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Face au coronavirus, le parlement tunisien dote le Premier ministre de pouvoirs exceptionnels

Le Premier ministre Elyes Fakhfakh prend la parole lors d'une conférence de presse à Tunis, Tunisie, le 24 janvier 2020.

Le Parlement tunisien a adopté samedi un texte renforçant les pouvoirs du Premier ministre Elyes Fakhfakh, qui pourra légiférer directement durant deux mois, afin d'accélérer l'adoption de mesures visant à faire face à la pandémie de coronavirus.

Avec une large majorité de 178 voix pour --sur un total de 217 députés--, lors d'un vote en plénière partiellement menée en visioconférence, le Parlement a confié temporairement une partie de ses pouvoirs au chef du gouvernement, pour la première fois en Tunisie depuis l'adoption de la Constitution en 2014.

L'article 70 de la Constitution permet en effet "pour un motif déterminé", de "déléguer au chef du gouvernement pour une durée déterminée, qui ne dépasse pas les deux mois, le pouvoir de prendre des décrets-lois".

"C'était nécessaire car c'est l'exécutif qui doit prendre les rênes pour amender rapidement la loi de finances par exemple, ou modifier les procédures pénales pour respecter le confinement et durcir la loi punissant la spéculation", a expliqué à l'AFP Nessryne Jelalia, directrice de l'ONG qui surveille l'activité du Parlement, Al Bawsala.

"Il faudra voir concrètement si les mesures qui seront prises (par M. Fakhfakh) seront proportionnelles et nécessaires", a-t-elle ajouté.

A l'issue des deux mois, les textes adoptés sans le vote du Parlement seront soumis a posteriori "à l'approbation de l'Assemblée".

Lors de l'examen au préalable du texte en commission, les députés avaient initialement limité à un mois la délégation de pouvoir à M. Fakhfakh, signe des fortes défiances entre les pouvoirs.

Pour le Courant démocrate (centre gauche) qui a 22 sièges, l'article 70 "vise à doter le gouvernement de la flexibilité nécessaire pour mettre en place les mécanismes à même de contrer la propagation du coronavirus", selon un communiqué.

Certains députés ont exprimé leur rejet de ce projet de loi, craignant une centralisation du pouvoir exécutif.

Depuis début mars, 553 cas dont 19 décès dus au nouveau coronavirus ont été officiellement déclarés en Tunisie, où un confinement général a débuté le 22 mars et doit être en vigueur jusqu'au 19 avril.

M. Fakhfakh, 47 ans, est un ancien ministre des Finances et ancien cadre d'une filiale du groupe pétrolier français Total. Issu d'une petite formation social-démocrate, il a rassemblé dans son gouvernement des représentants de nombreux partis parlementaires et des technocrates.

La Tunisie est le seul des pays secoués par les soulèvements du printemps arabe en 2011 à continuer sur la voie de la démocratisation.

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Emeutes en Tunisie: 600 arrestations, l'armée en renfort

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Plus de 600 arrestations après 3 nuits d'émeutes en Tunisie

Les manifestants se tiennent au milieu des fumées alors qu'ils bloquent une rue lors d'affrontements avec les forces de sécurité dans la banlieue d'Ettadhamen, à la périphérie nord-ouest de la capitale tunisienne, Tunis, le 17 janvier 2021.

Plus de 600 personnes ont été arrêtées après une troisième nuit d'émeutes dans de nombreuses villes de Tunisie, a indiqué le ministère de l'Intérieur lundi.

Des troubles ont éclaté au lendemain du dixième anniversaire de la chute du président Zine El Abidine Ben Ali et de son régime policier, le 14 janvier 2011.

Cet anniversaire a été étouffé par un confinement général de quatre jours qui s'est achevé dimanche, pour tenter d'endiguer une flambée de cas de Covid-19, assorti d'un couvre feu à partir de 16 heures.

Cela n'a pas empêché les échauffourées, dont les motifs exacts ne sont pas connus mais qui interviennent dans un contexte d'instabilité politique et de dégradation de la situation sociale en Tunisie.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Hayouni a fait état de 632 arrestations, évoquant des groupes de personnes entre 15 et 25 ans qui ont "brûlé des pneus et des poubelles afin d'entraver les mouvements des forces de sécurité".

