Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Togo

La société civile togolaise s'inquiète d'un projet de réforme de la loi sur la liberté d’association

Photo de famille des participants d’un séminaire sur l’espace civique à Lomé, 31 mars 2021. (VOA/Kayi Lawson)

Une réforme de la loi 1901 relative aux associations est en cours au Togo. Une révision de la législation qui peut déboucher sur des dispositions liberticides, craint la société civile, alors que le pays est déjà en mauvaise posture quant à l’ouverture de son espace civique.

L’espace civique togolais est réprimé. Cette appréciation émane du réseau Civicus, qui l’affirme au vu de son indice 2020 sur l’ouverture de l’espace civique dans le monde. Pour élaborer son indice, Civicus se base sur trois critères fondamentaux, notamment la liberté d’association, la liberté d’expression et la liberté des manifestations pacifiques.

Gislain Alédji, secrétaire exécutif du FODDET à Lomé, 31 mars 2021.
Gislain Alédji, secrétaire exécutif du FODDET à Lomé, 31 mars 2021.


"Le Togo est passé d’un espace civique obstrué à un espace réprimé, selon Civicus", rappelle Gislain Alédji, secrétaire exécutif du Forum des organisations de défense des droits des enfants (Foddet) au Togo.

"Lorsque nous sommes dans un espace ouvert, c’est en ce moment qu’il y a toutes les libertés qui sont respectées et on peut parler des droits de l’homme", a-t-il laissé entendre.

Tikonimbé Koupokpa, Professeur de droit constitutionnel à l’Université de Lomé. Lomé, 31 mars 2021. (VOA/Kayi Lawson)
Tikonimbé Koupokpa, Professeur de droit constitutionnel à l’Université de Lomé. Lomé, 31 mars 2021. (VOA/Kayi Lawson)

Dans un État de droit, des dispositions sont mises en place pour veiller au respect des libertés et droits fondamentaux.

Parmi ces dispositions figure en bonne place le contrôle de la constitutionnalité.

Au Togo, la saisine de la cour constitutionnelle est limitée à certaines autorités, ce qui constitue une limite au contrôle de constitutionnalité, estime Tikonimbé Koupokpa, professeur de droit constitutionnel à l’université de Lomé.

"On constate que cette saisine n’est toujours pas ouverte aux citoyens. Et fondamentalement, il s’agit d’une limite au contrôle de la constitutionnalité des lois. Puisque ce contrôle vise à protéger les droits et libertés des citoyens. Or, les citoyens n’ont pas le droit de saisir la cour constitutionnelle. Donc on leur reconnaît un droit sans leur donner les moyens de jouissance de ce droit", a expliqué l’universitaire.

Il a relevé qu’il serait très profitable pour le pays d’élargir la saisine de la Cour constitutionnelle aux simples citoyens. "Cela permettrait aux citoyens de défendre leurs droits violés par les pouvoirs publics", a soutenu le Professeur Koupokpa.

Selon des informations émanant des organisations de la société civile, le gouvernement togolais veut réformer la loi de 1901 relative aux associations.

Ces dernières souhaitent que les réformes en perspective se conforment aux lignes directrices sur la liberté d’association et de réunion en Afrique. Autre point d’inquiétude: l’obligation de transmettre des rapports d’activités et financiers à l’administration centrale.

Bruno Haden, secrétaire général de l’ACAT-Togo à Lomé, 31 mars 2021. (VOA/Kayi Lawson)
Bruno Haden, secrétaire général de l’ACAT-Togo à Lomé, 31 mars 2021. (VOA/Kayi Lawson)

"Au niveau de la société civile, nous sommes d’accord pour que les rapports en interne soient faits. Maintenant notre inquiétude, c’est le fait que dans les nouvelles dispositions, il y a des sanctions qui sont prévues si on n’est pas régulier pour fournir lesdits rapports", a dit Bruno Haden, secrétaire général de l’ACAT-Togo, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture.

"Donc, nous demandons simplement aux législateurs de prendre en compte notre proposition, de ne pas rendre ces dispositions obligatoires. Parce qu’assorties des sanctions, ça peut faire mal si par mégarde une association oublie de fournir ces genres de rapport", a plaidé M. Haden.

