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Le président Macron présente une "nouvelle francophonie" loin du passé colonial


Le président Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée, le 16 mars 2018.

Écrire une "nouvelle page de la francophonie" loin du passé colonial: le président français Emmanuel Macron présente mardi un "plan d'ensemble" visant à promouvoir le français dans le monde, en particulier en Afrique, locomotive de l'actuelle explosion du nombre de francophones.

"Le français sera la première langue de l'Afrique et peut-être du monde": c'est avec des accents jugés parfois optimistes que M. Macron a présenté sa stratégie pour une "nouvelle francophonie", lors d'un discours à Ouagadougou fin novembre.

La francophonie est l'espace linguistique à la plus forte croissance: +143% prévu entre 2015 et 2065 (+62% pour l'anglais), selon l'ONU. D'ici à 2065, un milliard de personnes devrait parler français, soit cinq fois plus qu'en 1960, au deuxième rang des langues internationales derrière l'anglais.

Outre le boom des apprenants, comme en Chine par exemple où la demande est vive pour le français, c'est avant tout le dynamisme démographique de l'Afrique subsaharienne qui alimente la hausse du nombre de francophones: de 2010 à 2014, cette région a fourni 80% de la croissance, selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

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Mais le français sera "la première langue de l'Afrique", seulement "si nous savons faire dans les prochaines décennies", avait nuancé M. Macron dans son discours de Ouagadougou, appelant à relever "ce défi".

C'est toute l'ambition du "plan d'ensemble pour le français et le plurilinguisme dans le monde" qu'il présente mardi, Journée internationale de la Francophonie, avant de se rendre en octobre en Arménie pour le Sommet international de la Francophonie.

Le président devrait en particulier annoncer mardi un renforcement de l'aide à l'éducation, avant tout en Afrique.

Car, sans cela, les chiffres prédisant un avenir rose à la francophonie pourraient "rester une simple projection optimiste", avertit dans un rapport le Conseil économique, social et environnemental (Cese, qui assiste gouvernement et parlement français dans l'écriture des lois).

"Les États doivent se mouiller et s'engager sur un programme éducatif", demande Marie-Béatrice Levaux, référente francophonie au Cese.

"La France doit être à l'avant-garde de l'apprentissage du français", acquiesce Leila Slimani, romancière franco-marocaine que M. Macron a nommée sa "représentante personnelle pour la Francophonie".

Au Sénégal début février, où il coprésidait une réunion de financement du Partenariat mondial pour l'éducation (PME), M. Macron a déjà annoncé la hausse de l'engagement français dans ce programme à 200 millions d'euros pour 2014-2017, faisant de Paris le 4e donateur du PME.

"La langue française n'est plus uniquement française, mais autant, voire davantage, africaine que française", avait-il tenu à préciser à Ouagadougou, tentant de se départir de tout ethnocentrisme aux relents de Françafrique.

Anglicisation

Mais les intellectuels africains sont loin d'être convaincus, nombre d'entre eux estimant que M. Macron n'avait pas encore tourné la page du passé colonial.

Pour apaiser ces craintes, M. Macron se veut le plus inclusif possible: le plan "pour le français" est ainsi également intitulé "pour le plurilinguisme dans le monde". Le français ne veut donc pas s'imposer contre les autres langues - notamment les langages vernaculaires comme le wolof sénégalais par exemple - à la différence de l'anglais, qui "digère" les autres parlers, a expliqué récemment le président.

Mais d'aucuns y voient le signe que la France baisse la garde dans le combat contre l'anglicisation. L'enjeu est d'autant plus important que, dans les instances internationales comme l'ONU, le français "recule", a indiqué récemment à l'AFP la Canadienne née en Haïti, Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'OIF.

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Au Québec en particulier, on s'étonne ainsi de voir se présenter en champion de la francophonie un président qui prononce des discours en anglais à l'étranger ou baptise des sommets tenus à Paris "One Planet Summit" et "Choose France".

"Il ne s'agit pas de faire la danse du ventre en prétendant 'déringardiser le français', mais de cesser de plier l'échine devant une mondialisation qui veut nous imposer sa langue, sa morale et sa culture", critiquait récemment un éditorial du quotidien québécois Le Devoir.

"Je n'hésite jamais à m'exprimer à la fois en français, ou dans la langue du pays hôte, ou également en anglais lorsque ce sont sur des scènes internationales ou devant des milieux d'affaires, parce que je pense que cela renforce la francophonie", s'est récemment expliqué M. Macron.

Avec AFP

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