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La résurgence des violences fait fuir 88.000 personnes en Centrafrique

  • VOA Afrique

Une patrouille de la Minusca dans une rue à Bria, en Centrafrique, le 21 février 2017. (VOA/Freeman Sipila)

La résurgence des violences en Centrafrique a fait fuir 88.000 personnes depuis le début du mois, a indiqué mardi le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Depuis que les combats entre factions rebelles, ainsi que les attaques de miliciens contre les civils, ont repris en mai "plus de 68.000 personnes ont fui leurs maisons en Centrafrique, tandis que près de 20.000 autres ont cherché refuge en République démocratique du Congo (RDC)" au cours des deux dernières semaines, a expliqué un porte-parole du HCR, Babar Baloch, lors d'un point de presse à Genève.

"Les attaques de groupes armés ont provoqué des déplacements dans les préfectures de Bria, Bangassou et de la Basse-Kotto", situées dans l'est( du pays, indique le HCR, selon lequel, dans la seule Bria, plus de 41.000 personnes ont été déplacées.

De son côté, la Minusca a publié un rapport sur les "13 années de violence et d'impunité en République centrafricaine".

"Des massacres de grande ampleur et d'autres violations graves des droits de l'homme ont été documentés dans un vaste inventaire (« rapport Mapping ») couvrant les multiples conflits en République centrafricaine entre 2003 et 2015", écrit la Minusca dans un communiqué.

"Le rapport Mapping de la République centrafricaine révèle les souffrances considérables de la population de ce pays riche en minéraux qui est parmi les plus pauvres au monde", explique le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Cerapport soulève aussi la question de savoir si les massacres ciblés entre communautés n'ont pas constitué des faits de génocide.

"En République centrafricaine, l'impunité a toujours été la règle - et la justice l'exception", relève ce travail exhaustif publié au moment où les 4,5 millions de Centrafricains subissent un regain de violence des groupes armés ex-Séléka pro-musulmans ou anti-Balakas pro-Chrétiens, avec des morts par dizaines et des milliers de nouveaux déplacés depuis début mai.

Lieux précis, dates exactes, mode opératoire des assaillants (armée régulière, groupes armés...), calvaire des victimes, souvent très jeunes, tuées, violées, torturées...: cet inventaire de plus de 300 pages se présente comme un document de travail pour le procureur de la Cour pénale spéciale (CPS) qui vient d'arriver à Bangui.

Créée par une loi centrafricaine de 2015, cette juridiction mixte, intégrant des magistrats locaux et étrangers, doit commencer d'ici peu ses enquêtes sur les crimes de guerre commis à partir de 2003, année du renversement du président Ange-Félix Patassé par François Bozizé.

Pays à l'histoire tourmentée de plus de 600.000 km 2 (la France et la Belgique réunis), où les groupes armés se battent pour le contrôle des ressources (or, diamant, bétail), la Centrafrique a ensuite basculé dans les massacres de masse en 2013 avec le renversement à son tour du président Bozizé par l'ex-Séléka, entraînant une contre-offensive des anti-Balakas.

Face à cette situation, l'ONU lance un appel urgent pour que les donateurs financent davantage l'appel de fonds pour la Centrafrique, l'un des pays les plus miséreux au monde. Les Nations unies n'ont reçu pour l'instant que 6% des 209,2 millions de dollars (187,4 millions d'euros) demandés.

Malgré l'insécurité, qui complique fortement le travail des humanitaires, le HCR est parvenu, grâce à une action inter-agences, à faire parvenir de l'aide aux déplacés à Bria. L'organisation indique dans un communiqué avoir chargé une de ses équipes d'évaluer plus précisemment l'ampleur des déplacements et les besoins.

La Centrafrique a basculé en 2013 dans une phase de violences avec le renversement de l'ex-président François Bozizé par les rebelles à majorité musulmane de la Séléka, suscitant une contre-offensive menée par des milices chrétiennes, les anti-balaka.

L'intervention de la France (jusqu'en octobre 2016) et de la Minusca a permis le retour au calme dans Bangui mais pas dans l'intérieur du pays qui connaît un regain de violences depuis novembre.

Un précédent communiqué des Nations unies du 25 mai établissait un bilan alarmant des nouvelles violences enregistrées depuis le début du mois.

"La résurgence des derniers foyers de tensions au cours des deux dernières semaines a fait environ 100.000 nouveaux déplacés, 200 blessés et 300 morts", affirmait le communiqué, citant le Coordonnateur humanitaire (de l'ONU) en Centrafrique, Najat Rochdi, et la ministre centrafricaine des Affaires sociales et de la réconciliation nationale, Virginie Baïkoua.

Six Casques bleus ont également trouvé la mort en mai dans la région de Bangassou.

Selon l'ONU, plus de 500.000 personnes au total sont déplacées en Centrafrique et plus de 120.000 réfugiés centrafricains vivent en RDC.

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