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Le président Buhari sous pression après la suspension du juge de la Cour suprême

Le président nigérian Muhammadu Buhari lors d'une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 14 octobre 2016.

Le président nigérian Muhammadu Buhari était samedi sous pression internationale après sa décision de suspendre le président de la Cour suprême, à quelques semaines seulement des élections, une mesure qualifiée de tentative de "coup" judiciaire par des opposants et des acteurs de la société civile.

L'Union européenne, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont exprimé leur préoccupation à propos de la suspension du juge Walter Onnoghen qui, en tant que président de la Cour suprême, aurait été amené à se prononcer dans les contentieux relatifs aux élections du 16 février. Les Nigérians voteront ce jour-là pour choisir leurs président et parlementaires.

M. Onnoghen est poursuivi depuis une dizaine de jours devant le Tribunal du code de conduite, un tribunal créé spécialement pour juger les questions éthiques, pour ne pas avoir déclaré plusieurs comptes bancaires en dollars, euros et livres sterling.

Mais le moment choisi pour ces accusations et la manière dont il a été limogé ont suscité la consternation.

Dans un communiqué samedi soir, la présidence du Nigeria a déclaré être déterminée à assurer la tenue d'élections libres et justes, mais qu'elle ne tolèrerait aucune ingérence dans les affaires intérieures du pays.

"Le Nigeria se réserve le droit d'être préservé des suggestions ou interférences concernant des affaires pleinement internes", a déclaré le porte-parole de la présidence Garba Shehu.

Le président Buhari, un ancien général de 76 ans, qui brigue un deuxième mandat, est accusé d'excès de pouvoir pour avoir contourné le Parlement auquel il appartient, selon la Constitution, d'autoriser une telle mesure.

M. Onnoghen était sur le point de faire prêter serment aux juges des tribunaux électoraux. C'est son remplaçant, Ibrahim Muhammad Tanko, nommé président par intérim, qui a présidé la cérémonie samedi.

La mission des observateurs électoraux de l'Union européenne (UE) a appelé "toutes les parties à suivre les procédures légales prévues dans la Constitution et à réagir calmement aux préoccupations qu'elles pourraient avoir".

L'ambassade des Etats-Unis à Abuja s'est déclarée "profondément préoccupée" par le fait que M. Onnoghen ait été remplacé "sans le soutien du pouvoir législatif".

La Haute Commission (ambassade) de Grande-Bretagne a également exprimé "sa sérieuse préoccupation". "Le moment choisi pour cette mesure, si près d'élections nationales (...) risque d'affecter les perceptions nationale et internationale de la crédibilité des élections à venir".

Londres et Washington avaient averti cette semaine que quiconque serait impliqué dans des fraudes ou des violences électorales en subirait les conséquences, y compris en matière de visas.

- "Tentative de coup" -

Le président Buhari, du Congrès des progressistes (APC), élu en 2015 sur la promesse de mettre un terme à la corruption, était en campagne dans le sud-ouest du Nigeria samedi.

Son principal rival, Atiku Abubakar, 72 ans, du Parti Populaire Démocratique (PDP), a en revanche suspendu sa campagne durant 72 heures en signe de protestation contre la suspension du juge Onnoghen.

Vendredi, il avait qualifié cette mesure d'"acte digne d'une dictature (...), antidémocratique", en référence au passé militaire du président Buhari et à son exercice autoritaire du pouvoir dans les années 80.

Usant d'un langage similaire, l'Association du barreau nigérian (NBA), a dénoncé "une tentative de coup contre le pouvoir judiciaire nigérian".

Pour le journal indépendant Punch, la décision de Buhari pourrait déclencher "une crise constitutionnelle inutile et, peut-être, faire dérailler 20 ans consécutifs de gouvernement démocratique".

Le Nigeria avait renoué avec un régime civil en 1999, après des décennies de gouvernements militaires.

Le président Buhari a été accusé dans le passé d'utiliser l'appareil sécuritaire d'Etat contre des opposants politiques membres du PDP mais d'être moins prompt à agir contre des membres de son propre parti.

Le porte-parole du président Buhari a affirmé à propos de la suspension du juge Onnoghen que le chef de l'Etat a agi "sur ordre du Tribunal du code de conduite".

Selon la Constitution nigériane, le président ne peut renvoyer le plus haut magistrat qu'avec l'approbation des 2/3 du Sénat.

Des organisations de la société civile ont appelé à une réunion d'urgence du Parlement pour apporter une "réponse législative" à la situation.

Mais elle provoquerait sans doute une nouvelle confrontation entre le législatif et l'exécutif, le leader du Sénat Bukola Saraki étant l'un des principaux opposants au président Buhari.

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Au moins 43 personnes tuées près de Maiduguri

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Enterrement des 43 fermiers tués dans l'État nigérian de Borno

Enterrement de masse à Zabarmari, dans la zone du gouvernement local de Jere, dans l'État de Borno, au nord-est du Nigeria, le 29 novembre 2020.

Les populations de l'État de Borno, au nord-est du Nigeria, ont enterré dimanche 43 fermiers tués lors d'une attaque perpétrée la veille par de militants islamistes présumés.

Les forces de sécurité recherchent encore des dizaines d’autres personnes, portées disparues.

Environ 30 des hommes tués ont également été décapités lors de l'attaque, qui a débuté samedi matin dans le village de Zabarmari, dans le nord-est de l'État de Borno. Les habitants ont déclaré que l'on craignait la mort de 70 personnes au total.

Bien qu'aucun groupe n'ait revendiqué cette attaque, de tels massacres ont été perpétrés dans le passé par Boko Haram ou par l'État islamique de la province d'Afrique de l'Ouest. Ils sont tous deux actifs dans la région, où les militants islamistes ont tué au moins 30 000 personnes au cours de la dernière décennie.

Le président nigérian Muhammadu Buhari a condamné ces meurtres et a déclaré que "le pays tout entier est blessé".

À Zabarmari, des dizaines de personnes en deuil ont entouré les corps, qui ont été enveloppés dans des linceuls blancs et placés sur des palettes en bois, tandis que des religieux menaient les prières pour les défunts.

Un habitant du village et l’ONG Amnesty International ont déclaré que dix femmes figuraient parmi les disparus.

Le gouverneur de l'État de Borno, Babagana Zulum, s'exprimant lors des funérailles, a appelé le gouvernement fédéral à recruter davantage de soldats, de membres de la Force opérationnelle interarmées civile et de combattants de la défense civile pour protéger les agriculteurs de la région.

Il a décrit les choix désespérés auxquels les gens sont confrontés. "D'un côté, ils restent chez eux, ils peuvent être tués par la faim et la famine, de l'autre, ils vont sur leurs terres agricoles et risquent de se faire tuer par les insurgés", a-t-il déploré.

Les prix des denrées alimentaires au Nigeria ont augmenté de façon spectaculaire au cours de l'année dernière, en raison des inondations, de la fermeture des frontières et de l'insécurité dans certaines zones de production agricole.

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