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La question des libertés publiques en débat au Cameroun


Les participants à l’atelier national sur les libertés publiques à Yaoundé, le 12 mars 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

​Universitaires, politiques et activistes de la société civile s’inquiètent du recul des libertés. Surtout depuis le contentieux post-électoral lié à la présidentielle d’octobre 2018.

Le ton est vite monté le 5 mars dernier dans les couloirs d’un hôtel à Yaoundé, quand le sous-préfet du 5e arrondissement, accompagné des forces de l’ordre et de sécurité, a voulu mettre un terme à un atelier organisé sur "les libertés publiques au Cameroun".

Le motif : aucune autorisation n’a été accordée pour la tenue de cette rencontre. Une scène qui traduit dans la pratique la question des libertés publiques dans le pays.

"Nous croyions que ce sous- préfet devait participer à cet atelier parce qu’il avait officiellement été invité, il n’a pas fait le déplacement, mais il a cru devoir faire le déplacement pour venir interdire, c’est un cliché de ce qui se passe effectivement au Cameroun, et c’est pour cela que nous avons pensé que le Cameroun a besoin d’un minimum de consensus sur certaines questions clés parmi lesquelles les libertés publiques", explique à VOA Afrique Cyrille Rolande Bechon, de l’ONG, "Nouveaux Droits de l’Homme".

Après moult tractations, la vingtaine de personnes réunies à Yaoundé, dans le cadre de cet atelier, a finalement, poursuivi les échanges, "sur tolérance administrative", a souligné l’autorité administrative.

Comme pour veiller au moindre mot qui sera dit à l’occasion, la présence des services de renseignements à été renforcée dans la salle.

De quoi inquiéter l’opposition camerounaise qui dit subir, elle aussi, des restrictions de libertés.

"C’est comme ci le pouvoir est entrain de regretter d’avoir consenti des espaces de libertés, l’une des preuves c’est cette loi du 23 décembre 2014, où, sous prétexte de combattre le terrorisme, on arrache aux populations ce qui est contenu dans la Constitution et dans les lois de 1990 comme libertés fondamentales", regrette Adamou Mongwat, militant de l’UDC, une des formations politiques de l’opposition.

Roger Justin Noa du MRC, décrie les restrictions des libertés publiques à Yaoundé, le 12 mars 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Roger Justin Noa du MRC, décrie les restrictions des libertés publiques à Yaoundé, le 12 mars 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Un avis que partage Roger Justin Noah, du MRC, le parti de l’opposant Maurice Kamto.

"Lorsque nous organisons les manifestations, nous apprenons seulement par un communiqué à la radio qu’elle a été interdite. Ça été le cas de notre marche du 26 janvier, nous avons fait des déclarations dans les délais prescrits par la loi, et à aucun moment on nous a servi en nos domiciles élus, dans les différentes villes où nous avons marché, une notification d’un arrêté d’interdiction de l’autorisation administrative", soutient-il.

Cette dernière affirmation n’est pas totalement vraie, sur la base des documents administratifs, dont VOA Afrique a obtenu copie avant les marches du 26 janvier dernier.

Reste que, l’application de certains points sur les libertés publiques pourtant inscrites dans la Constitution depuis décembre 1990, restent à clarifier au Cameroun.

L’universitaire camerounaise à Yaoundé, le 12 mars 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
L’universitaire camerounaise à Yaoundé, le 12 mars 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

"Les autorités administratives peuvent interpréter n’importe quelle situation comme susceptible de troubler l’ordre public. Le législateur a quand même prévu qu’on puisse contester leurs actes, sauf que le juge reste très peu saisi, il limite un petit peu son contrôle, mais le juge préfère rester dans un simple contrôle de légalité, ça fait donc que il n’est pas à son maximum pour mieux protéger les libertés publiques", précise Dr Agnès Makougoum de l’université de Yaoundé 2.

Depuis le 26 janvier 2019, toute manifestation publique des partis politiques est interdite, sauf dérogation spéciale. Le gouvernement ne semble pas du tout disposé à lâcher du lest.

"Les activités des partis politiques légalisés au Cameroun sont encadrées par des textes en vigueur, qui seront désormais scrupuleusement respectés. Ceux qui ont l’habitude de défier l’autorité de l’Etat vont désormais se heurter à la rigueur de la loi. Et la loi dans le cas d’espèce sera appliquée avec toute sa rigueur", a déclaré Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, au soir du 26 janvier 2019.

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