Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Centrafrique

Les militaires centrafricains de retour au carrefour stratégique de Kaga Bandoro

Le 18 mai, 100 soldats et 6 officiers sont entrés dans la ville qui vit sous la coupe de trois groupes issus de l'ex-rébellion de la Séléka et de milices anti-balaka.

Derrière un mur de barbelés, des dizaines de tentes ont été montées. Devant, deux hommes en treillis militaire montent la garde. Sur leur tête, un béret rouge.

A Kaga Bandoro, dans le nord de la Centrafrique, le béret des Forces armées centrafricaines (Faca) n'avait plus été vu depuis des années et cette zone stratégique, carrefour de transhumance, était depuis 2014 contrôlée uniquement par des groupes armés.

Mi-mai, après cinq ans d'absence, les Faca sont revenues, signe que l'accord de paix centrafricain conclu début février entre le gouvernement et quatorze groupes armés commence ici à porter ses fruits, même si sa mise en oeuvre reste lente et fragile.

Le 18 mai, 100 soldats et 6 officiers sont entrés dans la ville qui vit sous la coupe de trois groupes issus de l'ex-rébellion de la Séléka et de milices anti-balaka.

Si les militaires n'ont pas encore le droit de sortir de leur base, ni de mener des opérations, leur arrivée a redonné un peu d'espoir aux habitants.

"Maintenant que les Faca sont là, ils vont chasser les groupes armés", souffle un vendeur à la sauvette, qui habite un camp de déplacés depuis 2017.

Devant lui pourtant, c'est bien le pick-up d'un groupe armé qui déboule sur la voie, escortant une dizaine de boeufs.

Point de passage important de la transhumance, Kaga Bandoro accueille le plus grand marché de bétail de Centrafrique, faisant d'elle un point stratégique.

La taxation du bétail constitue la principale source de revenus des groupes issus de l'ex-Séléka qui escortent notamment les boeufs sur les routes.

Car ici, comme ailleurs en Centrafrique, il est fréquent que ces milices attaquent les éleveurs pour voler leur bétail.

A Bangui, une tête peut valoir jusqu'à 500.000 FCFA (762 euros), une manne à l'origine de nombreuses tensions.

Mais depuis quelques mois, les tensions s'apaisent, observe Renner Onana, chef de bureau de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) de Kaga Bandoro: "l'année dernière il y avait des violences en ville mais ça s'est calmé avec l'accord de paix".

L'accord de paix a été signé début février à Bangui entre quatorze groupes armés et les autorités. Préparé depuis 2017 par l'Union africaine, il est le huitième signé depuis le début de la crise en 2013.

"Maintenant nous faisons des rencontres avec les groupes armés et le préfet", ajoute M. Onana.

Alors, l'arrivée des Faca le 18 mai a été perçue comme un signe positif, d'autant plus que les militaires centrafricains avaient été empêchés de se déployer dans la ville à plusieurs reprises depuis leur départ en 2014.

En 2017, par exemple, une tentative avait échoué, du fait de vives tensions avec les groupes armés. Et plus récemment, début mai, les bérets rouges entrés dans la ville avaient été sommés de partir deux heures après par l'un des principaux groupes qui contrôlent la ville, le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC).

A l'ombre d'un manguier, entouré de pick-up équipés de mitrailleuses, Maruf Mahamat Jabo, le porte-parole du MPC soupire : "Il y a eu un problème de communication, le gouvernement ne nous avait pas prévenus de leur arrivée".

- "Des efforts" de groupes armés -

Finalement, une délégation ministérielle dont une partie des membres est issue des groupes armés, arrivée sur place le 15 mai, a fini de les convaincre.

"Nous avons discuté, nous avons dit que les Faca ne pourront pas se déployer tant que les Comités techniques de sécurité composés de patrouilles mixtes n'étaient pas en place. Mais nous avons commencé a travailler avec eux", explique M. Jabo.

L'accord de paix prévoit la mise en place de patrouilles mixtes de militaires et de membres de groupes armés en vue de rétablir la sécurité sur l'ensemble du territoire. Plus de trois mois après sa signature, ces patrouilles ne sont toujours pas opérationnelles.

Les principaux groupes armés de la zone ont remis à la Minusca et à l'Etat une liste d'éléments pour constituer ces brigades. Mais une scission à l'intérieur d'un groupe, le FPRC, ralentit aujourd'hui le processus.

