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La Silicon Valley fait du charme à l'Afrique, vaste marché non régulé

Mark Zuckerberg à Abuja au Nigeria, le 3 septembre 2016. (C. Oduah/VOA)

Avec ses hamacs colorés et sa table de ping-pong, ses jeunes cadres branchés en permanence sur leurs smartphones, le nouvel incubateur "high tech" de Facebook à Lagos n'a rien à envier aux sièges des start-up installés de l'autre côté de l'Atlantique, dans la Silicon Valley.

Le géant américain vient de jeter son dévolu sur Yaba - aussi surnommé "Yabacon Valley"-, au coeur de la bouillonnante capitale économique nigériane, aujourd'hui courtisée par les poids lourds mondiaux des nouvelles technologies.

Pour promouvoir l'innovation et l'entrepreneuriat auprès d'une jeunesse africaine de plus en plus connectée, Google et Facebook ont tous deux lancé en mai de nouveaux projets à Lagos.

Mais le Nigeria, marché gigantesque de quelque 180 millions d'habitants, n'est pas le seul à aiguiser les appétits : la conquête de l'Afrique est devenue une priorité pour les entreprises de la Silicon Valley.

>> Lire aussi : En Afrique, un bouillonnement de start-up qui commence à attirer les investisseurs

Le lancement en juin du premier laboratoire d'intelligence artificielle par Google au Ghana, l'un de nombreux 'tech hubs' créés ces derniers mois sur le continent, en est une nouvelle preuve.

La démographie joue un rôle clé: la population africaine représente environ 1,2 milliard de personnes, dont 60% sont âgées de moins de 24 ans. Un chiffre qui devrait doubler d'ici 2050, selon les Nations unies.

"Il y a clairement une opportunité pour les entreprises comme Facebook et Google de s'installer et d'imposer leur marque sur le sol" africain, explique Daniel Ives pour GBH Insights, un cabinet de conseil basé à New-York.

"Si vous regardez Netflix, Amazon, Facebook, Apple, où peuvent-ils encore croître? Il faut viser l'international", souligne ce chercheur en technologies.

Facebook n'a pas encore de bureau permanent au Nigeria. Mais l'incubateur de Yaba, créé en partenariat avec des start-up locales, est une première étape pour "cultiver la communauté tech", qui n'en est qu'à ses balbutiements, selon Ebele Okobi, directrice des politiques publiques de Facebook pour l'Afrique.

Facebook s'est ainsi engagé à former 50.000 personnes à travers le pays afin "de leur donner les connaissances en numérique nécessaires pour réussir", affirme-t-elle.

En échange de ces formations, Facebook, qui recense déjà quelque 26 millions d'utilisateurs au Nigeria, compte bien poursuivre son expansion, mais aussi tester de nouvelles stratégies pour le groupe.

- Cyber-colonisation ? -

Jusque-là, la plupart des gouvernements africains ont réservé un accueil chaleureux aux géants de la tech.

Cette semaine, le vice-président du Nigeria Yemi Osinbajo s'est rendu en Californie pour rencontrer des investisseurs américains. Il y a promis un "soutien actif" à Google pour conquérir le fameux "prochain milliard d'utilisateurs" qui fait rêver les industriels du numérique.

>> Lire aussi : Au Sénégal, des outils numériques simplifient la vie des micro-entrepreneurs

"On veut que les prochains Zuckerberg soient nigérians", affirme à l'AFP son conseiller pour l'innovation et l'entrepreneuriat, Ife Adebayo.

Peu de secteurs donnent autant d'espoir de développement que celui des nouvelles technologies pour révolutionner le domaine de la santé ou de l'agriculture.

Ubenwa en est un exemple. Cette application, conçue au Nigeria, est surnommée le "Shazam pour bébés". Si Shazam permet d'identifier une chanson ou un artiste à partir d'un extrait musical, Ubenwa analyse les pleurs des nouveaux-nés pour diagnostiquer les asphyxies à la naissance.

Détecter plus tôt les problèmes respiratoires, à l'origine de nombreux cas de mortalité infantile, pourrait sauver des milliers de vies dans un pays comme le Nigeria, où la plupart des hôpitaux sont sous-équipés et en sous-effectif.

