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L'armée nigérienne frappée par l'attaque jihadiste la plus meurtrière dans le pays

Le président nigérien Issoufou Mahamadou devant des militaires a la place d'armes de la zone de défense n°5 de Diffa, le 9 novembre 2019. (Crédit : Présidence de la république du Niger)

L'armée nigérienne a subi mardi ses plus lourdes pertes depuis qu'elle est confrontée au défi jihadiste lors de l'attaque du camp d'Inates, dans l'Ouest, qui a fait 71 morts et entraîné le report d'un sommet entre la France et les pays du Sahel.

"Malheureusement, on déplore le bilan suivant: 71 militaires tués, 12 blessés, des portés disparus, et un nombre important de terroristes neutralisés", selon un communiqué du ministère de la Défense, lu à la télévision nationale.

"Les combats", qui ont duré trois heures, ont été "d'une rare violence combinant des tirs d'artillerie et l'emploi de véhicules kamikazes par l'ennemi", a ajouté le ministère, estimant le nombre de "terroristes lourdement armés" à "plusieurs centaines".

Un précédent bilan de source sécuritaire faisait état de plus de 60 morts, précisant que "les terroristes ont pilonné le camp à l'aide d'obus", et que beaucoup de victimes étaient décédées dans des explosions de dépôts de munitions et de carburant.

En accord avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, le président français Emmanuel Macron a annoncé le report au "début de l'année 2020" d'un sommet avec les dirigeants des cinq pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie) initialement prévu le 16 décembre.

Ce sommet doit avoir lieu à Pau, ville du sud-ouest de la France où étaient basés la majorité des 13 soldats français décédés le 25 novembre dans un accident d'hélicoptères au Mali.

M. Macron avait annoncé le 4 décembre qu'il avait convié les présidents sahéliens à cette réunion pour qu'ils "clarifient" leur position sur la présence militaire française au Sahel, de plus en plus contestée par leurs opinions publiques.

Il avait souligné qu'il attendait d'eux qu'ils "assument" publiquement le fait que les soldats français sont au Sahel à la demande des pays concernés, et non pas pour des "visées néocoloniales".

Faute de quoi, avait-il indiqué, il en tirerait toutes les conséquences. L'Elysée a précisé mercredi que toutes les options étaient sur la table, y compris un retrait des 4.500 hommes des troupes française de la force Barkhane, qui depuis quatre ans luttent contre les groupes jihadistes au Sahel.

Une partie de l'opinion publique sahélienne attribue la dégradation sécuritaire à la présence même des troupes étrangères. En novembre, l'état-major burkinabè avait même mis en garde les avions français qui survoleraient intempestivement son territoire.

- Contrebande et trafics -

Le président nigérien Mahamadou Issoufou a interrompu sa participation à une conférence internationale en Egypte pour rentrer à Niamey, où il présidera jeudi une réunion du Conseil national de sécurité, a tweeté la présidence.

L'attaque d'Inates est la plus meurtrière depuis le début de l'offensive jihadiste au Niger, en 2015. Au-delà de ce pays, c'est tout le Sahel - en particulier le Mali, le Niger et le Burkina -, qui est visé par les assauts de plus en plus audacieux de groupes islamistes armés, en dépit de la présence des militaires français de la force antiterroriste Barkhane.

Le Mali a notamment été frappé par un automne sanglant, lors duquel plus de 140 soldats ont été tués, provoquant un véritable traumatisme.

Le Burkina avait perdu 24 militaires en août, dans un assaut contre la base de Koutougou, également près de la frontière malienne.

Inates se situe près de la frontière avec le Mali, au coeur d'une région en proie à la contrebande et aux trafics. La base militaire avait déjà été la cible le 1er juillet d'une attaque, revendiquée par le groupe Etat islamique, dans laquelle 18 soldats nigériens avaient péri.

Mardi, le conseil des ministres nigérien avait prorogé pour une période de trois mois l'état d'urgence décrété depuis 2017 dans plusieurs départements pour lutter contre les attaques jihadistes.

Cette mesure accorde des pouvoirs supplémentaires aux forces de sécurité sur les théâtres des opérations, dont celui d'ordonner des perquisitions de nuit comme de jour dans un domicile. En outre, elle limite les déplacements dans les espaces concernés.

Depuis octobre, il est aussi formellement interdit aux organisations humanitaires de se rendre dans certaines zones sans escorte militaire.

Avec AFP

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Heurts après l'interdiction d'une manifestation de soutien à l'armée et contre les bases étrangères

Le président nigérien Issoufou Mahamadou devant des militaires a la place d'armes de la zone de défense n°5 de Diffa, le 9 novembre 2019. (Crédit : Présidence de la république du Niger)

Des heurts sporadiques ont opposé vendredi après-midi à Niamey des petits groupes de manifestants aux forces de l'ordre après l'interdiction d'une rassemblement de soutien à l'armée et contre la présence des bases étrangères dans le pays, a constaté un journaliste de l'AFP.