Dans l'ensemble, "il y a eu un effort de certains groupes armés pour prouver leur bonne foi", reconnait le chef du bureau de la Minusca. Certains "ont rendu visite aux Faca avec du carburant et du sucre".

Pour autant, la récente accalmie n'a pas fait disparaitre les exactions sur les axes de Kaga Bandoro. Depuis janvier, par exemple, 297 viols ont été dénombrés dans la seule région, déplore le chef de bureau de la Minusca.

"L'arrivée des Faca à Kaga Bandoro a détendu l'atmosphère, mais nous restons très vigilants", conclut M. Onana.

Avec AFP

Toutes les actualités

Deuxième livraison d'armes russes

Armes serbes-russes

Après une première livraison en janvier, une deuxième cargaison d'armes légères et de munitions russes destinées à l'équipement des forces armées centrafricaines (FACA) est arrivée mercredi à Bangui, a appris vendredi l'AFP de sources concordantes.

Après de longues négociations, la Russie a obtenu mi-décembre le droit de donner un stock d'armement conséquent aux forces centrafricaines malgré un embargo sur les armes imposées depuis 2013.

La cargaison débarquée mercredi à l'aéroport international de Bangui M'poko constitue la première tranche d'une livraison annoncée le 21 mai par la présidence russe.

En tout, 14 chargements doivent être acheminés "au cours des prochaines semaines", a déclaré à l'AFP Viktor Tokmakov, premier conseiller de l'ambassade de Russie en Centrafrique.

Des militaires centrafricains et des soldats de la force de paix de l'ONU en Centrafrique (Minusca) ont été déployés dans Bangui, la capitale centrafricaine, pour protéger les convois, a indiqué la Minusca.

Les cargaisons acheminées comprennent des armes légères (pistolets, fusils d'assaut, de précision et mitrailleuses, mais également lance-roquettes RPGs et armes anti-aériennes) et des munitions.

Les matériels sont destinés à équiper huit bataillons (soit environ 2.700 hommes) des FACA, formés par des instructeurs russes au camp militaire de Bérengo, dans le sud-ouest du pays.

L'armée nationale doit à terme remplacer les soldats de la force de paix de l'ONU en Centrafrique (Minusca) dans un pays où des groupes armés continuent de s'affronter.

Une première livraison d'armes russes avait été effectuée entre janvier et février, en vertu d'un accord de défense signé entre la Russie et la Centrafrique en août 2018.

Washington, Paris et Londres avaient demandé à leur partenaire russe des mesures renforcées de stockage de ces armes et de les identifier précisément avec des numéros de série, selon des sources diplomatiques.

La Centrafrique est embourbée dans un conflit depuis le renversement en 2013 du président François Bozizé par une coalition pro-musulmane (l'ex-Séléka), qui a entraîné une contre-offensive de milices pro-chrétiennes autoproclamées d'"autodéfense" (anti-balaka, ou anti-machettes).

Si la capitale Bangui est désormais épargnée par les violences, ces groupes armés continuent de s'affronter sur une large partie du territoire pour le contrôle des ressources dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, l'un des plus pauvres au monde.

Six mois après l'accord, la paix tarde à revenir

Le président de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadera, lors de la signature de l' accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés dans la capitale soudanaise Khartoum (Soudan) le 5 février 2019.

Attaques contre les populations civiles, "double discours" des rebelles, trafics d'armes... Six mois après la signature de l'accord de Khartoum entre le gouvernement et 14 groupes armés, la paix tarde à revenir en Centrafrique.

Certes, la tâche est immense dans un pays déchiré par les crises sécuritaires où treize accords se sont succédé en dix ans.

Mais comme le rappellent les experts de l'ONU dans un rapport de suivi publié mercredi, "aucun des cinq autres accords signés depuis le début de la crise, à la fin 2012, n'avait mobilisé autant d'efforts de la part des protagonistes nationaux et internationaux".

Des efforts qui tardent néanmoins à se concrétiser dans l'arrière-pays, toujours contrôlé à 80% par les groupes rebelles.

La situation militaire s'est stabilisée depuis février. Mais en province, les combats entre groupes armés et les attaques sur la population civile se poursuivent. Meurtres, viols, braquages, détentions arbitraires, attaques sur les personnels humanitaires... Entre 10 et 70 violations de l'accord sont enregistrées chaque semaine par la Mission de l'ONU en République centrafricaine (Minusca).

"Rien ou presque ne vient prouver que les combattants aient véritablement changé de comportement ou que leurs chefs aient entrepris d'identifier et de sanctionner les coupables", estiment les experts de l'ONU dans leur rapport.

