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Sénégal

La puissante confrérie des mourides inaugure sa très grande mosquée à Dakar

Esplanade de la Grande Mosquée des Mourides à Dakar, le 25 septembre 2019.

La confrérie musulmane des mourides, l'une des plus influentes du Sénégal, inaugure vendredi à Dakar l'une des plus grande mosquées d'Afrique, après 10 années de travaux financés par les fidèles.

A l'avant-veille de cet événement majeur pour ce pays d'Afrique de l'Ouest à plus de 90% musulman, les préparatifs étaient toujours en cours aux abords de l'édifice de marbre blanc, dans le centre de la capitale, a constaté un journaliste de l'AFP.

Au milieu de nombreux badauds, dont certains dorment à même le sol, des femmes lavent à grandes eaux son esplanade, pendant que, sur des échafaudages, des peintres s'activent sur les décorations de style oriental de la porte principale et que des techniciens tirent des câbles électriques ou sortent des camions des tapis de prière.

Des policiers en uniforme sont déjà bien visibles. Jeudi et vendredi, ils seront 1.600 à assurer la sécurité des visiteurs, attendus par dizaines de milliers, et à tenter d'endiguer les bouchons, qui s'annoncent dantesques malgré un plan de circulation spécial mis en place par les autorités.

Construit à l'initiative des mourides, l'une des confréries les plus importantes du pays avec celles des tidiane, des khadre et des layène, l'édifice a été bâti sur un ancien terrain marécageux de six hectares offert par l'Etat, dans le quartier populaire de Bopp.

La mosquée Massalikul Jinaan (les chemins du paradis), dont le nom est inspiré du titre d'un des poèmes (khassaides) du fondateur au XIXe siècle du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, se veut ouverte à l'ensemble des fidèles et son inauguration est un "événement pour l'ensemble de la communauté musulmane mondiale", insistent ses promoteurs.

Les mourides, qui "dominent les secteurs du commerce, de l'import-export, de l'agriculture ou encore des médias", selon le chercheur Cheikh Guèye, frappent un grand coup en s'implantant spectaculairement au coeur de Dakar. Ils tiennent "un symbole de cette puissance économique (qui) renforcera leur influence culturelle et politique" à Dakar, a ajouté le spécialiste, en rappelant l'origine rurale du mouridisme.

De nombreux mourides y voient une revanche sur l'ex-puissance coloniale française, qui avait choisi Dakar comme capitale du Sénégal et contraint Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké à l'exil au Gabon (1895-1902) puis en Mauritanie (1903-1907). Vénéré jusqu'à aujourd'hui au Sénégal et dans la diaspora, il avait ensuite été placé en résidence surveillée dans le nord du pays. Il est décédé en 1927 à Diourbel (centre).

- Artisans marocains -

L'édifice, recouvert de marbre blanc de Carrare et dominé par un dôme doré, est présenté par ses bâtisseurs comme "la plus grande mosquée en Afrique de l'Ouest".

La mosquée est dotée de cinq minarets, dont le plus haut culmine à 78 mètres, de salles prière peuvant accueillir 15.000 personnes, autant que son esplanade, et garnie de lustres monumentaux et de décorations "faites à la main par des artisans marocains".

Les confréries sénégalaises : une force incontournable
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"Avec ce bijou, nous n'avons aucun complexe par rapport à ce qu'on voit dans les pays arabes et ailleurs en Afrique", a estimé le coordinateur des travaux, Mbackiyou Faye.

En Afrique, elle sera toutefois plus petite que la mosquée Hassan II de Casablanca, au Maroc, d'une capacité totale de 105.000 personnes, ou que celle en cours d'achèvement à Alger (120.000 fidèles).

Dès dimanche, des milliers de fidèles ont accueilli à Dakar l'actuel calife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, l'un des petits-fils du fondateur.

Agé de plus de 80 ans, le visage arborant une petite barbe blanche, le calife général vit la majeure partie de l'année à Touba (centre), principale ville sainte de la confrérie, devenue sous son influence la seconde agglomération du pays.

