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Nigeria : de nouvelles tensions avec la minorité chiite font au moins sept morts

Affrontements entre des membres du groupe chiite, du Mouvement islamique nigérian (IMN) et la police, le 22 juillet 2019. (Photo: AFP)

Au moins six manifestants chiites et un policier ont été tués dans des heurts à Abuja lundi, les dernières violences meurtrières en date liées à l'emprisonnement d'un dignitaire religieux de leur communauté.

Quelques centaines de membres du Mouvement islamique du Nigeria (IMN), une organisation chiite radicale du nord du Nigeria majoritairement sunnite, ont défilé dans la capitale fédérale pour exiger la libération de leur chef Ibrahim Zakzaky, incarcéré depuis décembre 2015 avec son épouse pour "homicide et rassemblement illégal", a constaté un photographe de l'AFP.

"La manifestation a d'abord été pacifique", puis "les policiers ont commencé à sortir en nombre et ont tiré du gaz lacrymogène et les manifestants ont riposté en lançant des cocktails Molotov et ont mis le feu à des véhicules de pompiers", a-t-il ajouté.

"Nous marchions sans violences et lorsque nous sommes arrivés au niveau du ministère des Affaires étrangères, ils (les policiers) ont commencé à tirer en l'air et sur la foule", a de son côté dit Abdullahi Muhammed Bello, un membre de cette organisation chiite. "Il y a six corps devant moi, dont celui d'un mineur", a-t-il poursuivi.

Le photographe de l'AFP a compté le même nombre de morts, ajoutant avoir vu un policier à terre.

L'IMN a plus tard fait part de la mort de cinq autres manifestants.

Un porte-parole de la police a quant à lui annoncé qu'un officier de haut rang des forces de l'ordre avait aussi perdu la vie dans les violences, tandis que deux autres policiers avaient été grièvement blessés.

La chaîne de télévision nigériane Channels a par ailleurs affirmé que l'un de ses reporters avait reçu une balle, sans autres détails.

Le porte-parole de la police, Franck Mba, a diffusé un communiqué pour demander aux habitants d'Abuja de rester calmes.

"Il y a une manifestation violente actuellement en cours", a dit le porte-parole. "La police prend des mesures adéquates de maintien de l'ordre pour garder la situation sous contrôle".

Amnesty International a aussitôt rendu public un communiqué appelant "les autorités à ne plus réprimer les manifestations chiites dans le sang".

"Les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des personnes qui exercent seulement leur liberté d'expression", regrette l'ONG internationale de défense des droits de l'Homme.

- Réprimées dans le sang -

Les partisans d'Ibrahim Zakzaky manifestent quasiment quotidiennement désormais dans les rues d'Abuja pour demander sa libération.

L'IMN, fort de plusieurs milliers de sympathisants, s'oppose depuis des années à l'autorité nigériane et ses manifestations sont souvent réprimées dans le sang.

Le 11 juillet, au moins deux personnes ont été tuées, quelques jours après une sortie du fils du chef de l'IMN, accusant le gouvernement d'organiser "l'assassinat" d'Ibrahim Zakzaky, dont l'état de santé s'est fortement dégradé.

Le week-end dernier, la présidence nigériane a appelé les membres de l'IMN à attendre la prochaine comparution de leur chef devant la justice, le 29 juillet.

"Nous demandons aux partisans de Zakzaky d'abandonner leurs violentes manifestations dans les rues et d'attendre la décision la cour de Kaduna (nord), ville dans laquelle leur leader doit comparaître", a déclaré Garba Shehu, le porte-parole de la présidence.

Fin 2016, un tribunal fédéral avait jugé sa détention illégale et ordonné sa libération. Mais cette décision n'a jamais été exécutée.

En janvier, un tribunal avait ordonné qu'il puisse rencontrer ses médecins personnels, en raison de la dégradation de son état de santé, mais ses proches ont récemment fait savoir qu'il souffrait d'un empoisonnement au plomb.

Fin octobre, des partisans de l'IMN avaient manifesté en masse à Abuja et la répression violente de la manifestation par les forces de sécurité avait fait 47 morts selon l'IMN et les observateurs, six selon les chiffres officiels.

En décembre 2015, l'armée a tiré sur des manifestants à Zaria, leur fief dans le nord du Nigeria, faisant plus de 350 morts.

L'IMN, apparu en tant que mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.

Avec AFP

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Le harcèlement sexuel en milieu universitaire nigérian pourrait être passible de 14 ans d'emprisonnement

Le bâtiment principal de l’Université d’Abuja, le 9 juillet 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Le Sénat du Nigeria a adopté mardi un projet de loi sur le harcèlement sexuel, particulièrement dans l’enseignement supérieur, à la suite d’une enquête de la BBC qui avait révélé une mauvaise conduite de professeurs vis-à-vis des étudiantes au Nigeria et au Ghana.

Au Nigeria, il est désormais illégal pour les enseignants de faire des avances sexuelles aux étudiantes.

La nouvelle loi envoie un message clair aux auteurs de harcèlement sexuel en milieu universitaire: un professeur reconnu coupable d'avoir eu une relation sexuelle avec une étudiante pourrait être condamné à une peine pouvant aller jusqu'à 14 ans de prison.

La nouvelle est bien accueillie par Rose, une étudiante qui vient de terminer son cycle d’études supérieures à l’Université de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. "Il y a certains professeurs d’université qui harcèlent leurs étudiantes. Certains menacent les étudiantes de les faire échouer lorsqu’elles refusent de coopérer", explique-t-elle.

Zanaib, une autre étudiante au sein de la même université, se souvient de l’expérience de deux de ses camarades de promotion.

"Je n’ai jamais été harcelée mais je connais beaucoup de femmes qui sont victimes. Deux de mes amies ont été victimes de harcèlement sexuel. La première n’avait pas le choix que d’abandonner les études. On lui a dit qu’ils n’ont pas retrouvé ces dossiers d’admission donc automatiquement qu’elle n’était pas une étudiante inscrite à l’université. Auparavant, son professeur avait fait du chantage", confie la jeune dame.

Le projet de loi sera dans les prochains jours à la Chambre des représentants. S'il est adopté, il sera par la suite envoyé au président Muhamadu Buhari pour promulgation.

Cependant, Faith Nwadishi, militante de droits humains au Nigeria, s'inquiète de son application.

"Il faut aussi une volonté politique pour son application. Sinon vous allez finir par retomber sur les gens qui sont intouchables", analyse l’activiste.

Le vice-président du Sénat, Ovie Omo-Agege, soutient ce projet de loi et se veut rassurant quant à son application. "selon les termes et les provisions du projet de loi que nous venons d’adopter, il n’y aura pas de discrétion pour le jugement. Tout ce qui est demandé est de prouver que le crime a été réellement commis", précise le législateur.

Le projet de loi a été présenté à l'origine en 2016, mais n'avait pas été adopté par les deux chambres du Parlement fédéral. Il a été réintroduit à la suite d’un documentaire de la BBC qui avait provoqué l'indignation face au harcèlement sexuel des étudiantes au Nigeria et au Ghana voisin.

Par la suite, quatre professeurs d’universités pris en flagrant délit ont été suspendus, même s'ils ont toujours nié les accusations.

Le mois dernier, à la suite d'une série de viols sur mineures, des manifestations ont eu lieu à travers tout le pays. Les manifestants ont réclamé justice pour les victimes de violences sexuelles basées sur le genre.

Les sénateurs sont d'accord. "Nous devons protéger nos filles contre les prédateurs", a déclaré le président du Sénat, Ahmed Lawan, cité par le quotidien Guardian.

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