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Le coach local, denrée rare et carte à jouer lors de la CAN 2017


Florent Ibenge, le 2e à gauche, se prépare avant un match à Shanghai, en Chine, le 28 avril 2012.

Les "Sorciers blancs" restent indéboulonnables: sur les 16 sélectionneurs en lice pour la CAN-2017 (de samedi au 5 février), seuls trois entraîneurs locaux sont sur les bancs, alors que la décennie passée montre qu'ils ont pourtant des résultats aussi bons que les techniciens étrangers.

Stephen Keshi, dernier technicien africain à remporter le trophée en 2013 avec le Nigeria, aura-t-il un successeur ?

Tous les (minces) espoirs reposent sur Florent Ibenge (RD Congo), qui avait terminé à la 3e place de l'édition précédente, Aliou Cissé, à la tête du Sénégal, l'un des favoris du tournoi, et Callisto Pasuwa (Zimbabwe).

A contrario, les entraîneurs étrangers arrivent de nouveau en force, perpétuant la tradition des "Sorciers blancs". Si la France reste le premier pourvoyeur avec cinq techniciens, il y aura également deux Belges, deux Portugais, un Espagnol, un Argentin, un Serbe et un Israélien, en lice.

Au vu des statistiques, les locaux n'ont pourtant rien à envier à leur homologues venus d'ailleurs. Sur les dix dernières éditions de la CAN, la compétition a en effet été remportée à cinq reprises par un Africain (les Egyptiens Mahmoud El-Gohary en 1998 et Hassan Shehata en 2006, 2008 et 2010, et Stephen Keshi avec le Nigeria en 2013).

Meilleure communication

Mieux, pour certains joueurs comme le Congolais Cédric Bakambu, la présence d'un entraîneur local constitue "un atout", avec une communication plus facile surtout quand l'effectif est divisé entre un groupe de joueurs évoluant sur le continent et un autre à l'étranger.

"(Ibenge) connaît bien les joueurs locaux, nous aussi (les binationaux), il nous connaît bien. Il a entraîné en France, et au pays. Cela se passe mieux avec ce coach parce qu'il nous comprend mieux", explique le natif d'Ivry-sur-Seine à l'AFP.

L'international sénégalais Kalidou Koulibaly confirme: "On n'a plus de clans entre les Sénégalais et les Franco-Sénégalais. On parle tous le français ou certains le wolof aussi, mais tout le monde se parle. Ce qui est positif aujourd'hui, c'est qu'on est vraiment un groupe homogène et je pense qu'(Aliou Cissé) y est pour beaucoup".

L'expérience concrète de l'Afrique et des spécificités de son football sont d'autres aspects qui plaident également en faveur d'un technicien issu du continent, selon les deux joueurs.

"Le football africain et le football européen, ce n'est pas la même chose. Il y a des matches où (Ibenge) va favoriser des joueurs locaux parce qu'il sait que l'adaptation est difficile dans tel ou tel pays: +le terrain est compliqué donc je vais mettre tel joueur+. C'est sur ce plan là que je le trouve super fort", s'enthousiasme Bakambu.

Pression plus forte

"(Cissé) a joué avec le Sénégal, il a fait partie de l'épopée en 2002 et fait une finale de CAN. Quand le coach parle, il sait de quoi il parle parce que vivre au pays et être sélectionneur, on sait que c'est très difficile. Lui, il arrive vraiment à bien le faire", insiste encore Koulibaly auprès de l'AFP.

La pression est telle, que ce soit l'attente populaire ou celle des fédérations, voire des pouvoirs en place, parfois au bord de l'ingérence, qu'elle peut effrayer les candidats potentiels. "Je crois qu'ils ont un petit peu peur de ça", confirme Gernot Rohr, le sélectionneur franco-allemand du Nigeria.

"Je n'ai rien contre les entraîneurs européens mais les fédérations et les pays africains devraient se montrer patients avec leurs propres techniciens", avait déclaré Stephen Keshi à l'AFP en 2015, un an avant son décès. "Il y a énormément de joueurs qui reviennent en Afrique à la fin de leur carrière et qui aimeraient entraîner dans leur pays mais ils n'en ont pas la possibilité."

Les choses commencent à bouger. L'ancien défenseur de l'Algérie Madjid Bougherra (34 ans), qui prépare ses diplômes d'entraîneur, sera par exemple dans le staff technique des Fennecs à la CAN cette année, et nombre de techniciens étrangers ont à leur côté des adjoints locaux.

"On a besoin (d'eux). Un des objectifs que l'on a quand on est sélectionneur étranger, c'est de permettre justement aux entraîneurs locaux d'apprendre", espère Rohr. Aux intéressés de susciter l'émergence d'une nouvelle vague.

Avec AFP

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