- Edifiée grâce aux dons -

Le chef spirituel des mourides doit assister vendredi autour de 14H00 (GMT et locale) à la grande prière hebdomadaire, en présence du président Macky Sall. L'ex-président Abdoulaye Wade, présent lors de la pose de la première pierre en 2009, a également été invité.

"Il serait hasardeux d'avancer un montant exact" pour l'édification de la mosquée et le complexe qui l'accompagne, mais il va "dépasser les 20 milliards de francs CFA" (30 millions d'euros), selon le coordinateur des travaux Mbackiyou Faye. Un institut islamique, une résidence et un musée devraient voir le jour à proximité.

Cette somme importante, dans un pays où la pauvreté touche environ 40% de la population, a été entièrement recueillie auprès des fidèles, de grandes fortunes sénégalaises, de chefs religieux, des personnalités politiques et de grandes entreprises.

Le gouvernement a quant a lui débloqué sept milliards de francs CFA (10,5 millions d'euros) pour la voirie, l'assainissement et l'éclairage des alentours.

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Un tribunal sénégalais libère Hissène Habré pour des raisons de santé

L'ancien chef de l'Etat tchadien Hissène Habré lève la main lors d'une audience dans un tribunal à Dakar, au Sénégal, le 30 mai 2016. (AP Photo/Carley Petesch)

L'ancien chef de l'Etat tchadien Hissène Habré a obtenu un sursis de deux mois de sa condamnation à vie par un juge sénégalais. Âgé de 77 ans, Hissène Habré avait été reconnu coupable en 2016 de crimes contre l'humanité par un tribunal spécial au Sénégal.

Son avocat aurait demandé ce geste humanitaire parce qu'il a plus de 70 ans, et les personnes âgées sont invitées à faire preuve d'une extrême prudence pour éviter toute infection de coronavirus.

Le juge a déclaré que les autorités sénégalaises utilisent la prison de Cap Manuel à Dakar pour maintenir les nouveaux détenus en isolement pendant la quarantaine liée au nouveau coronavirus, afin d'éviter toute propagation potentielle du virus.

Hissène Habré passera passera donc les 60 prochains jours à son domicile de situé à Ouakam, un quartier de Dakar.

Selon une dépêche de l'AFP, une association de victimes de son régime a critiqué la décision de libérer l'ancien dirigeant tchadien, arguant que "la crise sanitaire ne doit pas servir de prétexte à la libération anticipée de Hissène Habré".

A ce jour, le Sénégal compte 237 cas confirmés de coronavirus. Parmi eux il y a 105 guéris et 2 décès, selon le tout dernier décompte des autorités sanitaires.

Le 60e anniversaire de l'indépendance relayé au second plan

Des élèves commissaires à l’école nationale de police, à Dakar, le 4 avril 2020. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Au Sénégal, le 60e anniversaire de l'indépendance a été fêté dans la plus grande sobriété à cause de la pandémie du coronavirus. Les forces militaires et paramilitaires ont passé leur fête près de la population dans la lutte contre le covid-19.

C'est par une prise d'armes dans la cour d'honneur du palais de république que l'an 60 de l'indépendance du Sénégal a été célébré. L'état d'urgence sanitaire imposé par le covid-19 a privé les forces de défense et de sécurité de leur traditionnel défilé.

Le 60e anniversaire de l'indépendance dans la plus grande sobriété
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Ousseynou Faye, adjudant-chef de gendarmerie à la retraite, estime que les troupes peuvent avoir un "sentiment de regret mais pas de tristesse" parce qu'avec le contexte actuel et l’évolution de la maladie ils ne peuvent que soutenir "les actions du président de la République" car l'intérêt de la nation est toujours la priorité.

L'ancien sous-officier affirme par ailleurs que les forces militaires sont "habituées" aux prises d’armes. C'est la règle à chaque fois qu’il y a un "événement qui empêche au Président d’organiser la fête au niveau national".

Même son de cloche du côté de l'adjudant-chef à la retraite Dame Diop, qui affirme que le concept armée-nation est plus que jamais de rigueur. Pour lui, les soldats vont maintenant s'adonner à un autre de leurs rôles, qui est celui de la "sensibilisation et la conscientisation sur la situation actuelle avec la maladie de coronavirus".