Les heurts ont éclaté dans des zones marginalisées, frappées de plein fouet par la crise économique inédite, la pandémie ayant mis à mal un début de reprise, alors que la classe politique, divisée, est paralysée.

"Cela n'a rien à voir avec les mouvements de revendication garantis par la loi et la Constitution", a néanmoins estimé M. Hayouni. "Les revendications se déroulent normalement le jour (...) et sans actes criminels", a-t-il ajouté dans une interview à la radio privée Mosaïque, faisant état de deux blessés parmi les forces de l'ordre.

La police, déployée en nombre dans des dizaines de localités, dont le vaste quartier populaire d'Ettadhamen en périphérie de Tunis, a été prise pour cible par des protestataires souvent jeunes.

Des pillages ont également eu lieu dans certaines zones.

L'armée a déployé des renforts dans les régions de Bizerte (nord), Sousse (est), Kasserine et Siliana (centre-ouest) - afin de protéger les bâtiments publics, a indiqué lundi à l'AFP un porte-parole du ministère de la Défense, Mohamed Zikri.

Mondial de handball: Zoom sur la Tunisie

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Les Tunisiens marquent les 10 ans de leur révolution dans le confinement

Les partisans d’Hizb Ut-Tahrir brandissent des drapeaux lors d’un rassemblement à Sidi Bouzid, Tunisie, 17 décembre 2013.

La Tunisie célèbre ce 14 janvier le 10e anniversaire de sa révolution sans drapeaux ni de manifestations. Il n’y aura que quelques émissions spéciales à cause d’un confinement de quatre jours qui commence ce jeudi pour contenir la nouvelle vague de coronavirus.

"Normalement, on aurait manifesté sur l'avenue pour demander plus de justice sociale, car les gouvernements qui se succèdent depuis 2011 n'ont toujours pas pris en compte cette demande", explique à l'AFP Alaa Talbi, président de l’ONG “Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux”.

"Neuf gouvernements en dix ans ont peiné (...) à équilibrer les intérêts de l'élite traditionnelle avec ceux de la population défavorisée", souligne l'Institut Transnational, un think tank basé à Amsterdam.

La classe politique, fragmentée et paralysée par des luttes de pouvoir, peine à agir, et elle est accusée de servir des intérêts personnels.

Le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de troubles déclenchés par l'immolation d'un vendeur ambulant dans l'intérieur du pays, une foule inédite se rassemble devant le ministère de l'Intérieur, centre névralgique du régime au coeur de la capitale.

La colère contre la misère se tourne contre le régime, et le foule scande "Dégage". Le soir même, Ben Ali prend la fuite vers un exil doré en Arabie saoudite, où il est décédé en 2019, dans la discrétion.

La fuite de Ben Ali, après 23 années de règne a été suivie par des soulèvements dans plusieurs pays de la région et la chute d'autres autocrates considérés jusqu'alors comme inamovibles. Mais la Tunisie est le seul à avoir poursuivi sa démocratisation.

Le clan Ben Ali, éparpillé et discret, dix ans après la révolution

L'ancien président Tunisien, Ben Ali, lors d'un rassemblement politique en octobre 2009.

Dix ans après la révolution qui l'a chassé du pouvoir le 14 janvier 2011, le clan du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, qui avait accaparé des pans entiers de l'économie tunisienne, est éparpillé dans le monde.

La plupart n'ont pas répondu de leurs actes devant la justice. En 2010, ce clan captait notamment 21% des bénéfices du secteur privé tunisien, selon la Banque mondiale.

Le président déchu, condamné par contumace de nombreuses fois pour homicide, torture et corruption, est décédé en 2019, à 83 ans. Exilé en Arabie saoudite, il y a été enterré en présence de sa seconde épouse et de leurs trois enfants.

Leïla Trabelsi, surnommée la "coiffeuse" en raison de sa profession passée supposée, fut la seconde épouse du dictateur et l'une des personnes les plus haïes du régime. Elle continue de profiter de son exil doré saoudien malgré de nombreuses condamnations.