Seule force capable de se déployer rapidement dans le pays pour s'opposer aux violences, la Minusca privilégie le "dialogue" à l'action militaire depuis la mise en oeuvre de l'accord.

- La Minusca suscite l'incompréhension -

Une position parfois difficile à concilier avec son mandat de protection des populations civiles. Les troupes onusiennes sont intervenues en avril pour dégager le corridor économique Cameroun-Bangui, temporairement bloqué par les miliciens du FPDC d'Abdoulaye Miskine.

Mais elles n'ont pas utilisé la force contre les éléments du groupe 3R, responsables du massacre de 46 civils le 22 mai à Paoua, dans le nord du pays.

Une décision qui a suscité l'incompréhension de nombreux Centrafricains, qui attendent des mesures plus fermes pour mettre un terme aux exactions.

"Paoua ne sera pas oubliée" assure Mankeur Ndiaye, le représentant spécial de l'ONU dans le pays. "On y travaille, au quotidien en mettant les pressions qu'il faut sur les responsables et en essayant de connaître exactement qui sont les donneurs d'ordre pour les arrêter".

Bien que passibles de poursuites judiciaires, plusieurs chefs de groupes armés ont été intégrés au nouveau gouvernement "inclusif" formé le 3 mars, comme s'y était engagé le pouvoir centrafricain à Khartoum.

Mais certains de ces leaders se montrent peu enclins à respecter les dispositions prévues par l'accord.

Parmi elles, la participation au processus de "désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement" (DDRR) lancé en décembre 2018.

- "Pas l'intention de désarmer" -

Plus de 450 miliciens appartenant à des groupes de moindre envergure ont été désarmés dans l'ouest, une zone où l'autorité de l'Etat centrafricain commence timidement à se rétablir.

Mais le processus s'annonce plus difficile dans les régions du centre, occupées par les deux groupes armés les plus puissants du pays: le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) d'Abdoulaye Hissène et Nourredine Adam, et l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d'Ali Darassa.

Tous deux sont issus de la Séléka, le mouvement armé à dominant musulmane qui a renversé en 2013 le président François Bozizé.

"Le FPRC multiplie les déclarations de paix, mais n'a pas l'intention de désarmer ses hommes", confie une source au sein du FPRC.

Régulièrement dénoncé par la Minusca, le "double discours" des groupes armés retarde également la levée des barrières de péage où sont rançonnés les commerçants.

Dans les zones tenues par le FPRC et l'UPC, le nombre total de barrières levées depuis février se compte sur les doigts d'une main.

"Ils en enlèvent une, puis en installent une autre un peu plus loin", explique Balla Keita, commandant de la force onusienne.

En plus de cette taxation illégale, les groupes armés tirent leurs ressources de l'exploitation des gisements d'or et de diamants situés dans leurs zones de contrôle.

Profitant de cette manne financière et de l'accalmie sécuritaire, "les principaux groupes armés, en particulier les groupes de l'ex-Séléka, ont non seulement conservé leurs postes de contrôle, mais également renforcé leur mainmise sur certains territoires et acheté des armes", affirment les experts de l'ONU.

Selon leur rapport, le FPRC et l'UPC continuent de s'approvisionner en matériel de guerre aux frontières du Tchad et du Soudan. Malgré l'embargo imposé au pays, et les promesses faites à Khartoum.

Avec AFP

Les auteurs du massacre de Paoua seront jugés par la Cour pénale spéciale

Les FACA en entrainement à Bangui, en Centrafrique, le 17 août 2018. (VOA/Freeman Sipila)

Les auteurs présumés du massacre de Paoua, qui avait coûté la vie à 46 civils le 21 mai, seront traduits devant la Cour pénale spéciale, créée pour juger les auteurs de violations graves des droits humains en Centrafrique, selon le procureur général de Bangui, Eric Didier Tambo.

Lundi, le parquet général de Bangui avait transmis le dossier à la CPS et déféré les trois suspects auprès du procureur de la CPS. "C'est un crime de masse qui relève de la compétence de cette cour", a indiqué à l'AFP le procureur général Tambo.

Le 21 mai, des éléments du groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation) avaient lancé une série d'attaques contre la ville de Paoua, située dans le nord du pays. 46 civils avaient été tués dans ces attaques, selon l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Après un ultimatum de la mission de l'ONU (Minusca) et du gouvernement centrafricain au leader du groupe 3R, Sidiki Abass (aussi connu sous le nom de Bi Sidi Souleymane), trois coupables présumés avaient été livrés par le groupe aux autorités judiciaires du pays.

