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Nigeria

Las, démoralisés, effrayés : les immenses difficultés des soldats nigérians qui affrontent Iswap

Des soldats se tiennent à un poste de contrôle devant un drapeau de Boko Haram dans la ville nigériane de Damasak (Nigéria), le 18 mars 2015.

Ils sont soldats ou miliciens, tous postés dans le nord-est du Nigeria et engagés dans la lutte contre les jihadistes de Boko Haram et de l'Iswap (Etat islamique en Afrique de l'Ouest, une émanation de Boko Haram qui a prêté allégeance à l'EI).

Ils sont tous confrontés à la même peur, aux mêmes défaillances, au même abandon parfois dans leur face-à-face avec les combattants islamistes, qui ont tué une cinquantaine de leurs collègues pour le seul mois de juin, des centaines depuis les douze derniers mois.

Voici leurs témoignages, sous condition d'anonymat:

Soldat T., 21 ans

"Les troupes sont démoralisées. Notre moral a été affaibli. Parfois, les hommes fuient quand les terroristes donnent l'assaut, sans même résister.

Les soldats ne sont pas équipés correctement pour combattre les terroristes. Oui, on leur a donné de nouveaux fusils d'assaut. Mais il faut plus qu'un fusil pour affronter - et vaincre - un groupe terroriste comme Iswap.

La majorité des armes lourdes que l'on utilise, comme les chars, sont vieilles, ne marchent pas bien. On leur a juste remis un coup de peinture. Elles se grippent, lâchent ou surchauffent au milieu des combats quand les terroristes attaquent les bases militaires. Nos soldats n'ont alors plus d'autre choix que d'abandonner la base et de fuir.

Cette désertion conforte les terroristes qui y voient un signe de lâcheté. Ca les encourage à continuer les attaques, comme ils savent qu'ils ne rencontreront probablement pas beaucoup de résistance".

Soldat N., 36 ans

"Il y a un manque de coordination entre les troupes au sol et l'armée de l'air. Le soutien aérien ne vient presque jamais quand les soldats sont attaqués. Ca donne un avantage aux terroristes qui attaquent en nombre et avec de l'artillerie lourde.

Tant que la stratégie militaire ne change pas, il y a peu de chance de voir un progrès dans cette guerre contre les ennemis de l'humanité.

Notre stratégie est majoritairement défensive, pas offensive. Les soldats sont confinés dans des bases fortifiées entourées de tranchées et de mines. Ils ne montent presque jamais au combat contre les terroristes, ils attendent que les terroristes les attaquent pour ensuite essayer de le repousser.

Les soldats obéissent aux ordres de leurs supérieurs. Ils ne peuvent quitter la base et lancer des opérations sans ordre.

Nous avons perdu énormément de matériel létal aux mains de ces terroristes, qu'ils utilisent maintenant pour nous combattre".

Officier R., 32 ans

"Les soldats hésitent parfois à donner leur maximum dans la lutte contre les terroristes de Boko Haram, parce qu'ils ont peur de se faire tuer ou blesser. Ils ont vu comment leurs collègues blessés ont été laissés de côté et comment les familles de ceux morts au combat ont été abandonnées, sans pension.

Ca décourage certains de se battre, parce qu'ils ne veulent pas finir comme leurs collègues malchanceux.

Nos supérieurs se fichent de nos salaires et en général ou nous en doit en retard. Beaucoup d'entre nous sont las de la guerre. Nous avons été en zone de guerre trop longtemps, nous sommes fatigués. Nous avons perdu l'envie de nous battre. C'est ça la vérité".

Un milicien qui combat Iswap dans la zone du lac Tchad

"L'Iswap n'a pas été vaincu, mais repoussé. Forcé de se retirer sur les îles du lac Tchad. Aucun de leur grand chef n'a été arrêté et aucune de leur base capturée. L'Iswap a le contrôle total du lac Tchad. Pas un centimètre n'est aux mains du Nigeria.

Duguri, leur principal bastion, où se trouve leur chef, est intact. Leurs camps à Marte, Kukawa et Ngala (nord-est), où résident la majorité de leurs commandants, n'ont pas été détruits. Ils pensent qu'ils sont plus forts que l'armée et n'envisagent ni trêve ni reddition.

Ils multiplient leurs attaques contre les soldats depuis que les forces tchadiennes se sont déployées du côté nigérian du lac Tchad.

Quant à la faction de (Abubakar) Shekau (chef historique de Boko Haram), ils ont bien été affaiblis et Shekau a des problèmes de santé.