Elle réside à Jeddah (ouest) avec leur fils et leur fille cadette Nessrine.

Le clan Trabelsi

Les frères de Leïla Trabelsi sont accusés d'avoir été les moteurs de la mainmise sur les biens nationaux, qui ont permis au clan de régner sur un empire s'étendant de la grande distribution à l'immobilier en passant par la téléphonie, les médias ou l'automobile.

- Belhassen Trabelsi, 58 ans: le frère fugitif

Richissime homme d'affaires considéré comme le chef du clan, il s'est enfui en yacht vers l'Italie le 14 janvier 2011 et a rejoint le Canada, où il a résidé à Montréal jusqu'en 2016. Débouté de sa demande d'asile, il a pris la fuite.

Il a déposé un dossier en 2016 en Tunisie auprès de l'organisme de justice transitionnelle, l'Instance vérité et dignité (IVD), pour obtenir une réconciliation en contrepartie d'un remboursement de fonds détournés. Il a proposé 350 millions d'euros, a indiqué l'IVD, mais l'arbitrage n'a pas abouti.

Après trois ans de cavale, il est arrêté en mars 2019 en France, et la Tunisie demande son extradition.

Le cour d'appel d'Aix-en-Provence (sud) doit rendre sa décision le 27 janvier, le parquet ayant requis un avis favorable à l'extradition.

- Imed Trabelsi, 46 ans: le prisonnier

Le plus connu des membres du clan, neveu de Leïla, est emprisonné en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, jour de la chute du président.

Arrêté alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour la France, il a été condamné notamment pour fraude et corruption à 100 ans de prison au total.

Il a livré en mai 2017 un témoignage inédit sur le système de corruption impliquant des douaniers, des hauts fonctionnaires et des ministres.

Il a présenté des excuses au peuple tunisien. Un accord de réconciliation moyennant finances a été trouvé mais il est toujours en prison.

Deux frères de Leïla Trabelsi sont décédés en prison: Moncef Trabelsi, mort d'une tumeur au cerveau en 2013 à 69 ans, et Mourad Trabelsi, qui souffrait de maladies chroniques et s'est éteint en avril 2020 à 65 ans, selon sa famille par manque de soins en détention.

Les gendres

- Sakher El Materi, 39 ans: le fantôme

Premier époux de Nessrine, souvent qualifié de "gendre préféré" de Ben Ali et présenté comme son potentiel dauphin, il s'est réfugié au Qatar avant de s'exiler aux Seychelles.

Selon l'ONG anticorruption I-Watch, il a obtenu la nationalité seychelloise mais il envisagerait de quitter l'archipel.

En 2017, il a entamé des négociations avec l'Etat tunisien sous l'égide de l'IVD pour faire acte de repentance et être autorisé à rentrer, proposant de rembourser 153 millions d'euros.

Son père Moncef Materi, condamné pour blanchiment, a été interpellé en France en juin 2017 lors de l'escale d'une croisière, en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par un juge tunisien. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a rejeté son extradition en 2018.

- Marouane Mabrouk: le discret

Ex-époux de Cyrine Ben Ali, fille du premier mariage de Ben Ali, cet homme d'affaires de poids a gardé un rôle important bien que discret. Avec ses frères, il codirige l'un des principaux conglomérats du pays, présent dans la grande distribution (Monoprix, Géant), des concessions automobiles (Fiat, Mercedes) ou encore la banque.

Accusé d'avoir fait fructifier ses affaires grâce aux largesses de son ancien beau-père, il a vu certains de ses biens être gelés en 2011. Il a cependant pu en récupérer une partie après une levée contestée des sanctions par l'Union européenne.

- Slim Chiboub, 61 ans: le repenti

Époux de Dorsaf, la seconde fille du premier mariage de Ben Ali, ex-dirigeant du très populaire club de football de l'Espérance à Tunis, il est rentré d'exil en 2014 pour solder ses comptes avec la justice.

Il a passé un an en prison et s'est engagé, en échange de la suspension de poursuites, à restituer les sommes perçues indûment assorties d'une amende.

En dépit de cet accord, il a de nouveau été arrêté cet été.

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