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Mali

La France à l'offensive face "au coup d'Etat dans le coup d'Etat"

Le nouveau président par intérim de Mali Bah Ndaw a prêté serment lors de la cérémonie d'inauguration à Bamako, au Mali, le 25 septembre 2020.

La France a réagi vite et fort au coup de force du colonel Assimi Goïta au Mali, mais sa marge de manoeuvre s'avère étroite et risque d'être brouillée par son soutien à la junte tchadienne.

A la différence du putsch d'août 2020, marqué par un certain attentisme initial, le président Emmanuel Macron a rapidement condamné avec "la plus grande fermeté" ce "coup d'Etat dans le coup d'Etat" et brandi la menace de sanctions, au nom des Européens.

Paris a exigé la libération du président Bah Ndaw et du Premier ministre Moctar Ouane, arrêtés lundi et retenus dans une base militaire, et "la reprise immédiate du cours normal de la transition".

Selon un responsable militaire, ils ont été libérés dans la nuit de mercredi à jeudi, après avoir démissionné.

Ces deux dirigeants incarnaient le visage civil de la transition - qui doit conduire à des élections début 2022 - face au colonel Goïta, vice-président et chef de la junte à l'origine du coup d'Etat en août.

"La réaction de la France tient en partie à la bonne relation qu'elle a établie avec le président Ndaw, qui revenait tout juste d'un sommet sur l'économie africaine à Paris", relève Andrew Lebovich, expert sur le Sahel au Conseil européen des Relations internationales (ECFR).

"Le gouvernement français veut sans doute aussi éviter le tumulte d'un nouveau coup de force militaire", dit-il à l'AFP.

Déclaration de la junte malienne
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"Complaisance au Tchad"

Pour Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, "il faut être très ferme vis-à-vis de Goïta, c'est une question de principe" mais le message risque d'être difficile à faire passer après le précédent tchadien.

"On nous a déjà beaucoup reproché une certaine complaisance au Tchad. On a beaucoup dit que cette complaisance avait encouragé Goïta. En tout cas elle a été mal perçue au Mali", explique à l'AFP le diplomate, aujourd'hui chercheur indépendant.

La France, prise de court par la mort brutale du président Idriss Déby Itno en avril, son allié de longue date dans la région, a alors soutenu la transition militaire mise en place au Tchad avec à sa tête le général Mahamat Idriss Déby, fils du défunt chef de l'Etat.

Le gouvernement français souligne la différence entre les deux pays: "circonstances exceptionnelles" après le décès brutal de Déby, contre "nouveau coup de force contre les autorités civiles" au Mali.

Après ce énième bouleversement à Bamako, la lutte contre le jihadisme au Sahel, emmenée par la force française Barkhane (5.100 hommes), se retrouve une nouvelle fois fragilisée.

Au lieu de se concentrer sur la reconstruction de l'Etat et le soutien aux populations, de plus en plus sensibles aux sirènes jihadistes, les autorités maliennes se retrouvent aux prises avec l'instabilité politique.

"Si on met Goïta et le Mali sous sanctions, Barkhane ne pourra pas rester longtemps, ou difficilement, et les jihadistes risquent de prendre le pouvoir dans une situation de chaos", anticipe Nicolas Normand.

La junte a toutefois très clairement manifesté dès sa prise de pouvoir en 2020 sa volonté de maintenir la coopération militaire avec Barkhane et la force de l'ONU (Minusma).

Barkhane et Ag Ghali

"Vu l'importance de Barkhane pour la stabilité du Mali, il est difficile d'imaginer sa remise en question, de même que la coopération (sécuritaire entre Etats) au niveau régional, au moins du point de vue malien", considère Andrew Lebovich.

"Mais la communauté internationale va vraisemblablement se demander si et comment elle souhaite poursuivre sa coopération avec le Mali", ajoute-t-il.

Côté politique, le colonel Goïta pourrait s'allier avec une partie du Mouvement du 5-Juin (M5), le collectif qui avait mené en 2020 la contestation contre le président aujourd'hui déchu Ibrahim Boubacar Keïta et qui avait été marginalisée par les colonels après le putsch, considèrent des experts.

Se pose la question d'éventuelles négociations avec les jihadistes, qui ont une influence de plus en plus marquée dans le nord et le centre du Mali.

"Ce qui rend le président Macron aussi furieux, c'est qu'une partie de la classe politique malienne est prête à négocier avec Iyad Ag Ghali", chef de file de l'alliance jihadiste au Sahel affiliée à Al-Qaïda et ennemi juré de la France, estime Antoine Glaser, expert des questions africaines.

Le tumulte malien complique aussi son plan de réduction de la force Barkhane au fur et à mesure que les Etats de la région prendront leur destin en main et gagneront en stabilité, dit-il à l'AFP. "C'est tout un processus qui se retrouve déstabilisé".

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Report des "Assises nationales de la Refondation" au Mali

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La CEDEAO sanctionne une centaine d'autorités maliennes dont le Premier ministre

Le Premier ministre de transition au Mali, Choguel Kokalla Maïga.