Pour une meilleure ouverture de l’espace civique, les organisations de la société civile comptent mener des plaidoyers, a annoncé Gislain Alédji du Foddet.

"D’ici peu, on fera des lobbyings et des plaidoyers pour que l’Etat revoie un peu la loi afin qu’on ne puisse pas aller jusqu’à un espace fermé. C’est vrai que ce n’est pas du jour au lendemain mais progressivement, la société civile aussi doit jouer son rôle pour qu’on puisse aller à l’idéal, qui est un espace ouvert", a déclaré M. Alédji.

Il y a encore quelques années, toutes les associations de la plupart des pays d’Afrique francophone étaient régies par la loi française du 1er juillet 1901. Entre temps, des pays comme le Burundi, le Congo ou encore le Rwanda ont modifié cette loi et l’ont adaptée aux réalités et exigences actuelles de leurs pays.

Toutes les actualités

Au Togo, une série jeunesse 100% écrite par des scénaristes africains

Au Togo, une série jeunesse 100% écrite par des scénaristes africains
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:56 0:00

Un "Loft" permet à de jeunes scénaristes africains de se former

Christophe Guignement, scénariste et auteur de dessins animés et co-fondateur de l'association Maison Junior, enseigne aux participants de la résidence à Alogavi, au Togo, le 29 avril 2021.

Dans une villa au vaste jardin luxuriant sur les rives du lac Togo, dix jeunes scénaristes africains profitent pleinement d'une rare occasion de se perfectionner et de voir le fruit de leur travail sur le petit écran.

Ces scénaristes venus de cinq pays (Bénin, Burkina Faso, République démocratique du Congo, Sénégal, Togo) participent depuis début avril à une résidence d'écriture scénaristique pour imaginer la saison 2 de la série d'animation "Junior des idées en or", du nom du héros d'une série d'animation qui retrace les aventures d'une bande d'enfants africains.

Après une saison 1 réalisée par des scénaristes français, cette fois "ce sont des scénaristes africains qui vont parler du quotidien d'enfants africains", explique Christophe Guignement, scénariste et auteur de dessins animés et cofondateur de l'association la Maison Junior.

Elle sera diffusée sur les chaînes PM SA, Gulli Africa et Gulli.

"Cette série doit être audible pour les Européens et, en même temps, identifiant pour les Africains", ajoute-t-il, affirmant qu'il s'agira de la première série française à vocation internationale entièrement écrite en Afrique francophone par des Africains.

L'association a été fondée par Page 49, société spécialisée dans le développement de contenus audiovisuels pour la jeunesse, la société de production togolaise Yobo Studios et l'Association togolaise du cinéma d'animation (ATCA).

Encadrés par trois professionnels, deux Français et un Togolais, les dix scénaristes âgés de 20 à 33 ans ont déjà suivi une formation de quatre mois en distanciel. Après leur séjour jusqu'à fin juillet dans le village d'Alogavi, à environ 22 km à l'est de Lomé, la capitale économique, ils suivront encore une autre formation de deux mois à distance.

"L'idée de cette formation est intéressante, car elle nous permet de proposer des contenus qui sont calqués sur nos réalités, sur ce que nous vivons en Afrique, et auxquels, véritablement, les générations actuelles et à venir pourront s'identifier", se félicite le Béninois Odilon Edjedji, 25 ans.

Odilon Edjédji, scénariste, pose pour un portrait à l'association Maison Junior, où 10 écrivains africains participent à une résidence de scénarisation, Togo, le 29 avril 2021.
Odilon Edjédji, scénariste, pose pour un portrait à l'association Maison Junior, où 10 écrivains africains participent à une résidence de scénarisation, Togo, le 29 avril 2021.

Cette formation, à la fois théorique et pratique, vient combler un manque en Afrique francophone.

"J'apprends beaucoup. En Afrique, ce n'est pas toujours facile de se former dans le domaine du cinéma. Et quant au domaine spécifique de la scénarisation, ce n'est pas facile, car les formations sont rares", renchérit la Burkinabè Anaïs Kéré, 23 ans, journaliste et scénariste de formation, et critique de cinéma.

