souligné le sénateur d'opposition Conmany Wesseh, proche de l'ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018).

"Les gens n'étaient pas contents et petit à petit ils ont décidé de résoudre leurs problèmes par la violence. Puis la police et l'armée ont été perçues comme les forces du régime et d'autres ont décidé de prendre en main leur propre sécurité", a raconté le sénateur, avant de s'interroger: "Va-t-on rester assis et laisser les choses se reproduire?".

"Nous avons pris part au précédent conflit en raison de la mauvaise gouvernance. Et quand vous critiquez le régime actuel, ils vous traitent de tous les noms", a dénoncé un autre sénateur, le prédicateur et ancien chef de guerre Prince Johnson, qui avait soutenu George Weah lors du second tour de la présidentielle de décembre 2017.

Ni Ellen Johnson Sirleaf, lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, ni son successeur George Weah n'ont fait juger les auteurs de crimes commis pendant cette période. Un très grand nombre de personnalités directement impliquées occupent toujours des positions importantes dans les sphères du pouvoir politique et économique au Liberia.

L'un des principaux acteurs du conflit, l'ex-chef de guerre devenu président (1997-2003), Charles Taylor, a été condamné en 2012 pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre perpétrés en Sierra Leone voisine, mais n'a pas été inquiété pour les atrocités commises dans son propre pays.

Elu sur un programme de lutte contre la pauvreté, George Weah est confronté depuis plusieurs mois à une opposition croissante en raison de la dégradation alarmante de la situation économique.

Avec AFP

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