A ce jour, ces trois suspects sont les seuls mis en cause dans l'affaire. Mais l'enquête de la CPS pourrait remonter jusqu'au leader des 3R, selon une source proche du dossier.

Un rapport de HRW publié le 18 juillet avait en effet souligné la responsabilité de Sidiki Abass dans les attaques de Paoua.

Le chef des 3R avait été nommé "conseiller spécial militaire" auprès du Premier ministre après la signature, le 6 février, d'un accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés qui contrôlent une grande partie de la Centrafrique.

En juin, le ministre de la justice Flavien Mbata avait rappelé que l'accord de Khartoum "ne limite pas les compétences de la CPS".

Jusqu'à cette annonce, aucune information n'avait filtré sur le contenu des dossiers instruits par la CPS, créée par décret en 2015, inaugurée en octobre 2018 et composée de juges nationaux et internationaux.

Huit mois après son inauguration, la CPS a instruit quatre dossiers. Trois autres font l'objet d'une enquête préliminaire. Au total, 27 plaintes ont été déposées.

La Centrafrique est déchirée par de fortes violences depuis le renversement en 2013 du président François Bozizé. Les civils sont particulièrement vulnérables aux attaques des groupes armés, et près d'un quart des 4,5 millions d'habitants ont fui leur domicile.

Tensions suite à l'attribution d'un marché public à une société libanaise

Tensions suite à l'attribution d'un marché public à une société libanaise
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:59 0:00

L'épidémie d'Ebola en RDC inquiète les autorités centrafricaines

Quelques personnes traversent la rivière Ubangui, affluent du Fleuve Congo, qui va jusquà Bangui le 10 novembre 2002.

La République centrafricaine n'est "pas préparée" à affronter une propagation de l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans le pays voisin, la République démocratique du Congo, a déclaré jeudi le ministre de la santé, Pierre Somsé.

Une annonce qui intervient alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de déclarer l'épidémie d'Ebola "urgence sanitaire mondiale" le 17 juillet.

A ce jour, aucun cas d'Ebola n'a cependant été enregistré en République centrafricaine.

Mais dans les préfectures du sud-est du pays, voisines des provinces congolaises du Kivu touchées par l'épidémie, "les échanges économiques et humains sont très intenses", a souligné le ministre au cours d'une conférence de presse.

"Nos éleveurs vendent leur bétail en RDC. Les groupes rebelles et les braconniers vont et viennent de part et d'autre de la frontière. Les risques sont élevés".

Les districts frontaliers sont particulièrement difficiles d'accès en raison de leur isolement et de la présence des groupes armés.

Seuls 13 points d'entrée sont équipés pour contrôler les voyageurs à la frontière avec la République démocratique du Congo, longue de près de 2.000 km. Le gouvernement prévoit d'en installer une cinquantaine.

Les moyens de transports, les kits de dépistage et les équipements de protection individuelle sont en nombre insuffisants, selon le ministère.

Pour dépister Ebola, 380 agents de santé ont été formés dans le pays mais "nous avons enregistré des failles dans le dispositif d'alerte", a indiqué le ministre. Un cas suspect, qui par la suite n'a pas été confirmé, est ainsi arrivé à l'hôpital communautaire de Bangui après deux semaines d'itinérance dans le pays.

Le budget du plan de prévention d'Ebola dans le pays s'élève à 21,4 millions de dollars (19,1 millions d'euros).

"La République centrafricaine doit mettre en oeuvre un dispositif complexe avec un système de santé sous-financé", a déclaré à la presse le représentant de l'OMS dans le pays, Séverin Von Xylander. Les dépenses de santé s'élèvent en moyenne à 17 dollars (15 euros) par habitant, loin du seuil minimum de 89 dollars (79 euros) que recommande l'OMS.

Riche en ressources naturelles, la Centrafrique est déchirée par un conflit meurtrier qui a forcé près d'un quart des 4,5 millions d'habitants à fuir leur domicile. Plus de 400.000 d'entre eux se sont réfugiés dans les pays voisins, dont la RDCongo.

L'épidémie, qui frappe l'est de la RDC et dure depuis août 2018, a provoqué la mort de plus de 1.700 personnes, un nombre qui augmente de jour en jour.

Voir plus

XS
SM
MD
LG