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Les réfugiés rohingyas au Bangladesh franchissent le cap du demi-million

  • VOA Afrique

Une famille rohingya a fui la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh, le 3 décembre 2016.

L'exode des Rohingyas de Birmanie a franchi le un cap symbolique du demi-million de réfugiés arrivés au Bangladesh depuis fin août, une crise humanitaire suivie de près par l'ONU qui n'aura toutefois pas pu se rendre dans la région comme prévu.

Des représentants des Nations unies devaient, pour la première fois depuis le début de la nouvelle flambée de violences, avoir accès jeudi au théâtre du conflit dans l'État birman du Rakhine (ouest). Mais le gouvernement birman a reporté cette visite très encadrée à la dernière minute, officiellement à cause du mauvais temps.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir dans la journée à New York pour évoquer à nouveau le conflit en Birmanie, qui provoque l'un des plus importants déplacements de population de ce début de XXIe siècle en Asie.

À quelques heures de ces discussions à l'autre bout du monde, le Bangladesh - qui compte désormais plus d'un demi-million de nouveaux réfugiés musulmans sur son sol selon les derniers chiffres onusiens - a été le témoin d'une nouvelle tragédie migratoire.

Partie mercredi soir d'un village côtier du Rakhine, une embarcation de Rohingyas a coulé à quelques encablures de la terre ferme. Les eaux du golfe du Bengale ont charrié 14 corps, principalement des femmes et des enfants. Ce bilan humain était appelé à s'alourdir.

"Ils ont coulé sous nos yeux. Quelques minutes plus tard, les vagues ont déposé les corps sur la plage", a témoigné Mohammad Sohel, un commerçant sur la plage.

Survivant du naufrage, Nurus Salam était en pleurs après avoir perdu sa femme et un enfant.

"Le bateau a touché quelque chose en-dessous alors qu'il approchait de la plage. Ensuite il s'est retourné", a-t-il dit, en état de choc, à un journaliste de l'AFP sur place.

Guerre d'informations

Minorité musulmane de l'ouest de la Birmanie, les Rohingyas fuient une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de la jeune rébellion rohingya le 25 août dernier.

L'ONU considère que l'armée birmane et les milices bouddhistes se livrent à une épuration ethnique contre cette communauté au Rakhine, région historiquement troublée.

L'exode des Rohingyas a pris de court le Bangladesh, nation pauvre d'Asie du Sud à majorité musulmane.

Dans les gigantesques camps à la frontière, autorités et ONG sont débordées par la marée humaine et s'inquiètent des risques sanitaires: les conditions sont réunies pour l'apparition d'épidémies de choléra, dysenterie ou diarrhées.

Au Rakhine, côté birman, des dizaines de villages ont été réduits en cendre et des milliers de Rohingyas seraient déplacés ou cachés dans les forêts, survivant avec peu de nourriture et sans aide médicale.

Sous le feu des critiques, la Birmanie dénonce un parti pris pro-Rohingyas de la communauté internationale. Elle met largement en avant les près de 30.000 bouddhistes et hindous également déplacés par les combats depuis fin août.

Vilipendée, sa dirigeante Aung San Suu Kyi doit préserver un fragile équilibre avec la très puissante armée, à l'oeuvre dans ce conflit. Dans un discours la semaine dernière, la prix Nobel de la paix s'est dite ouverte à un retour de réfugiés mais selon des critères qui restaient ambigus.

Les Rohingyas, plus grande population apatride au monde, sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste.

Victimes de discriminations, ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux.

Les nouveaux arrivants au Bangladesh sont venus grossir les rangs des 300.000 réfugiés rohingyas au moins qui s'y trouvaient déjà, legs de vagues de violences antérieures.

Reconnaissant ses limites face à cette crise humanitaire d'ampleur vouée à durer, Daccah a assoupli ses restrictions envers les ONG et autorisé trente organisations bangladaises et internationales à intervenir dans les camps pour "un maximum de deux mois".

Avec AFP

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