Distanciation sociale oblige, Dakar observe sans fanfare les 60 ans d'indépendance du #Sénégal
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Du côté de la population, on se réjouit de la présence et de l'engagement des forces de défense et de sécurité dans cette lutte contre le covid-19, même si à Dakar, les premiers jours du couvre-feu ont été marqués par quelques "manquements", comme l'indique le jeune Ciré.

Il appelle les populations à plus de responsabilité car la présence des troupes sur le terrain est importante et rassurante. "La population est quand même consciente que c’est dans le bien général qu’ils sont en train de mener cette tâche et sont en train d’abattre un rôle je crois qui est exemplaire qui leur est dévolu", soutient-il. Ciré estime que l'apport des forces régaliennes est une "chose plus que normale". Pour lui, les citoyens doivent respecter cette situation et "y mettre du sien vu la situation qui est plus que grave".

Dans un monde éprouvé par la pandémie du covid-19, le Sénégal ne fait pas exception avec un calendrier complètement bouleversé. Le 4 avril, date symbole de l'indépendance, n'a pas connu de défilé cette année mais a plutôt consacré un rapprochement entre la population et les forces de défense et de sécurité déployées sur toute l'étendue du territoire dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire.

Pour les pêcheurs sénégalais, le coronavirus est une "malédiction"

Des pêcheurs au large de Joal, Sénégal, le 29 mai 2017. (R. Shryock / VOA)

Sur le quai de pêche de Hann-Bel Air, aux portes de Dakar, le mareyeur Galaye Sarr s'en remet à Dieu pour que cesse la "malédiction" du coronavirus. Depuis que les avions sont cloués au sol, les poissons ne s'exportent plus, le privant de ses principaux revenus.

Galaye Sarr, 23 ans, travaille sur le quai des exportations depuis son enfance. Il achète les prises ramenées par les pêcheurs qui écument la côte atlantique à bord de pirogues multicolores, les trie et les vend à des usines, qui les conditionnent pour l'exportation par avion ou bateau, notamment vers l'Europe.

Depuis l’apparition du Covid-19 début mars au Sénégal, les autorités ont interdit les rassemblements et proscrit la circulation entre les villes. Surtout, la quasi suspension du trafic aérien prive toute la filière de la pêche d'un débouché essentiel.

Au Sénégal, la pêche occupe environ 17% de la population active, elle représente 22,5% des recettes d'exportation et plus de 70% des apports de protéines d'origine animale, indiquait fin 2014 l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

"Ce poisson est un merlot noir. D'habitude, il est exporté vers l'Italie. Mais à cause du coronavirus, tous les vols ont été annulés", explique Galaye Sarr en désignant du doigt des caisses frigorifiques entreposées dans une chambre froide. "Ca, ce sont les thiofs (mérous), là-bas les liches noires et les liches rouges, derrière, les rascasses".

Les portes de l'exportation fermées jusqu'à nouvel ordre, les vendeurs tentent de rediriger leurs stocks vers les marchés locaux, mais ceux-ci sont saturés et les prix ne font que baisser.

Certains mois, Galaye Sarr arrivait à épargner jusqu'à 100.000 francs CFA (150 euros), dit-il, mais à présent, il gagne à peine 20.000 CFA (30 euros), à peine de quoi vivre.

En outre, il est quasiment impossible de respecter les distances de sécurité. "Au travail, on mange ensemble, on boit ensemble, on fait tout ensemble. J'ai vraiment peur. Peut-être qu'un jour Dieu va enlever cette malédiction".

C'est toute la famille du jeune homme qui subit la crise. Ses proches, pêcheurs, restent à quai. "Même s'ils attrapent des poissons, on ne peut plus le vendre. Alors ils restent chez nous", soupire-t-il.

"Mon commerce est familial. Mes enfants et cousins travaillent sur nos pirogues. Si on ne peut plus vendre, comment on va faire ?", s'inquiète Moussa Diop, qui possède deux pirogues.

Le 60e anniversaire de l'indépendance dans la plus grande sobriété

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L'Afrique subsaharienne désarmée face au nouveau coronavirus

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