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Le Burundi débute la libération de 2.500 détenus pour désengorger ses prisons


Des dizaines de manifestants avaient été arrêtés le 15 octobre 2016, dans la capitale burundaise, Bujumbura.

Le Burundi a entamé la libération du quart de sa population carcérale dans le cadre d'une grâce présidentielle, mais la société civile en exil de ce pays en crise craint que le pouvoir ne cherche ainsi à faire de la place pour de nouveaux prisonniers politiques.

Un premier groupe de 300 prisonniers a été libéré de la prison centrale de Mpimba, à Bujumbura, par la ministre de la Justice Aimée Laurentine Kanyana.

A terme, 2.500 prisonniers doivent être libérés par les autorités, qui ont toujours nié détenir des prisonniers politiques.

​Ce premier groupe libéré lundi inclut toutefois 58 militants arrêtés lors d'une manifestation interdite et violemment réprimée par la police burundaise le 9 avril 2014. Ils avaient été condamnés à des peines allant jusqu'à la perpétuité lors d'un procès qualifié d'"expéditif" par la communauté internationale.

"Désengorger les prisons"

Ces libérations visent à "désengorger les prisons pour permettre à ceux qui y restent de vivre dans des conditions acceptables", et à la "consolidation de la réconciliation nationale", a déclaré la ministre Kanyana, au cours d'une cérémonie officielle en présence du corps diplomatique accrédité au Burundi.

"Exceptionnellement, son excellence le président Pierre Nkurunziza a également bien voulu toucher même ceux qui ont été condamnés pour des actes criminels commis lors des mouvements insurrectionnels qui ont été organisés depuis 2014", a-t-elle ajouté, restant toutefois vague sur l'éventuelle libération de prisonniers arrêtés depuis le début de la crise actuelle, en avril 2015.

"Nous étions innocents"

La joie se lit sur le visages des femmes et des hommes qui venaient de passer presque deux ans dans la principale prison de Bujumbura à Mpimba dans le quartier de Musaga au sud de la capitale.

Certains avaient été arrêtés le 8 mars 2014 alors qu’ils étaient en réunion dans leur permanence nationale. Ce jeune, surnommé Moto, est parmi les 300 personnes libérées. Il ne cache pas sa joie, mais demande que la grâce présidentielle s’étende à d’autres prisonniers qui sont plus de 10 000 dans les différentes geôles du Burundi.

"Je suis très content de la grâce présidentielle qui vient de nous libérer et de nous pardonner. Nous étions innocents. Nous sommes très contents. Mais nous avons des frères qui ont été incarcérés pendant les manifestations d’avril 2015. On les a traité de rebelles qui ont attaque des camps alors que ce n’est pas vrai".

Il poursuit : "On demande au président de la République de les libérer. Il y a beaucoup de prisonniers politiques dans cette prison de Mpimba. On ne peut pas les laisser dans cette prison. On demande leur libération. Et construire ainsi notre pays avec ceux qui sont en exil une fois de retour dans leur patrie."

Sur VOA Afrique, M. Mbonimpa a dit que le "droit à la vie n'est pas respecté", précisant qu'"il ne peut pas parlé de progrès" dans le pays.

Le Burundi est plongé dans une grave crise depuis l'annonce en avril 2015 de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé et son élection en juillet de la même année. Les violences ont fait plus de 500 morts et poussé plus de 300.000 personnes à quitter le pays.

Selon des sources pénitentiaires, les prisons burundaises abritaient 10.051 prisonniers fin décembre 2016, contre environ 6.000 détenus avant avril 2015.

De son côté, la principale ligue burundaise des droits de l'Homme, Iteka, désormais interdite au Burundi, estime qu'au moins une centaine de personnes accusées de crimes en lien avec la crise politique actuelle sont arrêtées chaque semaine au Burundi, alors que d'autres sont assassinées ou portées disparues.

Christophe Nkurunziza, correspondant à Bujumbura

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