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Le président malien qualifie "d'élucubrations" les spéculations sur un putsch

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita, lors du sommet des chefs d'État de l'UEMOA, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 12 juillet 2019. REUTERS / Luc Gnago

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a qualifié "d'élucubrations" les spéculations sur un putsch militaire, malgré la dégradation continue de la sécurité dans le pays en guerre et le récent revers meurtrier infligé par les jihadistes à l'armée gouvernementale.

Dimanche matin encore, un Casque bleu a été tué et cinq autres blessés dans deux attaques, l'une à l'engin explosif, l'autre à l'arme à feu, dans le nord-est et le centre du pays, a indiqué la Minusma sur Facebook.

La force de stabilisation de l'ONU, établie en 2013, chiffre ses pertes humaines à plus de 200 sur son site internet.

L'armée malienne, quant à elle, a essuyé ses plus lourdes pertes depuis des années des mains des jihadistes dans deux attaques lundi et mardi à Boulkessy et Mondoro (centre), près de la frontière du Burkina Faso.

Trente-huit soldats ont été tués, selon un bilan gouvernemental largement soupçonné d'être en deçà de la réalité. Un hommage leur a été rendu dimanche à Bamako.

Mais ces attaques et l'impuissance imputée au pouvoir central à faire face à la détérioration de la situation ont réveillé le spectre d'un coup d'Etat semblable à celui mené par des officiers en 2012.

Le Mali, "plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n'a pas besoin d'élucubrations des nostalgiques du putsch", a dit le président malien samedi devant des responsables politiques.

"Aucun putsch militaire ne prévaudra au Mali, qu'on se le dise. Et je crois que cela n'est pas du tout à l'ordre du jour et ne saurait nous inquiéter", a-t-il dit selon l'enregistrement de ses propos diffusé par la présidence.

Dans un pays en proie depuis 2012 à des insurrections indépendantistes, salafistes et jihadistes et à des violences interethniques meurtrières, la bataille de Boulkessy a provoqué la colère des familles des soldats. Elles ont accusé le pouvoir de cacher la vérité et de ne pas donner à l'armée les moyens de se défendre.

Le chef de l'Etat malien a dit "comprendre l'émoi" suscité chez "les jeunes militaires", mais, a-t-il promis, "nous en tirerons toutes les conséquences".

En mars, une attaque jihadiste dans laquelle une trentaine de soldats avaient été tués, suivie une semaine après par le massacre de 160 villageois peuls au cours de violences intercommunautaires, avait débouché sur le limogeage des principaux chefs d'état-major. Le gouvernement avait démissionné en avril sous la pression de manifestations contre l'impuissance de l'Etat.

Samedi, le président s'est contenté de demander au gouvernement "d'être vigilant, d'anticiper".

"Moyens limités"

Il a espéré que les missions onusienne, africaine et française face aux jihadistes porteraient leurs fruits. Mais il a aussi tenu des propos aux sombres perspectives.

"Nous sommes en guerre. Ça veut dire que ce qui s'est passé à Boulkessy pourrait malheureusement survenir encore", a-t-il dit.

Et face aux agissements des jihadistes, pour lesquels infliger "la mort est devenue l'objectif", "nos moyens deviennent limités", a-t-il reconnu.

Les solutions sécuritaire et politique paraissent pour l'heure introuvables.

En 2012, l'incapacité attribuée au pouvoir à défendre le pays face aux insurrections émergentes dans le Nord avait donné lieu à un coup d'Etat conduit par des officiers. Le renversement du gouvernement avait précipité la plongée du Mali dans la crise toujours en cours.

Le nord du Mali était alors tombé sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du déclenchement en janvier 2013 d'une opération militaire à l'initiative de la France.

Mais les violences jihadistes persistent et se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

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Des jihadistes accusés de viol près d'Ansongo dans le nord malien

Alhader Ag Almahmoud, un berger touareg de 30 ans dont la main droite a été amputée par un groupe islamiste à Bamako, au Mali, le 20 septembre 2012. (Archives)

La récente amputation par des jihadistes présumés dans le nord du Mali d'hommes accusés de vol "rappelle les horreurs" de la mainmise de groupes liés à Al-Qaïda en 2012, s'est indignée jeudi la Mission de l'Onu (Minusma) qui a offert son aide.

Des hommes armés ont rassemblé la foule le 2 mai lors du marché hebdomadaire de Tin Hama, près d'Ansongo (Nord), et lui ont présenté trois hommes qualifiés de voleurs, auxquels ils ont coupé la main droite et le pied gauche, selon des informations recueillies auprès d'interlocuteurs locaux informés s'exprimant sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité.