L'armée de l'air a récemment mené des raids contre la forêt de Sambisa, où la faction de Shekau vit. L'attaque de Konduga (dans laquelle au moins 30 personnes sont mortes) est probablement une vengeance. Une tentative désespérée de frapper en représailles".

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A Lagos, le ballet se danse sans musique, mais avec beaucoup de joie et d'ambition

Les étudiants s'étirent pendant les répétitions à la Leap of Dance Academy à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.

Ce matin, dans un quartier populaire au coeur de la tentaculaire Lagos, un groupe d'une douzaine de garçons et de filles ont enfilé leur collants et leur juste-au-corps pour s'entraîner aux pointes, aux pirouettes et aux arabesques.

Mais ils devront le faire sans musique. Il n'y a pas d'électricité dans le quartier et pas assez d'argent pour mettre en route le générateur à diesel.

La Leap of Dance Academy ("L'académie du saut de danse") a ouvert ses portes en 2017 dans le quartier populaire d'Ajangbadi, au coeur de Lagos, la capitale économique du Nigeria de 20 millions d'habitants.

Elle accueille gratuitement une douzaine d'enfants de 6 à 15 ans. Des enfants, qui n'avaient bien souvent jamais entendu parlé de danse classique avant leur arrivée dans cette académie.

Daniel Ajala, son fondateur, a appris la danse sur des tutoriels internet et grâce à des stages. Mais les techniques sont dignes de celles des pro.

"D'habitude le ballet est associé aux gens qui ont de l'argent, dans les classes très privilégiées", explique Daniel Ajala à l'AFP. Il a financé sa passion et l'école grâce à ses seules économies.

Un étudiant de la Leap of Dance Academy, Anthony Madu, effectue une routine de danse classique devant la boutique de sa mère dans la rue Okelola à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.
Un étudiant de la Leap of Dance Academy, Anthony Madu, effectue une routine de danse classique devant la boutique de sa mère dans la rue Okelola à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.

"Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir les équipements de luxe, mais au moins, on peut faire connaître cet art à la nouvelle génération", sourit-il.

Au début, les voisins étaient plutôt sceptiques de voir du ballet dans les rues. "C'est une danse indécente! Ce n'est pas une danse pour les bons chrétiens!", cancanait-on.

"Mais nous voulons leur montrer que la danse classique est forgée sur la disciple, et c'est important pour le développement de l'enfant", assure le professeur.

Après plusieurs années, même si les regards sont encore curieux et surpris lorsque les élèves pratiquent les grand-jetés ou les demi-pliés dans les rues, la pratique a désormais ses admirateurs.

A Young Students s'étire pendant les répétitions à la Leap of Dance Academy à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.
A Young Students s'étire pendant les répétitions à la Leap of Dance Academy à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.

Et c'est une formidable opportunité et fenêtre sur le monde. La jeune Olamide Olawole, 15 ans, veut d'ailleurs en faire son métier et devenir instructrice à son tour.

"Je voudrais que les enfants, partout dans le monde, puisse connaître cette expérience", confie la jeune adolescente en enfilant ses chaussons abîmés par l'effort et l'humidité ambiante.

"Je veux qu'ils puissent eux-aussi exprimer ce qu'ils ressentent à travers la danse".

Ifoma Madu, la maman d'Anthony, le seul garçon de la troupe, regarde son fils mener la danse avec une immense fierté. "C'est formidable, c'est extraordinaire. Lorsque je le vois danser ça m'apporte beaucoup de joie".

Olamide Olawale effectuant un "penchée arabesque" lors des répétitions à la Leap of Dance Academy à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.
Olamide Olawale effectuant un "penchée arabesque" lors des répétitions à la Leap of Dance Academy à Ajangbadi, Lagos, le 3 juillet 2020.

Coronavirus: les médecins en grève dans l'État nigérian de Cross River

Coronavirus: les médecins en grève dans l'État nigérian de Cross River
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Des médecins nigérians en grève pour protester contre la gestion du coronavirus

L'hôpital national après le début d'une grève des médecins, alors que l'infection par la maladie à coronavirus (COVID-19) continue d'augmenter à Abuja, au Nigéria, le 15 juin 2020.

Les médecins de l'Etat de Cross River, dans le sud-est du Nigeria, se sont mis en grève lundi jusqu'à nouvel ordre, pour protester contre l'attitude des autorités, qu'ils accusent de dissimuler des cas d'infection du Covid-19.

Selon les chiffres officiels du Centre national des maladies infectieuses (NCDC), cet Etat de plusieurs millions d'habitants est le seul du Nigeria à n'avoir recensé officiellement aucun cas de coronavirus.