"Les Africains devraient être ceux qui apportent les solutions" aux problèmes sur le continent, estime Tewodros Abebe, auteur d'une thèse sur les nouvelles technologies à l'université d'Addis Abeba, en Ethiopie.

"Personne ne peut comprendre les problèmes auxquels nous sommes confrontés mieux que ceux qui sont directement affectés", assure-t-il.

Ce spécialiste balaie toutefois les critiques qui voient une forme de "cyber-colonisation" derrière les actions de Facebook et de Google.

"Je pense que travailler ensemble est une bonne façon de transférer la technologie en Afrique", dit-il. "S'ils étaient seulement là pour faire du business alors on pourrait dire que c'est de la colonisation."

- 'Epocalypse' -

Alors que les nouvelles technologies gagnent du terrain, les gouvernements africains sont de plus en plus sous pression pour mieux réguler le secteur et protéger les données personnelles.

Les législations encadrant la vie privée restent quasi inexistantes dans de nombreux pays du continent, contrairement à l'Europe qui a récemment adopté un texte pionnier, le Règlement général sur la protection des données.

Après le scandale Cambridge Analytica, dans lequel Facebook a été mis en cause pour avoir permis l’utilisation des données de millions d'utilisateurs à des fins politiques, notamment dans le cadre de l'élection présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, des ONG craignent que l'Afrique devienne le nouveau terrain de jeu d'entreprises sans scrupules.

"Nous pourrions nous retrouver à avancer les yeux fermés vers un monde où une poignée d'entreprises de tech exerceraient un monopole du contrôle de pans entiers de l'économie mondiale", notait Global Justice Now dans un rapport baptisé "Epocalypse Now" (mai 2018).

"Cela pourrait aggraver les inégalités Nord-Sud", si ces deux régions n'adoptent pas les mêmes régulations, selon cette ONG basée à Londres.

Des inquiétudes partagées par Renata Avila, chercheuse à la World Wide Web Foundation, un organisme basé à Genève qui milite pour l'égalité numérique.

"Le message -que l'on entend actuellement- est que l'Afrique a besoin d'investissements et qu'elle a besoin de développer ces industries (...). Mais cela reste très peu contrôlé", dit-elle. "Le développement ne devrait pas être incompatible avec la protection de la vie privée".

Avec AFP

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Afrique du Sud/ventes d'armes: les conclusions d'une enquête annulées en justice

L'ancien président Jacob Zuma est assis sur le banc des accusés au palais de justice de Pietermaritzburg, en Afrique du Sud, le 27 juillet 2018.

Un tribunal sud-africain a annulé mercredi les conclusions d'une enquête qui lavait de tout soupçon de corruption des responsables gouvernementaux poursuivis dans une affaire de ventes d'armes dans laquelle l'ancien président Jacob Zuma est suspecté d'être impliqué.

L'enquête menée pendant quatre ans sur ce scandale de plusieurs milliards de dollars avait conclu en 2016 qu'il n'y avait pas de preuve de corruption ni de fraude dans cette affaire.

Mais mercredi, un tribunal de Pretoria a estimé qu'elle était entachée d'"importantes erreurs juridiques".

Il a décidé d'annuler les conclusions de l'enquête à cause d'"une série d'erreurs juridiques", d'un manque manifeste de vérification des déclarations de témoins clés, d'un "refus de prendre en compte les preuves écrites contenant les allégations les plus sérieuses pertinentes pour l'enquête".

Selon le tribunal, les enquêteurs ont "complètement échoué" à interroger les témoins avec rigueur "en leur posant des questions avec l'ouverture d'esprit et la curiosité nécessaires".

Dans cette affaire de ventes d'armes d'un montant d'environ deux milliards de dollars, le gouvernement avait acquis un vaste arsenal, notamment des avions de combats, des hélicoptères, des navires de guerre et des sous-marins auprès de pays tels que la Grande-Bretagne, la France et la Suède.

L'ex-président Zuma (2009-2018) est aussi poursuivi pour corruption dans une affaire de ventes d'armes datant des années 1990. Il est soupçonné d'avoir touché 4 millions de rands (260.000 euros au cours actuel) de pots-de-vin du groupe français de défense Thales à la faveur d'un contrat d'armement de près de 4 milliards d'euros. Les deux parties ont toujours nié ces allégations.

