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Côte d'Ivoire

Au procès du bombardement de Bouaké, l'ex chef du renseignement français sur la réserve

Voitures calcinées devant la camp militaire de Bouaké, en Côte d'Ivoire, le 9 janvier 2018.

"Je vous le répète, pour la 4e ou la 5e fois, nous n'avions pas les photos" et "ce n'était pas à nous de le faire". A la barre, Pierre Brochand, aux commandes de la Direction générale du renseignement extérieur (DGSE) de 2002 à 2008, s'agace de la question que magistrats et avocat lui reposent sans cesse.

Pourquoi la DGSE n'a-t-elle pas fait plus pour permettre l'arrestation des pilotes des avions qui ont attaqué le camp militaire de Bouaké ?

Cheveux blancs, costume gris anthracite, chemise bleue et cravate bordeaux, M. Brochand, 79 ans, a tenté de convaincre les juges que ses services n'en savaient pas plus que les autres, voire moins, dans cette affaire.

Depuis mardi, la cour d'assises se penche sur l'un des épisodes les plus déroutants lorsqu'au Togo, la France a inexplicablement refusé d'arrêter des mercenaires bélarusses arrivés de Côte d'Ivoire et soupçonnés d'avoir bombardé ses militaires le 6 novembre 2004.

Parmi eux figure Yury Sushkin, dont l'enquête française a montré qu'il pilotait un des deux chasseurs de l'armée ivoirienne. Il est avec deux officiers ivoiriens l'un des trois accusés du procès, tous jugé en absence car introuvables.

"Nous n'avions en notre possession à ce moment-là aucune preuve objective (permettant) de faire le rapprochement entre ces gens-là et ceux de Bouaké", assure Pierre Brochand.

A ses propos, la cour s'étonne. D'abord parce que les soupçons qui pèsent sur les Bélarusses arrêtés au Togo figurent dans au moins une note envoyée par la DGSE à l'époque, et jointe au dossier d'instruction.

Ensuite car plusieurs responsables en poste à l'époque à l'ambassade de France à Lomé ont confirmé à la barre qu'ils avaient eux aussi fait le lien entre ces mercenaires bélarusses et l'attaque de Bouaké.

"Patate chaude"
Ils ont ajouté qu'ils avaient immédiatement alerté leurs hiérarchies respectives (Affaires étrangères, Défense, Intérieur). Avant de recevoir la même instruction orale de "ne pas s'en occuper", comme le représentant de la DGSE sur place.

Ce dernier était "extrêmement dépité qu'on lui ait demandé de lâcher" les Bélarusses, a témoigné devant la cour un chef d'entreprise qui le fréquentait à l'époque à Lomé.

"Nous ne lui avons pas envoyé l'instruction de ne rien faire, juste de ne pas prendre d'initiative sans en nous en référer", louvoie M. Brochand.

Au début de son audition, l'ex-patron de la DGSE a souligné que la Côte d'Ivoire, où l'armée française était très présente, n'était plus à l'époque une priorité de ses services en termes de moyens ou d'effectifs, déjà largement mobilisés contre la menace islamiste au Sahel ou au Moyen-Orient.

Par ailleurs, a ajouté Pierre Brochand, "la DGSE n'avait pas à intervenir" dans cette affaire car "une procédure judiciaire avait déjà été ouverte" par des gendarmes français en Côte d'Ivoire après le bombardement.

Un air de déjà-vu parcourt la cour d'assises. Depuis une semaine, plusieurs responsables, militaires notamment, s'y sont succédé pour expliquer qu'ils avaient fait tout leur possible pour faire avancer l'enquête sur le bombardement.

Mais la question qui taraude magistrats et familles des victimes reste toujours sans réponse: qui a donné l'ordre de bombarder les Français, et pourquoi la France a-t-elle semblé traîner les pieds dans l'enquête ?

"On a l'impression que les différents services se renvoient la patate chaude", soupire le président de la cour, Thierry Fusina.

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Procès Bouaké: la perpétuité requise contre les trois accusés

Alassane Ouattara et Emmanuel Macron aux cotés de leurs épouses, lors de l’hommage rendu aux victimes du bombardement du lycée Descartes en 2004, Bouaké, le 22 décembre 2019. (VOA/Siriki Barro)

La réclusion à perpétuité a été requise jeudi à Paris à l'encontre des trois accusés, ivoiriens et bélarusse, jugés en absence pour avoir perpétré en 2004 le bombardement qui avait tué neuf soldats français à Bouaké (Côte d'Ivoire).