Le gouverneur s'était félicité d'avoir mis en place des mesures sanitaires en "prévention" pour expliquer cette exception. Toutefois, le personnel médical assure que le NCDC n'a pas enregistré des cas positifs récents déclarés dans un des hôpital de Calabar, la capitale de l'Etat.

Le personnel soignant se dit en danger et accuse "le gouvernement de Cross River d'avoir abandonné ses responsabilités de traçage des infections et de soins aux cinq personnes contaminées".

La ministre locale de la Santé, Betta Edu a appelé les médecins et personnel médical à reprendre leur travail, faisant valoir que "cette grève tue les patients qu'elle prétend protéger".

Le Nigeria comptait lundi officiellement près de 30.000 cas positifs au Covid-19, dont 645 décès, mais le pays le plus peuplé d'Afrique a réalisé un faible nombre de tests par rapport à ses 200 millions d'habitants.

Plus de 800 membres du personnel hospitalier ont contracté le virus, dans un pays qui manque cruellement de ressources et personnel dans ce secteur.

Le Nigeria connaît de nombreux mouvements de grève des médecins depuis le début de la pandémie, pour demander plus de matériel de protection notamment.

La brigade anti-criminelle du Nigeria se transforme en "gang", selon des ONG

Mohammed Adamu, inspecteur general des services de police du Nigeria, Abuja le 29 juin 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

La brigade de répression criminelle (SARS) est pointée du doigt dans un rapport publié le 26 juin dernier par Amnesty International à Abuja. L’ONG affirme que malgré l'adoption d'une loi anti-torture en 2017, les éléments de cette brigade continuent de recourir à la torture pour punir, extraire des informations et exécuter des suspects.

Dans un nouveau rapport, Amnesty International a documenté au moins 82 cas de torture, de mauvais traitements et d'exécutions extrajudiciaires par la brigade de la répression criminelle SARS entre janvier 2017 et mai 2020.

Les victimes de cette unité spéciale de la police nigériane créée pour lutter contre les crimes violents comme le vol à main armée, sont majoritairement des jeunes âgés de 18 à 35 ans, précise Amnesty International dans ce nouveau rapport baptisé Time to End Impunity (C'est le moment de mettre fin à l’impunité).

Isa Sanussi, directeur de la communication d’Amnesty International au Nigeria, souligne que c'est la troisième fois que les exactions de cette brigade sont documentées en détail. En vain.

"Le gouvernement nigérian n’a rien fait jusqu’ici pour traduire en justice cette unité de la police. Aucun officier de cette brigade n’a été traduit en justice", martèle-t-il.

La brigade nigériane de répression criminelle accusée d'exactions
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Beaucoup de Nigérians sont indignés par les violations systémiques des droits humains perpétrées par le SARS en toute impunité.

Des manifestations pour l'élimination de la brigade spéciale ont eu lieu dans plusieurs Etats du Nigeria.

Pour Deji Adeyanzu, directeur exécutif du groupe "Nigérians concernés", une des organisations de la société civile cette brigade n'est plus qu'un "gang criminel" avec des badges.

"Il faut revoir leur recrutement, leur formation, les circonstances et leurs conditions de travail", explique-t-il. "Il est difficile de savoir pour quelle raison ils commettent toutes ces atrocités, jusqu'à extorquer les gens et même les tueries extra-judiciaires".

La directrice du Centre pour la démocratie et le développement, Idayate Hassan, envisage une autre solution pour résoudre le problème. "Il ne faut pas trop insister sur la suppression de la brigade criminelle de la police nigériane. Nous devons plutôt parler plus de la transparence. SARS est une force spéciale qui doit sortir seulement lorsqu’il y a des cas de criminalité pour mener leur enquête dans la clandestinité", soutient-elle.

"Je suis certaine que nous avons des noms de certains officiers de cette unité coupables de crimes. Nous pouvons les traduire en justice", indique Idayate Hassan.

Parmi d’autres cas, Amnesty International évoque le cas d’un jeune boxeur amateur de 24 ans, Sunday Bang, qui avait été arrêté en octobre 2018, à son domicile à Abuja par des agents du SARS et accusé de vol.

Il a été détenu pendant 5 semaines sans avoir accès à sa famille, à des avocats ou à des soins médicaux. Au final, il n'a pas été inculpé. Il aurait subi des fractures et d'autres blessures en raison de la torture et d'autres mauvais traitements subis pendant sa détention.

L’ONG appelle à une véritable réforme au sein des forces de police nigérianes en mettant l'accent sur l’unité spéciale de la répression criminelle.

Cinq humanitaires enlevés par des jihadistes présumés

Cinq humanitaires enlevés par des jihadistes présumés
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