Les hommes armés sont présumés appartenir au groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS), une des principales organisations jihadistes du Sahel, a dit la Minusma dans un communiqué.

La Minusma condamne des agissements rappelant "les horreurs qui ont marqué la crise de 2012".

Des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda s'étaient livrés à des amputations, des lapidations, des flagellations et des exécutions publiques au nom d'une interprétation rigoriste de la loi islamique dans les grandes villes du Nord, tombées entre leurs mains en mars-avril 2012 jusqu'à l'intervention militaire française lancée en janvier 2013.

Les jihadistes s'emploient à apparaître auprès des populations comme administrant la justice dans de vastes étendues du territoire malien échappant à tout contrôle de l'Etat, selon les analystes.

Les victimes de cette amputation publique sont présumés être des "coupeurs de route" qui auraient attaqué un camion de transport sur la route Ansongo-Ménaka, selon les mêmes interlocuteurs informés.

"De tels châtiments corporels exécutés par des groupes armés en dehors de tout cadre légal sont de graves atteintes aux droits de l'Homme, y compris le droit de tout être humain à un procès juste et équitable devant un tribunal régulièrement constitué", a dénoncé le nouveau chef de la Minusma, El-Ghassim Wane, cité dans le communiqué.

La Minusma est prête "à soutenir les enquêtes en cours des autorités maliennes pour combattre l'impunité et veiller à ce que les auteurs de ces actes soient traduits devant la justice", dit-il.

La Minusma a ajouté enquêter elle-même sur les faits et déployer des moyens pour renforcer la protection des populations.

Par ailleurs, une attaque par des hommes armés non identifiés contre un détachement de la Force spéciale antiterroriste malienne a fait un mort dans les rangs de cette dernière et trois dans ceux des assaillants mercredi soir près de Tominian (centre), a indiqué un responsable sécuritaire.

Crise malienneL la CEDEAO s'inquiète du retour des crispations politiques

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Crise malienne : les Etats ouest-africains prônent le réalisme

L'ancien président du Nigéria médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne est à Bamako.

Le médiateur des Etats d'Afrique de l'Ouest au Mali a indiqué mercredi que les autorités risquaient de devoir fixer des priorités étant donné le peu de temps qui leur reste pour mener à bien une transition censée ramener les civils au pouvoir début 2022.

"Un aspect crucial qui devrait guider un gouvernement qui dispose de très peu de temps, c'est la gestion de ce qui est idéal et de ce qui est faisable dans le délai imparti", a dit devant la presse à Bamako Goodluck Jonathan, médiateur de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) dans la crise malienne.

M. Jonathan a mené de dimanche à mercredi une mission d'évaluation de la transition ouverte après le putsch du 18 août 2020. Les militaires qui continuent à dominer les autorités de transition installées en septembre-octobre se sont engagés à rendre au bout de 18 mois le pouvoir à des civils élus.

Les autorités viennent d'annoncer un calendrier électoral, avec un premier tour d'élections présidentielle et parlementaires le 27 février 2022, ainsi qu'un référendum constitutionnel le 31 octobre précédent.

Le doute persiste quant à leur capacité à tenir leur programme, a fortiori dans un contexte où les violences jihadistes et autres continuent sans relâche, où la contestation politique se fait jour à nouveau et où s'agrègent les signes de grogne sociale.

Un membre de la délégation de M. Jonathan et haut responsable de la Cédéao, Francis Béhanzin, a paru envisager que les autorités renoncent à certains objectifs.

La mission leur a demandé "de voir les réformes prioritaires qui pourraient être engagées, parce que 18 mois, c'est très peu (et que) nous sommes déjà au bout de 10 mois", a-t-il dit l'AFP. Il s'agirait de "faire une hiérarchisation des priorités, voir si une révision constitutionnelle est possible, voir si le découpage territorial est possible. Et mettre en place les lois électorales qui pourraient permettre d'avoir une élection crédible", a-t-il dit.

Le communiqué final de la mission exprime la "satisfaction" du médiateur devant "des progrès remarquables réalisés" dans la mise en oeuvre des recommandations de la Cédéao.

Mais, devant la presse, M. Jonathan a exprimé sa préoccupation face à la résurgence de crispations politiques.

Le Mouvement du 5-juin, collectif qui fut en 2020 le fer de lance de mois de contestation achevés par le putsch, a réclamé la semaine passée la "dissolution" du gouvernement de transition, ou encore la "relecture" d'un important accord de paix avec certains groupes armés.

M. Jonathan a appelé tous les acteurs à travailler "main dans la main". Dans une période aussi délicate, "l'intérêt supérieur du Mali est ce qui doit prévaloir", et "n'adoptons pas des positions extrêmes", a-t-il déclaré.

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