Introuvables depuis des années, Yury Sushkin, un mercenaire bélarusse, et Patrice Ouei et Ange Gnanduillet, deux officiers de l'armée de l'air ivoirienne, sont poursuivis devant la cour d'assises de Paris pour assassinat.

Le verdict est attendu dans l'après-midi.

"Cette peine" de perpétuité, "je l'aurais requise dans les mêmes conditions si ces personnes étaient ici, si elles s’étaient défendues, parce que ce qui justifie cette peine, c’est la violence inouïe des faits", a déclaré l'avocat général, Jean-Christophe Müller.

Le 6 novembre 2004, deux chasseurs déployés par l'aviation du président ivoirien Laurent Gbagbo pour attaquer les rebelles installés dans la moitié nord du pays avaient bombardé par surprise un camp de la force de paix française, chargée de faire tampon entre les deux camps.

Avec neuf soldats français et un civil américain tué, ainsi qu'une quarantaine de blessés, c'est à l'époque l'attaque la plus meurtrière pour l'armée française en opération depuis l'attentat du Drakkar au Liban en 1983.

Le bombardement "est caractérisé par une volonté préalable d’aller bombarder le camp français", a dit M. Müller. "Des éléments montrent à l’évidence que la frappe est volontaire et dirigée contre le camp français", et "décoller avec deux avions de guerre armés de roquettes me semble l’expression chimiquement pure de la préméditation", a ajouté l'avocat général.

En représailles, Paris avait détruit le jour même l'ensemble de l'aviation militaire ivoirienne, ruinant son offensive en cours, et déclenchant une crise diplomatico-militaire inédite entre la France et son ancienne colonie. Dans les jours qui avaient suivi, de violentes manifestations anti-françaises avaient secoué le sud du pays. Du jour au lendemain, des milliers d'expatriés avaient regagné la France en catastrophe, encadrés par les troupes tricolores.

Si la crise s'est apaisée au bout de quelques semaines, elle est restée longtemps un contentieux entre la France et la Côte d'Ivoire, qui comme le Bélarus, n'a pas répondu aux demandes de mandats d'arrêt lancés par Paris.

Le dossier a été marqué par certains errements et réticences du gouvernement français dans l'enquête. Ils ont semé le doute chez les familles de victimes, qui se demandent toujours seize ans après, qui exactement a donné l'ordre de tirer sur les Français, et pourquoi.

Procès Bouaké: Villepin renvoie les errements sur les autres ministères

L'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin arrive pour assister à un service religieux pour l'ancien président français Jacques Chirac à l'église Saint-Sulpice à Paris le 30 septembre 2019.

"Pas concerné, pas informé". Au procès du bombardement qui a tué neuf soldats français en Côte d'Ivoire en 2004, Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, a renvoyé sur ses collègues de la Défense et des Affaires étrangères la responsabilité des errements de l'enquête.

Mouvements lents, tignasse poivre et sel hirsute, Jean Balan, l'avocat de nombreuses familles de victimes, se lève et apostrophe l'ancien Premier ministre, port altier, cheveux argents et costume bleu cintré.

"C’est formidable, vous avez donné un cour magistral", lui dit l'avocat. "J’étais un peu comme un étudiant qui écoute son professeur, bouche bée".

Dans la salle, personne ne le contredit. M. de Villepin a livré à la cour d'assises de Paris un témoignage fluide et complet pendant deux heures, répondant à chaque question sans la moindre hésitation.

Mais son brio n'impressionne pas Me Balan, dont le travail sur le dossier depuis quinze ans n'est pas étranger à la tenue de ce procès atypique où trois accusés - un pilote bélarusse et deux officiers ivoiriens - sont jugé en absence car introuvables.

Mais l'avocat sait aussi qu'il a peu de prise sur lui dans cette affaire où le ministère de l'Intérieur n'est, sur le papier, pas en première ligne.

C'est précisément la ligne de défense de M. de Villepin, qui précise dès le départ qu'il n'a été "ni présent, ni associé, ni informé" des grandes décisions du dossier franco-ivoirien, géré selon lui par le "triangle Elysée-Défense-Affaires étrangères".

"Autres responsabilités"

Il se lance dans un exposé fluide sur la crise ivoirienne, l'un des dossiers les plus chauds de son mandat au Quai d'Orsay (2002-2003). Pour éclairer la cour, précise-t-il aussitôt, pas pour "assumer une culpabilité ou des responsabilités qui passent par d'autres".

A la barre, il rappelle le contexte très politique de cette affaire où les parties civiles et leurs avocats accusent Paris de ne pas en avoir fait assez, peut-être par intérêt diplomatique, pour retrouver les auteurs du bombardement.

