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L'ECO, monnaie unique, mort-né par manque de confiance entre anglophones et francophones


Table des officielle à la cérémonie d’ouverture de la conférence de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) à Abuja, Nigeria, 26 avril 2018. (VOA/Gilbert Tamba)

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a exprimé ses inquiétudes quant à la faisabilité de la monnaie régionale ECO, affirmant que les pays sont désormais à la croisée des chemins avec ce projet.

M. Buhari a brandi le risque de dislocation de la Cédéao en cas d’adoption unilatérale de l’Eco par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dominée par les anciennes colonies de la France.

Abuja déplore le manque de confiance qui prévaut dans les discussions devant mener à une adoption commune de la nouvelle monnaie prévue pour l'ensemble de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cédéao).

En février dernier le Nigeria avait formulé une demande de prolongation du délai pour le lancement de la monnaie unique. Abuja souhaite aussi que "les critères de convergence" (les conditions économiques à remplir par tous les membres) soient atteints par la majorité des pays.

"C’est un problème entre Francophones et Anglophones", explique Djibrin Ibrahim, professeur de sciences politiques à l’Université d’Abuja​. "Mais il y a aussi un deuxième problème, il s’agit des critères, des conditions et des principes annoncés pour l’établissement de cette nouvelle monnaie. La plupart des pays ouest-africains n’arrivent pas a remplir ces conditions qui sont très exigeantes et difficiles", ajoute-t-il.

La demande du Nigeria ne fait pas l’unanimité entre les dirigeants de la zone UEMOA qui, sous la houlette du président ivoirien, Alassane Ouattara, semblent ne pas vouloir faire marche arrière sur leur volonté d’adopter l’Eco en remplacement du Franc CFA. Une adoption prévue en principe au cours du deuxième semestre de 2020.

"Il faut procéder avec prudence et respecter le processus garantissant la crédibilité, la durabilité, la prospérité et la souveraineté", précise le président Buhari. "Nous ne pouvons pas nous ridiculiser en entrant dans une union qui ne va pas survivre pour longtemps. Nous devons être clairs et sans équivoque sur notre position concernant ce processus", souligne le chef de l'État de la première puissance économique africaine.

Le problème, en clair, semble être un rapprochement excessif des pays francophones avec leur ancien colonisateur, la France.

Une critique avancée aussi par la société civile.

"La controverse autour d’un accord entre les différents chef d’Etats de l’Afrique de l’Ouest montre clairement le manque d’unité, de cohésion et de compréhension sur l’importance d’une Cédéao commune et prospère", selon Auwal Musa Rafsanjani, directeur exécutif du CISLAC, une organisation qui plaide pour des réformes du secteur public au Nigeria.

"Si les pays ouest-africains veulent avoir une monnaie unique, ils doivent s’unir sans permettre aux pays Européens comme la France de participer", tranche l’économiste Odillim Envegdara​. "Dans les prochaines 10, 15 ou 20 ans, l’économie du Nigeria sera supérieure a celle de la France... si le Nigeria dit non à une monnaie, cette monnaie n’ira nulle part", tranche-t-il.

"Il est clair que le désaccord que nous observons entre les pays Francophones et Anglophones est le résultat du refus de la France de comprendre que l’Afrique a grandi", soutient l’opposant nigérian Jusuf Sani du parti ADP.

Au siège de la Cédéao à Abuja, on se refuse tout commentaire sur la question.

Le 20 mai, la France a accepté de mettre fin à son engagement à arrimer le franc CFA. Les 14 pays de la zone franc n'auront plus à déposer la moitié de leurs réserves de change auprès de la France.

Malgré cela, le chemin vers une monnaie unique en Afrique de l’Ouest parait encore très long et parsemé d’embûches.

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