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Mali

Déplacés par la guerre, les enfants sacrifiés de l'école

Un camp de déplacés à Faladié, Mali, 14 mai 2019.

Oumou Tomboura a neuf ans. Dans un monde idéal, elle devrait avoir des années d'école derrière elle, savoir lire, écrire, compter. Mais il n'en est rien, et mardi, jour de rentrée au Mali, Oumou ne s'est pas assise sur un banc de classe.

Elle était bien assise, certes, mais à broyer des oignons et des tomates pour le prochain repas sur une natte posée à même le sol, à Ségou, où sa famille a trouvé refuge après avoir fui la guerre.

Dans ce centre du Mali situé au coeur du Sahel embourbé dans un conflit qui ne cesse de s'aggraver depuis 2012, l'éducation est devenue un luxe. La région est en proie aux agissements de djihadistes peuls et à des violences communautaires qui ont fait des centaines de morts depuis 2015.

"Evidemment, j'aimerais bien qu'elle aille à l'école, mais ce n'est pas possible", raconte Fatouma Dja, 29 ans, la mère d'Oumou. Il y a six mois, elle a fui le village de Mamba, près de Mopti. Malienne parmi des centaines de milliers d'autres déplacés par des années de violences. Avec ses trois enfants, elle a trouvé refuge à environ 200 km de là, à Ségou, une des principales villes du centre, qui n'est pas encore touchée par la guerre.

"Quand Oumou a eu l'âge d'aller à l'école à Mamba, les djihadistes sont venus menacer les instituteurs, et l'école a fermé. Alors elle n'y est jamais allée", relate avec lassitude sa mère, qui porte son dernier bambin, âgé d'un an, sur son dos.

Dans un pays pauvre et éprouvé, avec un système public en déliquescence, la réintégration de ces milliers d'enfants déracinés est longue et difficile. Mardi à Segou, où se sont réfugiés plus de 20.000 habitants, aucune école n'a accueilli d'enfants de déplacés pour la rentrée.

- L'illettrisme au bout des sermons -

"Il faut que les déplacés viennent s'inscrire chez nous et qu'on les oriente vers une école qui pourrait les accueillir", explique Abdoulaye Diallo, du Comité d'action pédagogique (CAP) de Ségou, organisme qui supervise l'éducation primaire.

Fatoumata Dja n'a pas été informée et la rentrée a eu lieu sans sa fille. De toute façon, elle fait ses comptes. Entre les habits neufs, les chaussures, les fournitures, "il faudrait 50.000 francs (CFA, 76 euros), je ne les ai pas", admet-elle en baissant les yeux.

La rentrée ne sera pas meilleure pour ceux qui sont restés au village. Dans la seule région de Mopti, la plus touchée par les incursions du groupe djihadiste du prédicateur peul Amadou Koufa et les attaques de groupes autoproclamés d'autodéfense, une école sur trois a fermé.

Sur les 920 écoles fermées au Mali à cause du conflit, plus des deux tiers se trouvent dans ces trois régions du centre (Mopti, Ségou et Koulikoro).

A l'Académie de Ségou, Itous Ag Ahmed Iknan, le directeur régional, brandit un courrier: "Regardez, encore une école qui ne pourra pas ouvrir ! C'est une lettre que j'ai reçue de Souba, juste de l'autre côté du fleuve, qui nous signale que huit djihadistes sont venus la semaine passée prêcher pendant cinquante minutes".

"Dans leurs prêches, ils demandent que les écoles ferment, rapporte-t-il. Il faut que l'armée revienne, que la zone soit sécurisée, sinon les écoles ne rouvriront pas".

- Exode pédagogique -

Pour le chercheur Modibo Galy, chercheur malien à l'Université de Leyde (Pays-Bas) et spécialiste du centre du Mali, "les écoles sont pour le groupe d'Amadou Koufa l'incarnation de la culture occidentale, c'est un symbole des occidentaux qu'ils combattent".

"A cela s'est ajouté le fait que les enseignants sont des fonctionnaires parfois extérieurs à la région. On a pu les soupçonner de renseigner l'armée, d'être des espions", ajoute-t-il. Alors les enseignants sont partis un par un.

Dans les trois pays du Sahel touchés par une crise multiforme, le Burkina Faso, le Niger et le Mali, le nombre d'écoles fermées à cause de la violence a été multiplié par six en deux ans, selon l'ONU.

Au Mali, face à la crise, le gouvernement et les organisations internationales ont redoublé d'imagination: des cours à la radio, une formation d'enseignants sur tablettes, un accent mis sur le psychosocial pour répondre aux traumatismes des enfants, des centres d'apprentissage montés de toutes pièces dans des camps ou villages...

"Les solutions doivent être locales et étudiées au cas par cas", estime Eliane Luthi, porte-parole à Bamako de l'Unicef, l'organisation de l'ONU pour l'enfance. A Ségou, une ONG locale a recensé les besoins pour distribuer plus tard le matériel scolaire et permettre aux enfants déplacés de rejoindre les autres à l'école en cours d'année.

Fatoumata Dja compte là-dessus. "On espère que les partenaires vont nous aider!", dit-elle en regardant sa fille jouer avec d'autres enfants déplacés.

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La sécurité se dégrade au nord et à l’est du Burkina

Les soldats burkinabè affrontent au quotidien les assauts des terroristes Dori, le 8 avril 2021. (VOA/Kader Traoré)

La situation sécuritaire semble se détériorer au Burkina Faso avec une recrudescence des attaques terroristes sur la partie Est et Nord du pays. La situation a poussé le Conseil d’information et de suivi des actions du gouvernement à faire une sortie pour proposer des pistes de solution.

Après une accalmie, les actions imputées aux groupes terroristes se sont accrues au Burkina avec des attaques dans toute la zone du Sahel et de l’Est. Une situation qui endeuille les communautés vivant dans ces régions, malgré la présence des forces de défense et de sécurité, et renforcée par endroit par les volontaires pour la défense de la patrie (VDP).

Selon le CISAG, une institution indépendante d’information et de suivi des actions du gouvernement, la recrudescence des activités des terroristes est à craindre.

"Depuis 4 à 5 mois, nous avons vu une recrudescence de l’activité des terroristes, ce qui fait que ça devient très inquiétant. On ne peut pas faire 10 jours sans voir nos soldats, nos VDP ou nos vaillantes populations mourir sous les balles assassines des terroristes", a indiqué le président du CISAG, Issiaka Ouédraogo.

La question que certains se posent est de savoir si les soldats ne sont pas fatigués de se battre contre un ennemi sans visage.

Chérif Sy, le ministre de la Défense, vient de rentrer d’une tournée dans les casernes de Dori, Djibo, Gorom-Gorom et bien d’autres localités.

Il soutient que le moral des soldats ont toujours haut.

"Au-delà des difficultés traditionnelles qui nous ont été exposées, nous avons constaté que le moral des troupes est grand et nous avons été aussi surpris par une revendication à la fois sur la résilience des populations, mais à la fois des forces de défense et de sécurité", a-t-il dit à la fin de sa tournée.

Comme solution pour ramener l’accalmie au Nord et à l’Est, le CISAG a sa petite idée.

"La première, est le recrutement des soldats. Nous avons demandé à ce que l’on puisse recruter assez d’hommes de rang contre ce phénomène-là. On sait que le gouvernement fait des efforts, mais c’est de propositions en propositions que l’on viendra à bout de ce phénomène", a suggéré Louis Wendkouni Ouédraogo, le chargé des questions publiques.

Le conseil d’information et de suivi des actions du gouvernement espère une augmentation des troupes du terrain pour venir à bout du terrorisme.

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