Avec AFP

Somalie: un Etat du Sud bouclé avant une élection régionale

Carte de Jubaland, Somalie

L'Etat du Jubaland, dans le sud de la Somalie, était bouclé mercredi, à la veille d'une élection sur fond d'opposition entre autorités régionales et fédérales, et de tensions avec le Kenya et l'Ethiopie voisins.

Le scrutin très disputé pour la présidence de cet Etat semi-autonome a été reporté à plusieurs reprises à cause, selon les analystes, d'une lutte de pouvoir entre Mogadiscio, le gouvernement régional et leurs soutiens étrangers.

Les autorités de la capitale régionale, le port de Kismayo, ont décrété la fermeture de l'aéroport et des frontières jusqu'au 23 août.

"Les forces de sécurité patrouillent dans et autour des quartiers périphériques de Kismayo pour prévenir toute tentative de perturber l'élection. L'aéroport a aussi été temporairement fermé de sorte qu'il n'y aura aucun vol le jour de l'élection", a déclaré à l'AFP un responsable sécuritaire local, Abdulkarim Warsame.

Le président du Jubaland et favori du scrutin est Ahmed Madobe, un ancien seigneur de guerre qui, avec l'aide de troupes kényanes, a chassé les islamistes shebab de leur bastion, Kismayo, en 2012.

Mogadiscio est accusé par le Jubaland de tenter d'évincer M. Madobe en apportant son soutien à l'opposition, dans l'espoir, selon les observateurs, de voir un président loyaliste accéder au pouvoir dans cette région stratégique et d'accroître le contrôle du gouvernement fédéral.

Les autorités de Mogadiscio ont annoncé qu'elles ne reconnaîtraient pas le résultat du scrutin de jeudi, après avoir refusé la semaine dernière le nouveau Parlement --qui désigne le président régional--, jugé non inclusif.

Les opposants à M. Madobe organisent un scrutin parallèle.

La Mission des Nations unies en Somalie a appelé mercredi à "un seul processus électoral, crédible, inclusif, équitable et pacifique". "Nous redoutons qu'en l'absence d'un tel accord, la probabilité d'une instabilité et de la division au sein du Jubaland n'augmente de manière significative", a-t-elle ajouté.

Selon Matt Bryden, du centre d'analyse Sahan, basé à Nairobi, ces tensions ont des implications plus larges, dans la mesure où le Kenya soutient fermement son allié Madobe tandis que l'Ethiopie est au côté des autorités de Mogadiscio pour l'évincer.

Selon lui, il existe "un risque pour la stabilité de la région, pas seulement de la Somalie".

Le Kenya considère le Jubaland, une région relativement prospère de Somalie où il a beaucoup de troupes, comme une zone-tampon entre son territoire et les shebab qui ont mené plusieurs attaques sanglantes sur son sol.

Avec AFP

Le Soudan se dote d'un nouveau pouvoir

Le général Abdel Fattah al-Burhane, président du Conseil souverain, lors de la cérémonie de prestation de serment à Khartoum le 21 août 2019.

La transition vers un pouvoir civil au Soudan, née de l'accord historique entre les militaires et la contestation, a pris corps mercredi avec l'investiture du Conseil souverain et d'un nouveau Premier ministre, saluée par l'ONU.

Plus de quatre mois après la destitution et l'arrestation du président Omar el-Béchir, poussé vers la sortie par des mois de manifestations, le Soudan est doté de nouvelles institutions, le Conseil souverain devant superviser la transition qui durera un peu plus de trois ans.

Un gouvernement devrait être formé dans la semaine qui vient, puis les nouvelles institutions s'attelleront à tenter de redresser un pays à l'économie exsangue et marqué par des conflits meurtriers dans plusieurs régions.

L'économiste Abdallah Hamdok, ancien collaborateur des Nations unies, a prêté serment comme Premier ministre lors d'une brève cérémonie à Khartoum, peu de temps après avoir atterri dans la capitale soudanaise depuis Addis Abeba.