Jeudi la mairie de Niamey avait décidé "d'interdire" notamment pour des raisons de "risques de trouble à l'ordre public", une manifestation d'organisations de la société civile pour "soutenir les Forces de défense et de sécurité nigériennes qui subissent de lourdes pertes dans la lutte anti-jihadiste et pour protester contre "la présence des bases étrangères" également engagées dans cette lutte.

Tôt ce matin, un important dispositif des forces de l'ordre a été déployé à plusieurs endroits de la capitale, dont la Place de la Concertation (en face du Parlement) où le meeting devait avoir lieu.

Des heurts ont éclaté en début d'après-midi entre des jeunes manifestants et les forces de l'ordre qui tentaient d'empêcher leur regroupement à coups de grenades lacrymogènes.

Organisés en petits groupes, les manifestants retranchés dans les ruelles des quartiers, ont riposté par des jets de pierres et en brûlant de pneus à certains carrefours.

"Notre manifestation est essentielle pour remonter d'avantage le moral de nos troupes, les galvaniser", avait expliqué la veille à la presse, Moussa Tchangari, un des organisateurs de la manifestation et figure de la société civile.

La manifestation visait également "à demander le départ des forces extérieures" notamment "la force Barkhane dont la présence constitue une menace sérieuse pour la souveraineté de tous les pays du Sahel", selon les organisateurs.

Mardi, le groupe Etat islamique a revendiqué l'attaque de Chinégodar, dans l'ouest du Niger (frontière malienne) qui a fait 89 morts, la plus meurtrière depuis le regain des attaques en 2015. "Au vu de l'hécatombe de Chinégodar, la CNDH s'interroge sur la sincérité de la collaboration militaire des pays alliés, lorsque des terroristes à pieds ou à motos circulent allègrement au vu et au su des drones", dit un communiqué la Commission nationale des droits humains.

Cette commission, composée de représentant du gouvernement et de la société civile, a réclamé "une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur les massacres d'Inates et de Chinégodar".

71 soldats nigériens avaient été tués le 10 décembre 2017 à Inates, autre localité proche du Mali.

Niamey, qui combat aussi le groupe djihadiste nigérian Boko Haram dans le Sud, a toujours justifié la présence des forces américaines et françaises sur son sol par la nécessité de "sécuriser les frontières" contre des infiltrations de groupes djihadistes venant du Mali voisin.

Au Niger, la France possède une base sur l'aéroport de Niamey à partir de laquelle des avions de chasse et des drones armés depuis peu, opèrent. Les Etats Unis ont une importante base de drones armés à Agadez (nord).

En 2019, les attaques djihadistes ont fait 4.000 morts au Burkina, au Mali et au Niger,

La société civile appelle à manifester contre la présence des forces étrangères

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Revendication de l'attaque de Chinégodar par le groupe Etat islamique

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Limogeage du chef d’état-major des armées

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Attaque de Chinégodar : les chefs d'etat-major limogés

Le général Sidikou Issa, alors chef d'état-major adjoint de l'armée de terre à Diffa, le 1er mars 2016. (VOA/Nicolas Pinault)

Le chef d'état-major des armées, le général Ahmed Mohamed, et le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Sidikou Issa, ont été remplacés lundi, a annoncé le gouvernement nigérien au lendemain de l'annonce du bilan de 89 soldats tués lors de l'attaque du camp de Chinégodar le 9 janvier. 

"Le général de division Salifou Modi est nommé chef d’état-major des armées et le général de brigade Seidou Bagué est nommé chef d’état-major de l’armée de terre", selon un communiqué du conseil des ministres lu à la radio publique.

Le nouveau patron des armées nigériennes, le général Salifou Modi, 57 ans, a été membre du Conseil Suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD, junte militaire) de 2010 à 2011.

La décision a été prise lors d'un conseil des ministres extraordinaire tenu juste avant le départ du président nigérien Mahamadou Issoufou pour le sommet de Pau (sud de la France) qui réunit les pays du G-5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et la France sur la lutte contre jihadisme dans la zone.

Dimanche, les autorités nigériennes ont revu à la hausse le bilan de l'attaque de Chinégodar passant de 25 soldats tués à 89, soit l'attaque la plus meurtrière subie par l'armée nigérienne depuis le regain des attaques jihadistes en 2015. Cette attaque est survenue un mois après celle d'Inates, dans la même région de Tillabéri, frontalière du Mali, qui avait couté la vie à 71 soldats et traumatisé le pays.

Tout le Sahel - en particulier le Mali, le Niger et le Burkina -, est visé par les assauts de plus en plus audacieux de groupes islamistes, en dépit du renforcement des armées locales et de la présence de 4.500 militaires français de la force antiterroriste Barkhane. Selon l'ONU, les attaques jihadistes au Mali, au Niger et au Burkina ont fait 4000 morts en 2019.

Le sommet de Pau doit renforcer la légitimité contestée des militaires français déployés sur la zone et mobiliser les alliés européens mais aussi aborder la coordination entre les pays de la région et tenter de trouver une meilleure efficacité dans la lutte contre les groupes jihadistes.

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