Le Premier ministre de transition malien Choguel Kokalla Maïga et la quasi totalité de son gouvernement figurent parmi environ 150 personnalités visées par des sanctions individuelles infligées récemment par la Cédéao, révèle un document officiel de l'organisation régionale ouest-africaine obtenu mercredi par l'AFP.

Le colonel Assimi Goïta, président de transition et chef de la junte au pouvoir depuis le coup d'Etat du 18 août 2020, en est en revanche absent.

Autre absent notable de cette liste sur laquelle se trouvent 27 ministres en plus du chef du gouvernement: le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Aucune explication n'est fournie à leur absence dans le document obtenu par un correspondant de l'Agence France-Presse.

En outre, les 121 membres du Conseil national de la transition, qui fait office d'organe législatif, sont sanctionnés.

Les avoirs financiers de tous ceux qui se trouvent sur la liste sont gelés et ils ont l'interdiction de voyager au sein de la Cédéao. Ces sanctions frappent aussi les membres de leur famille.

Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), réunis en sommet le 7 novembre, avaient décidé d'infliger des sanctions individuelles à ceux qui, après deux coups d'Etat en un an dans le pays plongé dans une crise profonde, retardaient selon eux la tenue d'élections pour un retour des civils au pouvoir.

La Cédéao avait indiqué lors de ce sommet avoir reçu la confirmation officielle de la part des autorités maliennes qu'elles ne seraient pas en capacité d'organiser des élections présidentielle et législatives en février 2022, comme la junte s'y était préalablement engagée.

Le gouvernement malien invoque l'insécurité persistante dans ce pays pauvre et enclavé, livré depuis 2012 aux agissements de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, et aux violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d'autodéfense et des bandits. Les forces régulières sont elles-mêmes accusées d'exactions.

Les deux tiers du pays échappent au contrôle des autorités.

Dans le document consulté par l'AFP, la Cédéao constate "l'absence de progrès dans la préparation des élections, notamment l'absence d'un calendrier détaillé" en vue de la tenue de ces élections "aux dates convenues".

Le non-respect de l'échéance est "constitutif de la remise en cause des fondements essentiels" de l'organisation, dit la Cédéao.

La Cédéao note que les "incertitudes politiques accrues" au Mali contribuent à la "détérioration de la situation sécuritaire", elle-même de nature à compromettre la stabilité de la région selon elle.

Les sanctions de la Cédéao pourraient servir de référence à un certain nombre de partenaires qui soutiennent le Mali dans la crise.

La France, engagée militairement au Mali et au Sahel, plaide pour l'adoption de sanctions européennes dans le sillage de la Cédéao, avait indiqué dimanche la porte-parole de la diplomatie française.

Au Mali, au moins 2 millions d’enfants travaillent

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Barkhane : une deuxième base militaire française transférée aux Maliens

L'entrée de la base militaire de l'opération Takuba, le 3 novembre 2020.

La force antijihadiste Barkhane a transféré à l'armée malienne la base de Tessalit, dans le nord du Mali, dans le cadre de la restructuration de ses opérations au Sahel, a annoncé mardi l'état-major français.

"Après celle de Kidal, l'emprise occupée par la force Barkhane à Tessalit a été transférée le 13 novembre aux Forces armées maliennes (FAMa). Les derniers soldats français ont quitté le site le 15 novembre", indique un communiqué de l'état-major.

"Ce transfert a été progressif, maîtrisé et étroitement coordonné avec les FAMa et avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), dont un contingent de plusieurs centaines de militaires est déployé en permanence à Tessalit", selon le document.

Paris a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire de lutte contre les jihadistes au Sahel, en quittant notamment les bases les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit) et en prévoyant de réduire ses effectifs dans la région d'ici 2023 à 2.500-3.000 hommes, contre plus de 5.000 aujourd'hui.

La base de Kidal avait été rétrocédée aux Maliens mi-octobre. Reste désormais celle de Tombouctou.

Les relations entre Paris et Bamako se sont envenimées le 25 septembre, lorsque le Premier ministre de transition malien, Choguel Kokalla Maïga, a accusé la France, engagée militairement au Mali depuis 2013, d'"abandon en plein vol". Des critiques censées justifier le possible recours au groupe de sécurité privée russe Wagner, décrit comme proche du président russe Vladimir Poutine, pour compenser la réduction de la voilure de Barkhane.

L'UE a trouvé "un consensus" parmi ses 27 Etats membres pour sanctionner la société de mercenaires, a annoncé à cet égard lundi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Fin de Barkhane: l'avis d'un habitant de Bamako
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Mais l'armée française insiste de son côté sur les bonnes relations avec les forces de Bamako. "Les unités maliennes et françaises se sont entraînées ensemble pendant plusieurs semaines pour partager leurs savoir-faire et préparer la pleine prise en compte de l’emprise par une compagnie renforcée des FAMa", a-t-elle assuré.

"Différentes procédures de réassurance ont notamment pu être mises en œuvre", a-t-elle ajouté, saluant les "très bonnes conditions de dialogue avec les forces partenaires".

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