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Le MIN, mouvement de la minorité chiite

Ibrahim Zakzaky

Les manifestations de membres de la minorité chiite nigériane, rassemblés au sein du Mouvement islamique du Nigeria (MIN), pour exiger la libération de leur dirigeant Ibrahim Zakzaky, ont dégénéré lundi à Abuja où au moins 8 personnes ont été tuées.

Outre six militants du MIN, un policier et un étudiant en journalisme de 22 ans ont été tués lors d'affrontements avec la police.

Le gouvernement nigérian a exigé l'arrêt des manifestations de ce mouvement chiite, né avec la révolution révolution islamique de 1979 en Iran.

- Origine du MIN

Le MIN a été créé aux alentours de 1978 par un étudiant en économie à l'université de Zaria dans l'Etat de Kaduna (nord).

Regroupant des membres de la minorité chiite dans un pays où l'écrasante majorité des musulmans est sunnite, le MIN a attiré des étudiants après la révolution de 1979 en Iran, pays à majorité chiite qui devient alors République islamique.

Le MIN revendique plusieurs millions de membres, un chiffre contesté. La plupart des chiites du Nigeria vivent dans l'Etat de Kaduna.

- L'exemple iranien

Le MIN a pris de l'importance lorsqu'Ibrahim Zakzaky a réussi à convaincre ses partisans qu'une révolution à l'iranienne était possible au Nigeria.

Sa première manifestation a eu lieu en 1980 après une opération du Canada et des Etats-Unis visant à libérer les otages de l'ambassade américaine à Téhéran, retenus plusieurs mois par des étudiants islamiques iraniens.

Zakzaky et ses partisans estimaient alors qu'un Etat islamique était le seul moyen d'obtenir la justice sociale pour les musulmans. Ils réclament aujourd'hui la liberté de pouvoir pratiquer l'islam selon les rites chiites dans le nord du Nigeria, dominé par les sunnites.

Le MIN ne reconnaît pas la Constitution nigériane qui, selon lui, ne protège pas suffisamment les droits fondamentaux, en particulier celui de manifester.

Il condamne aussi l'influence de l'Arabie saoudite - grand rival de l'Iran - dans le nord du Nigeria.

- Accusé de terrorisme

Les manifestations croissantes organisées par le MIN ont provoqué la colère des autorités sunnites du nord du pays et des forces de sécurité nationales.

Le gouvernement nigérian accuse le MIN de "terrorisme" et de vouloir le renverser. De nombreux lieux saints, centres communautaires et écoles chiites ont été détruits dans l'Etat de Kaduna où le mouvement est désormais interdit.

- Pourquoi manifester ?

Zakzaky et sa femme Zeenah Ibrahim, ont été arrêtés en décembre 2015, pour actes "terroristes" après une éruption de violence à Zaria lors d'une procession chiite.

L'armée nigériane avait alors accusé le MIN d'avoir tenté d'assassiner son commandant en chef.

Selon Amnesty International et d'autres organisations de défense des droits de l'Homme, 347 marcheurs de la procession, la plupart non armés, avaient alors été tués et enterrés dans des fosses communes par des militaires, ce qu'ils avaient nié.

Un rapport officiel de l'Etat de Kaduna a par la suite reconnu que l'armée avait agi de manière disproportionnée et que les militaires impliqués devaient être punis. Aucun n'a été poursuivi.

En décembre 2016 un tribunal fédéral avait ordonné la remise en liberté de Zakzaky et de sa femme. Le gouvernement n'a pas obtempéré, lançant au contraire de nouvelles accusations contre le couple.

Depuis, ses partisans exigent leur libération lors de manifestations dans plusieurs villes du pays.

Selon le MIN, son leader ne reçoit aucun soin alors qu'il en a urgemment besoin, puisqu'il souffre notamment de forte tension et d'un glaucome.

Sa femme souffre d'une blessure par balle qui n'a pas été soignée, selon le mouvement et leur fils Mohammed Zakzaky a récemment affirmé que c'était un miracle que ses parents soeint encore en vie.

Leur mort en détention pourrait entraîner des manifestations encore plus violentes que les dernières et déstabiliser le pays.

Avec AFP

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Près de 22.000 disparus dans le conflit contre Boko Haram

Une vue sur la ville de Bama, le 8 décembre 2016.

Près de 22.000 personnes, essentiellement des mineurs, sont toujours portées disparues après 10 ans de conflit dans le nord-est du Nigeria contre l'insurrection jihadiste de Boko Haram, a rapporté jeudi le Comité International de la Croix Rouge (CICR).

Le Nigeria, pays de 190 millions d'habitants, enregistre "le plus grand nombre de personnes disparues au monde", selon le CICR.

"Environ 60% des personnes dont nous sommes toujours sans nouvelle étaient mineures lorsqu'elles ont été déclarées disparues", peut-on lire dans un communiqué du CICR publié à l'issu d'une visite de cinq jours au Nigeria du président de l'organisation internationale.

"Des milliers de parents ne savent pas si leurs enfants sont en vie ou s'ils sont morts. C'est le plus grand cauchemar d'un parent", a déclaré Peter Maurer lors d'une conférence de presse tenue à Lagos.

Les familles sont régulièrement séparées lors d'attaques du groupe jihadiste Boko Haram ou d'offensives de l'armée et en l'absence de documentations civiles ou de moyens de communication, les personnes disparues sont très difficilement trouvables.

D'autre part, "de grandes parties du territoire restent totalement inaccessibles au personnel humanitaire", dans le nord-est du pays, a fait savoir M. Maurer.

Les Nations Unies estiment que près de deux millions de personnes déplacées par ce conflit ne peuvent toujours pas regagner leurs foyers.

Toutefois, le chef des armées, le général Tukur Buratai, a affirmé mardi à Abuja que "les 'terroristes' de Boko Haram ont été chassés" du Nigeria et ne contrôlent plus aucun territoire national.

En 10 ans, l'insurrection jihadiste et sa répression dans le nord-est du Nigeria ont fait plus de 27.000 morts. Lundi soir, de nombreux soldats nigérians ont été tués dans une attaque contre une base militaire, revendiquée par la branche de Boko Haram affiliée à l'Etat Islamique (Iswap).

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