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Le chef de guerre Poutine se mue en faiseur de paix en Syrie


Le président russe Vladimir Poutine et son ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov, arrière-plan, au Kremlin, Moscou, 9 novembre 2016.

Après quinze mois d'intervention où il s'est illustré en chef de guerre, Vladimir Poutine veut se muer en faiseur de paix en Syrie, en profitant du ralliement de la Turquie et du désengagement américain.

Le président russe a été le premier à annoncer jeudi soir une trêve et des pourparlers de paix à venir entre le régime de Damas et les rebelles, se plaçant une nouvelle fois comme l'interlocuteur clé du conflit.

Voici comment la Russie est parvenue à imposer ses conditions et ce que cela signifie pour les autres acteurs:

La Russie, maître du jeu

La Russie s'est rapidement rendue incontournable en Syrie après le début de son intervention militaire en septembre 2015, permettant aux troupes de son allié Bachar al-Assad d'engranger les succès et imposant finalement un cessez-le-feu.

Cette trêve négociée avec la Turquie et sans les États-Unis intervient une semaine après la reprise totale par l'armée syrienne de la deuxième ville du pays, Alep, sa plus importante victoire depuis le début de la guerre en 2011.

En un peu plus d'un an, Vladimir Poutine est ainsi parvenu non seulement à sauver Bachar al-Assad mais aussi à imposer son maintien à la tête d'une "Syrie utile" articulée autour des trois principales villes du pays, Damas, Homs et Alep.

"La Syrie a été de fait divisée en zones d'influence et la Russie se positionne en tant que médiateur", résume Alexeï Malachenko, analyste au centre Carnegie à Moscou.

Désormais, le président russe semble vouloir se muer en faiseur de paix: après l'annonce d'un retrait partiel des forces russes de Syrie, des discussions de paix doivent se tenir en janvier à Astana entre le régime et des groupes de l'opposition dont l'identité n'est pas encore connue.

Cette réunion au Kazakhstan précèdera des négociations inter-syriennes qui doivent être organisées par l'ONU le 8 février à Genève, et que le régime de Damas peut désormais aborder en position de force après la reprise d'Alep.

La Turquie assure ses arrières

La Turquie, membre de l'Otan et allié traditionnel des États-Unis au Proche-Orient, a opéré ces derniers mois un revirement d'alliance inattendu en se détournant de Washington pour négocier directement avec les alliés de Damas, la Russie et l'Iran.

Principal soutien de l'opposition syrienne, Ankara insiste encore sur le départ de Bachar al-Assad comme condition sine qua non d'une paix durable en Syrie. Mais sa rhétorique a été adoucie à la faveur des relations renouées avec Moscou après près d'un an de crise.

En août, le Premier ministre turc Binali Yildirim affirmait ainsi que Bachar al-Assad était "l'un des acteurs" en Syrie et pourrait le rester provisoirement.

Alors que les rebelles qu'elle soutenait ont été battus à Alep, la trêve permet à la Turquie de sauver la face et de présenter ce qui s'apparente à une défaite en triomphe diplomatique.

L'objectif du président Recep Tayyip Erdogan en Syrie est avant tout d'empêcher l'apparition d'une région autonome kurde dans le nord du pays, à la frontière avec la Turquie, où il a lancé une offensive militaire fin août. Très actives dans la lutte contre le groupe État Islamique, les milices kurdes sont considérées comme "terroristes" par Ankara.

Les États-Unis écartés

Washington est le grand absent des derniers efforts pour régler la situation en Syrie, l'administration américaine s'étant progressivement désengagée avant l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, avant d'être tout simplement écartée du processus par l'entente Moscou-Ankara-Téhéran.

Un porte-parole du Département d'État s'est contenté de saluer poliment le nouveau cessez-le-feu comme une "évolution positive" de la situation.

Plusieurs trêves ont pourtant été coparrainées par Moscou et Washington en Syrie, mais elles ont toutes rapidement volé en éclats, la diplomatie russe reprochant aux Américains leur incapacité à forcer les rebelles à prendre leurs distances avec les jihadistes.

"L'administration américaine actuelle est perçue comme sans importance (par les autres acteurs) car elle a été incapable" en Syrie de faire avancer les choses, estime Clifford May, de la Fondation pour la défense des démocraties. "Le président Obama n'est tout simplement (...) pas pris au sérieux par des gens comme Poutine."

Son successeur à la Maison Blanche, Donald Trump, apparaît pour sa part davantage méfiant à l'égard de l'opposition syrienne et a estimé que les troupes de Bachar al-Assad étaient efficaces dans la lutte contre l'EI.

"Comment agira la prochaine administration en Syrie? C'est un mystère. Je doute que le président élu Trump le sache lui-même", résume M. May, expliquant que beaucoup dépendra des analyses de ses conseillers.
Avec AFP

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