Il souligne que la France reste à l'époque très marquée par le génocide de 1994 au Rwanda et veut avant toute éviter une guerre civile en Côte d'Ivoire. Et que le bombardement de Bouaké a été ordonné par des "extrémistes" gravitant autour du président ivoirien Laurent Gbagbo.

Sans vouloir parler de "raison d'Etat", le ministre livre une clé qui peut expliquer ensuite les hésitations de la France dans cette affaire.

"Notre seul interlocuteur possible au sud du pays", divisé en deux à l'époque, "c'est Laurent Gbagbo". "Est-ce que lancer une action judiciaire immédiate (...) ne prendrait pas le risque d'enflammer les choses" ? "C'est une question qui se pose", dit Dominique de Villepin.

L'ancien ministre aborde ensuite l'épisode togolais, au coeur des débats.

"Réponse assumée"

Le 16 novembre 2004, dix jours après le bombardement, le Togo arrête huit mercenaires bélarusses soupçonnés d'être impliqués et propose à la France de les lui livrer. Parmi eux figure Yury Sushkin, l'un des trois accusés, qui sera ensuite identifié comme l'auteur du bombardement.

L'un des policiers de l'ambassade française, Claude Taxis, rattaché au service du coopération du ministère de M. de Villepin, est prévenu par les Togolais. Il envoie alors un fax au ministère en fin de matinée, mais personne ne lui répond. Après quelques heures, il finit par appeler le ministère qui lui répond, à sa grande surprise, de "ne pas s'en occuper".

Curieusement, ses collègues de la Défense et de la DGSE recevront les mêmes instructions, et l'ambassadeur de France n'aura lui non plus aucune réponse à son télégramme sur le sujet.

M. Taxis "a reçu la réponse claire qu’il ne devait pas suivre cette affaire puisque le ministère de l'Intérieur est en charge de l'intérieur, pas de l'extérieur", répond froidement M. de Villepin.

L'ancien ministre ajoute que s'il avait été informé de la proposition togolaise, il en "aurait alerté l'Elysée". Et conclut en renvoyant une fois de plus vers les Affaires étrangères et la Défense: "L'information a été transmise à deux ministère et a été traitée. On peut ne pas aimer la réponse, mais elle a été faite et assumée".

Convoquée à la barre dans l'après-midi, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense à l'époque, aura l'occasion de lui répondre.

Un engin explosif détonne en Côte d'Ivoire, selon l'armée

Un officier de police ivoirien se tient près d'un bus en feu à Abidjan, le 10 septembre 2015.

Un engin a explosé, sans faire de victime, au passage d'un véhicule de la gendarmerie ivoirienne à Kafolo près de la frontière avec le Burkina Faso (nord), théâtre récemment d'une attaque ayant fait deux morts, a annoncé lundi l'armée.

"Dans la matinée du 12 avril 2021, un incident est survenu sur le tronçon Petit Nassian – Kafolo à environ deux kilomètres de cette dernière localité. Il s’agit de la détonation d’une charge explosive au passage d’un véhicule de liaison de la gendarmerie nationale", souligne un communiqué de l'état-major de l'armée.

"Cet incident n’a causé aucune victime ni blessé parmi le personnel embarqué. Quant au véhicule, il a subi des éraflures extérieures, sans dommages majeurs" poursuit le texte transmis à l'AFP.

Le 29 mars, un poste des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire avait été attaqué à Kafolo, faisant au moins deux morts.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, une attaque contre l'armée ivoirienne s'était déjà produite à Kafolo, dans laquelle 14 soldats avaient été tués.

Attribuée au jihadistes qui frappent dans plusieurs pays voisins - Burkina Faso, Mali et Niger - cette attaque n'avait pas été revendiquée.

C'était la deuxième action jihadiste dans le pays après l'attentat de Grand Bassam, station balnéaire proche d'Abidjan en 2016, qui avait fait 19 morts.

Début février, Bernard Emié, patron du renseignement extérieur français, avait affirmé que Al-Qaïda au Sahel développait un "projet d'expansion" vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d'Ivoire et le Bénin.

"Ces pays sont désormais des cibles eux aussi et pour desserrer l'étau dans lequel ils sont pris et pour s'étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d'Ivoire ou au Bénin", avait-il affirmé.

Le Sahel est en proie aux attaques et attentats meurtriers d'une myriade de groupes jihadistes, liés soit à Al-Qaïda soit au groupe Etat islamique (EI), et implantés dans des zones largement délaissés par les pouvoirs centraux.

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