Deux célèbres slameurs-rappeurs togolais participent également, pour aider les élèves à concevoir la chanson de la série.

Assis autour d'une table posée au milieu du jardin de la villa, ils tentent de poser leur texte sur une musique. Tour à tour, chacun fait l'exercice, dans une ambiance détendue.

"Il y a des choses que je faisais, mais que je ne comprenais pas. Avec cette formation, je maîtrise peu à peu toutes les étapes de l'écriture", se réjouit Yoann Feteke, jeune scénariste togolais.

L’ancien ministre togolais Djimon Oré en garde à vue

L’ancien ministre togolais Djimon Oré en garde à vue
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:26 0:00

Les applications mobiles Made in Togo n’ont pas la cote

Les applications mobiles Made in Togo n’ont pas la cote
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:22 0:00

Une assurance maladie pour les journalistes du privé au Togo

Le SG du SYNJIT, Isidore Kouwonou, remettant la carte d’assuré au journaliste Kossi Balao, à Lomé, 14 avril 2021. (VOA/Kayi Lawson)

Un syndicat de journalistes s'est associé à une compagnie d'assurance pour fournir une assurance maladie à ses membres, une première dans le pays.

Les journalistes togolais vivent dans une précarité quasi-absolue. Pour rendre leur travail un peu plus décent, le Syndicat des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT), a pu décrocher une assurance maladie pour la corporation auprès de l’Institut national d’assurance maladie (INAM).

Depuis le 1er avril dernier, ces journalistes, du moins ceux qui y ont souscrit, et leurs ayant droits bénéficient d’une assurance maladie. Offrir de la protection sociale aux journalistes est l’une des priorités que s’est fixée le SYNJIT.

"Au Togo, peu sont les journalistes qui ont un salaire dans leurs organes. Presque tous les journalistes ne sont pas assurés, ne sont pas déclarés à la caisse nationale de sécurité sociale. Et étant conscient de cette situation, nous avons jugé bon de souscrire à l’assurance maladie", a expliqué Isidore Kouwonou, secrétaire-général du SYNJIT.

"Cela participe aussi à la liberté de la presse. Parce qu’un journaliste qui ne se sent pas à l’aise dans son travail, ne peut pas travailler en toute liberté", a précisé le syndicaliste.

La protection sociale est l’un des critères qui évalue la décence d’un travail ou sa précarité, rappelle Gilbert Adomey, coordonnateur à l’Institut national d’assurance maladie (INAM) pour la région de Lomé.

"Tout emploi qui n’a pas de protection sociale est un emploi précaire. Donc ça veut dire que jusqu'à aujourd'hui, votre emploi n’était pas vraiment un emploi très solide. Maintenant, vous évoluez vers l’emploi décent", a indiqué ce responsable de l’INAM.

Avec des cotisations mensuelles allant de 2.500 francs CFA, (moins de 5$) à 4.000 francs CFA (moins de 8$), selon la taille du ménage, les journalistes togolais assurés à l’INAM espèrent pouvoir mieux vivre.

"Ça relève d’une importance très capitale pour nous. Dans la mesure où ça permet à des journalistes qui ne sont pas payés, qui ne sont pas rémunérés, de pouvoir prendre en charge leur famille, de ne pas paniquer lorsqu’un membre de leur famille ou eux-mêmes tombent malade dans l’exercice de leur métier", a laissé entendre le journaliste Kossi Balao.

Son confrère Patrick Dégbévi estime qu’il pourra désormais se donner totalement à son travail.

"Quand votre enfant est couvert par l’assurance maladie, quand vous-même vous avez de petits soucis de santé, vous êtes couvert par l’assurance maladie, ça nous permet de nous donner à 100% sur le terrain, en réalité", a souligné Patrick Dégbévi.

La spécificité de l’assurance maladie pour ces journalistes togolais du privé est que ces derniers assument entièrement leurs cotisations. En tant qu’employés, une partie de ces cotisations devrait être supportée par les patrons de presse. Mais ce n’est pas le cas.

Voir plus

XS
SM
MD
LG