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Les Kenyans attendent, anxieux, les résultats officiels de la présidentielle


Le président de la Commission électorale indépendantes kenyanes Wafula Chebukati fait une déclaration devant la presse lors d'une manifestation de la société civile à Nairobi, Kenya, 1er août 2017.

Les Kényans attendaient jeudi avec impatience et une certaine angoisse l'officialisation du vainqueur de l'élection présidentielle, dont les résultats provisoires donnant le sortant Uhuru Kenyatta largement en tête ont été rejetés par son rival Raila Odinga.

Les missions d'observation internationales ont plaidé pour que les Kényans fassent preuve de patience, le temps que la Commission électorale (IEBC) achève le processus de compilation et vérification des résultats.

Les violences sporadiques observées mercredi au lendemain du scrutin dans plusieurs fiefs de l'opposition, dans l'ouest du pays et dans les bidonvilles de Nairobi - où les déceptions électorales sont fréquentes et souvent accompagnées de tensions - avaient suscité un regain d'inquiétude.

Quatre personnes ont été tuées dans deux incidents distincts liés aux élections qui, combinés à des échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre, ont ravivé le souvenir des violences post-électorales de 2007-2008, les pires depuis l'indépendance en 1963 (au moins 1.100 morts et plus de 600.000 déplacés).

Mais alors que 150.000 membres des forces de sécurité sont déployés dans le pays, aucun incident notable n'a été signalé dans la nuit et la matinée de jeudi.

Tous les yeux sont désormais tournés vers la Commission électorale (IEBC), l'organe indépendant chargé de garantir l'équité du scrutin mais dont l'opposition n'a cessé de mettre en cause l'impartialité pendant la campagne.

Il revient à l'IEBC d'officialiser les résultats. Pour l'heure, ceux transmis électroniquement par près de 97% des bureaux de vote donnent 54,27% des suffrages au président Kenyatta, contre 44,84% à M. Odinga, sur un total de 14,7 millions de votes comptabilisés.

Mais pour que ces résultats puissent être validés, ils doivent être corroborés par les procès-verbaux venus des 40.883 bureaux de vote et que la commission n'a pas encore reçus en totalité et publiés.

- 'Donner le temps à l'IEBC' -

L'IEBC n'a pas indiqué quand elle serait en mesure de proclamer le vainqueur. Elle a cependant l'obligation légale de le faire au plus tard sept jours après l'élection.

La coalition d'opposition Nasa a contesté les résultats provisoires, expliquant qu'ils auraient dû, avant publication, être confrontés aux procès-verbaux.

Elle a aussi lancé une accusation très sérieuse en affirmant que des pirates avaient pénétré le système informatique de l'IEBC, grâce aux codes d'accès du responsable informatique de la commission assassiné fin juillet, et avaient "manipulé" les résultats en faveur de M. Kenyatta.

Raila Odinga, 72 ans, qui se présentait pour la quatrième fois à une présidentielle, a dénoncé "une fraude d'une gravité monumentale". "Il n'y a pas eu d'élection", a-t-il asséné.

L'IEBC a finalement démenti ces allégations mercredi soir. "Il n'y a eu aucune interférence interne ou externe à notre système, à quelque moment que ce soit", a affirmé son directeur exécutif.

Dans ce contexte tendu, l'IEBC a reçu jeudi le soutien des missions d'observation internationales, qui ont toutes loué sa gestion du scrutin.

"Les élections ont été pacifiques" et "respecté les standards établis par le Kenya et l'UA pour la conduite d'élections démocratiques", a estimé le chef de la mission de l'Union africaine, l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki.

"Il faut donner à l'IEBC le temps de poursuivre sa tâche", a déclaré la députée européenne néerlandaise Marietje Schaake, à la tête de la mission de l'Union européenne (UE), en appelant les Kényans à rester "calmes" et "pacifiques".

- Dernière bataille -

L'ex-président ghanéen John Dramani Mahama, chef de la mission du Commonwealth, a de son côté souligné prendre "au sérieux" les allégations de M. Odinga. Mais il a estimé que tout désaccord devrait être "résolu par l'intermédiaire des voies légales prescrites".

Les accusations de l'opposition avaient agité mercredi plusieurs de ses fiefs. A Kisumu (ouest), des centaines de manifestants avaient érigé des barricades et brûlé des pneus avant d'être dispersé par la police mais un calme précaire était revenu jeudi, selon un journaliste de l'AFP.

A Mathare, un bidonville de Nairobi, la police a abattu deux manifestants. Deux hommes avaient également été tués par la police dans le comté de Tana River (sud-est), après avoir attaqué un bureau de vote à l'arme blanche.

Même s'il a affirmé "ne pas contrôler le peuple", et a pour l'instant appelé au calme, Raila Odinga jouera un rôle crucial pour éviter que la situation ne dégénère. Ses prises de parole seront attentivement écoutées au sein de son ethnie luo, dans un pays où le vote se joue avant tout sur des sentiments d'appartenance ethnique.

En 2007, il avait rejeté la réélection de Mwai Kibaki, lors d'un scrutin entaché de nombreuses fraudes selon les missions d'observation électorales. Le Kenya avait plongé dans deux mois de violences politico-ethniques et de répression policière. En 2013, il avait aussi contesté sa défaite et s'était tourné vers la justice, qui lui avait donné tort.

L'enjeu est capital pour M. Odinga, qui joue la dernière bataille d'une longue rivalité dynastique avec la famille de M. Kenyatta, 55 ans.

Son père, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir, au profit du premier chef d'État Jomo Kenyatta, le père d'Uhuru.

Avec AFP

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