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Une flambée de violences qui alarme et interroge en Centrafrique

Des miliciens chrétiens anti-Balaka en réunion dans le quartier combattant de Bangui, Centrafrique, 4 février 2014.

Torpiller le désarmement ? Se glisser dans des vides sécuritaires? La nouvelle flambée de violences qui embrase la Centrafrique reste en grande partie inexpliquée, tout comme l'origine du groupe armé qui a frappé la ville de Bangassou dans le sud-est.

La Mission des Nations unies (Minusca), qui a perdu six Casques bleus en cinq jours, se voulait rassurante mercredi matin: "La situation globale en Centrafrique est calme. Dans le centre de Bangassou, les combats ont cessé depuis hier mardi. Nous contrôlons les points stratégiques. La priorité est maintenant d'assurer la sécurité de la population", a indiqué son porte-parole à l'AFP.

D'autres affrontements mardi à Bria (centre) entre anti-Balaka pro-chrétiens et factions ex-Séléka pro-musulmanes ont fait "cinq morts et 29 blessés", selon cette même source. D'autres heurts auraient fait plusieurs dizaines de morts la semaine dernière à Alindao (centre).

L'attaque samedi du quartier musulman de Bangassou (470 km à l'est de Bangui), sur la frontière avec la République démocratique du Congo, a provoqué la mort d'au moins 26 civils en plus d'un Casque bleu marocain. La Croix-Rouge centrafricaine évoque 115 morts, regrettant que la Minusca sous-évalue le bilan. Quelque 3.000 réfugiés ont passé la frontière.

La Minusca, qui avait d'abord attribué cette attaque à un groupe d'auto-défense anti-Balaka pro-chrétien, "est toujours en train de chercher à identifier clairement les auteurs et leur véritable motivation", a indiqué mardi le commandant de la force onusienne, le général Bala Keïta.

Devant la presse, le général Keïta a relevé la singularité des événements de Bangassou par rapport à de précédents théâtres d'affrontement: "A Bambari on savait que c'était la coalition FPRC qui se battait contre l'UPC (deux factions de l'ex-Séléka). A Bangassou, on ne peut pas vous dire exactement ceux qui manipulent ces gens-là, sauf dire qu'ils étaient partis pour tuer leurs concitoyens musulmans".

Le porte-parole du FPRC, Lambert Lissane joint par l'AFP s'est dit "surpris" par l'attaque de Bangassou et estime que "ce ne sont pas des anti-Balaka" qui ont attaqué la localité.

Autre élément qui trouble la force onusienne, les humanitaires et les observateurs: les assaillants qui ont attaqué la base de la Minusca étaient bien armés et organisés. "Pour Bangassou, on parle bien d'une action concertée et planifiée ayant recu le soutien de cadres militaires. On est donc loin d'une opération dirigée par les communautés de la localité", avance Natalia Dukhan, spécialiste Centrafrique pour l'organisation Enough project.

Les violences à Bangassou soulignent une nouvelle fois l'isolement de la Minusca (12.500 hommes) sur le terrain, en l'absence d'une armée centrafricaine digne de ce nom, et après le retrait de l'opération française Sangaris en octobre, puis tout récemment des forces américaines et ougandaises dans l'extrême sud-est.

"La mission de la Minusca est de contrôler les grands axes et les villes, comme Bangui, Bambari, Kaga Bandoro...Contrôler tout le territoire n'est pas un objectif réaliste", observe une source française au sujet de ce pays de 4,5 millions d'habitants grand comme la France et la Belgique (623.000 km2).

- +Nouvelles dynamiques+-

Les violences n'ont jamais cessé dans le centre-est du pays depuis le retrait de la force française Sangaris fin octobre 2016. Kaga Bandoro, Bria, Bambari, Bakouma...: elles ont grossi le nombre des victimes civiles, des déplacés et des réfugiés.

"Les différents groupes armés se battent pour définir +leur+ territoire, et contrôler certaines ressources naturelles et certains axes commerciaux. L'UPC par exemple s'efforce d'avoir accès à la frontière congolaise afin de pouvoir commercer avec certains acteurs en République démocratique du Congo", analyse Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique sub-saharienne à l'Institut français des relations internationales (IFRI).

"Le retrait des armées ougandaise et américaine du sud-est va créer un vide sécuritaire et certains groupes armés se positionnent déjà pour en tirer profit", ajoute-t-il.

"Depuis novembre 2016, nous avons vu une augmentation des violences avec deux nouvelles dynamiques: d'abord, des factions ex-Séléka ont commencé à se battre entre elles. Ensuite, l'une de ces factions, le FPRC, a fait une alliance avec l'un de ses anciens ennemis, les groupes anti-Balaka", analyse Lewis Mudge de l'ONG Human Right Watch.

Ces violences compromettent le processus de désarmement (DDR) que le président Faustin-Archange Touadéra appelle en vain de ses voeux depuis son élection début 2016. "Les groupes armés jouent un double jeu en participant aux réunions du comité de désarmement à Bangui et en continuant leur violence et leur prédation sur le terrain. Ils ont tout intérêt à enliser les discussions", analyse M. Vircoulon.

Avec AFP

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Deux élus congolais condamnés à 20 et 10 ans de prison pour meurtres

Un combattant de la Force de résistance patriotique pour la milice d'Ituri (FRPI), le 28 juillet 2006, près de Tchei, dans le sud de l'Ituri.

Un député provincial et un député national ont été condamnés à respectivement 20 et 10 ans de prison dans deux affaires de meurtres cette semaine dans l'est de la République démocratique du Congo, par ailleurs toujours victime de la violence des groupes armés.

Le député provincial de l'Ituri, Didier Boyoko, a été condamné le 16 juillet à 20 ans de prison par un tribunal militaire à Bunia, ont rapporté les médias congolais. Il était poursuivi avec 13 complices pour le meurtre de deux personnes dont un ressortissant chinois.

Le député provincial "figurait parmi les 14 personnes - dont des militaires - poursuivies dans l'attaque contre un convoi d'exploitants d'or chinois, le 17 juin", a rapporté la radio Top Congo.

Son procès avait commencé en public, en plein air, en plein centre de Bunia le 19 juin, avait rapporté l'AFP.

De son côté, le député national Luc Mulimbalimba a été condamné le 18 juillet à dix ans de prison pour le meurtre d'un civil mi-juin par la Haute cour militaire à Bukavu, a rapporté un correspondant de l'AFP présent à l'audience.

L'auteur matériel du crime, un militaire commis à sa garde, a été condamné à perpétuité.

L'impunité des élus et des élites a souvent été dénoncée dans l'est de la République démocratique du Congo, où des dizaines de groupes armés perturbent la vie des civils.

Près de Beni dans la province du Nord-Kivu, trois civils ont été tués jeudi alors qu'ils travaillaient aux champs, ont rapporté vendredi plusieurs sources.

"Ces trois personnes tuées à la machette allaient chercher à manger pour leur famille", a indiqué l'administrateur de territoire de Beni (responsable local), Donat kibwana, à un correspondant de l'AFP.

Les autorités attribuent comme d'habitude ces trois meurtres aux miliciens des Forces démocratiques alliées (ADF).

Historiquement des rebelles musulmans ougandais, les ADF sont les responsables présumés du massacre de centaines de civils dans la région de Beni depuis octobre 2014.

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