"Les priorités du gouvernement seront d'arrêter la guerre, de construire une paix durable, de faire face à la sévère crise économique et de mettre en place une politique étrangère équilibrée", a-t-il déclaré à des journalistes.

Quelques heures plus tôt, le Conseil souverain avait été intronisé en remplacement du Conseil militaire de transition qui avait pris les rênes du pays depuis la chute de M. Béchir le 11 avril.

Ces deux avancées ont été saluées dans un communiqué du Conseil de sécurité de l'ONU. "Il s'agit de pas importants pour apporter la paix et la sécurité à la population du Soudan", souligne ce texte publié à New York.

Le Soudan n'est désormais plus exclusivement dirigé par des militaires, pour la première fois en trois décennies, même si l'armée doit dans un premier temps présider le Conseil souverain.

Le chef du Conseil militaire sortant, le général Abdel Fattah al-Burhane, a prêté serment à sa tête.

Vêtu de son uniforme militaire et coiffé de son habituel béret vert, il a été intronisé lors d'une courte cérémonie, une main sur un exemplaire du Coran et un bâton de maréchal sous le bras. Les autres membres de la nouvelle instance --composée de six civils et cinq militaires-- ont prêté serment peu après.

Parmi eux, deux femmes, dont une issue de la minorité chrétienne.

- Défis intérieurs et extérieurs -

Selon les termes de l'accord officiellement signé samedi, le général Burhane dirigera le Conseil pendant 21 mois et un civil lui succédera pour le reste des 39 mois de transition prévus.

Les nouvelles institutions vont faire face à de lourds défis.

Le Soudan a souffert de dizaines d'années de sanctions américaines. En 2017, l'embargo économique a été levé, mais Washington maintient le pays sur la liste noire des "Etats soutenant le terrorisme".

En outre, l'Union africaine a suspendu le Soudan de l'organisation panafricaine en juin, quelques jours après la dispersion meurtrière d'un sit-in des protestataires à Khartoum.

Selon un comité de médecins proche de la contestation, plus de 250 personnes ont été tuées dans la répression sur l'ensemble des huit mois de révolte, d'après la même source.

Sur le plan intérieur, les nouvelles autorités auront la lourde tâche de redresser une économie exsangue et de pacifier un pays encore marqué par plusieurs conflits, du Darfour (ouest) au Kordofan-Sud (sud).

Dans son communiqué, le Conseil de sécurité appelle à reprendre "rapidement" les négociations pour mettre un terme à ces différents conflits.

L'intronisation du nouveau Conseil a été bien accueillie dans la rue mais des habitants ont averti qu'ils resteront vigilants.

- Béchir jugé -

"Si le Conseil ne répond pas à nos aspirations et ne sert pas nos intérêts, nous n'hésiterons pas à faire une autre révolution", a mis en garde Ramzi al-Taqi, un vendeur de fruits. "Nous renverserons le Conseil tout comme nous l'avons fait avec l'ancien régime".

Les nouvelles institutions se mettent en place au moment où s'est ouvert le procès d'Omar el-Béchir, porté au pouvoir par un coup d'Etat et qui a dirigé le pays pendant 30 ans.

Il a comparu lundi devant un tribunal de Khartoum, pour répondre d'accusations de corruption. Selon des enquêteurs, il a reconnu avoir perçu 90 millions de dollars en espèces de l'Arabie saoudite, hors budget de l'Etat.

Son procès ne concerne toutefois pas les accusations de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocide dans la région du Darfour (ouest) pour laquelle le recherche la Cour pénale internationale (CPI) depuis une décennie.

Amnesty International a exhorté Khartoum à ratifier le Statut de Rome de la CPI, ce qui permettrait de transférer M. Béchir devant ce tribunal.

Malgré l'euphorie, des craintes subsistent dans le camp de la contestation en raison notamment de l'omniprésence de Mohamed Hamdan Daglo, chef d'une redoutée force paramilitaire qui a été nommé au Conseil souverain.

Depuis avril, il était N°2 du Conseil militaire de transition, et c'est lui qui a cosigné samedi l'accord avec la contestation.

Ses Forces de soutien rapide (RSF) sont accusées d'implication dans la répression de la contestation, et de crimes au Darfour sous le régime Béchir.

Avec AFP

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