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L'ambassadeur du Mali en France dénonce des "débordements" des forces françaises

Soldats français de l'opération Barkhane à Ndaki dans la région de Gourma le 27 juillet 2019.

L'ambassadeur du Mali en France a sévèrement critiqué mercredi les soldats de la Légion étrangère participant à l'opération française Barkhane dans son pays, en dénonçant des "débordements qui posent problème", au cours d'une audition au Sénat.

"Il n'y a pas de sentiment anti-français au Mali. Il y a eu, à un moment donné, un ressenti au sein de la population contre la présence militaire française", a déclaré Toumani Djimé Diallo devant la commission Défense du Sénat, qui recevait les ambassadeurs des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad).

"D'abord, avec tant d'hommes et de moyens déployés, on s'attendait à plus de résultats, moins coûteux en vies humaines. D'autre part, je vais vous parler franchement, dans ces forces, il y a des officiers, l'armée normale mais aussi la Légion étrangère. C'est là le problème", a-t-il souligné.

"Par moments, dans les Pigalle de Bamako, vous les retrouvez, tatoués sur tout le corps, en train de rendre une image qui n'est pas celle que nous connaissons de l'armée (française). Ca fait peur, ça intrigue", a-t-il poursuivi.

Les soldats de la Légion sont régulièrement déployés au Sahel dans le cadre de l'opération antijihadiste Barkhane.

Parmi les 600 renforts récemment annoncés par le président français Emmanuel Macron figurent notamment des éléments du 2e régiment étranger parachutiste (REP).

"C'est bien, parce qu'il sont connus pour être âpres à la bataille, âpres au combat, mais ils sont aussi âpres au gain (...) il y a des débordements qui posent problème", a affirmé l'ambassadeur malien sans plus de détails.

"Le président Ibrahim Boubacar Keïta l'a dit: tous ceux qui aujourd'hui au Mali appellent au départ des forces étrangères et notamment françaises sont des ennemis du Mali, des complices des jihadistes (...) mais il faut que le comportement de certains éléments de l'armée ne laissent pas à désirer", a-t-il insisté.

"Certains font n'importe quoi dans les rues de Bamako, ce n'est pas bon pour l'image de la France", a-t-il conclu, tout en saluant à plusieurs reprises l'engagement français au Sahel.

"Nous prenons note, mais nous souhaitons réaffirmer notre solidarité envers nos forces armées", a réagi le président de la commission du Sénat, Christian Cambon. "Dans toute société, dans toute organisation, certains se comportent moins bien que d'autres, mais ça ne peut pas porter atteinte à l'ensemble des forces françaises qui font un travail remarquable dans un environnement très difficile".

"S'il y a des manquements, il y a des autorités militaires qui sont tout à fait adaptées pour corriger ces choses", a-t-il fait valoir.

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L'armée malienne approvisionne par voie aérienne un village assiégé

Des soldats français de l'opération Barkhane patrouillent au nord de Tombouctou le 6 novembre 2014.

L'armée malienne a déclaré mardi qu'elle avait largué de la nourriture par voie aérienne dans un village du centre du pays où plus de 2 000 habitants sont assiégés par des militants islamistes présumés depuis deux semaines.

La situation à Farabougou, dont la majorité de la population est d'origine bambara, a de nouveau souligné les difficultés du gouvernement à affirmer son autorité dans une partie du pays où les djihadistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique gagnent du terrain.

Le siège a commencé il y a deux semaines lorsque les militants, qui se sont généralement rangés du côté des éleveurs peuls dans leurs conflits avec les communautés agricoles comme les Bambara, ont kidnappé plusieurs villageois et se sont heurtés aux chasseurs locaux.

Les troupes maliennes n'ont pas pu atteindre Farabougou par voie terrestre car les fortes pluies ont rendu les routes impraticables, a déclaré un habitant de la région.

Dans un communiqué, les forces armées maliennes ont déclaré qu'un avion de transport avait "mené une action humanitaire importante" lundi et mardi en larguant une cargaison de produits de première nécessité à Farabougou.

Mais un habitant d'un village voisin, qui a demandé à ne pas être nommé, a déclaré que les réserves de céréales et d'huile de cuisine étaient insuffisantes pour répondre aux besoins de la population.

"Rien n’a changé. Le village est toujours en état de siège. Personne n'entre ou ne sort", a-t-il dit.

Le centre du Mali est apparu ces dernières années comme l'épicentre de la violence islamiste et interethnique dans le pays, dans le cadre d'une détérioration plus large de la sécurité dans toute la région semi-aride du Sahel.

L'insécurité a été l'un des facteurs déterminants du coup d'État militaire du 18 août qui a renversé le président de l'époque, Ibrahim Boubacar Keita.

Le Mali pourrait-être un exemple pour la paix au Sahel?

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Un haut responsable de l'UA appelle à "explorer le dialogue" avec les extrémistes maliens

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Alger veut s'imposer comme un acteur clé dans la crise malienne

Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 19 décembre 2019 à Alger. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP)

L'Algérie veut s'imposer comme un acteur clé dans la crise au Mali, son voisin du Sud, qu'elle considère comme sa profondeur géostratégique. Mais a-t-elle les moyens de ses ambitions? Des analystes en doutent.

Alger, soucieux des risques d'instabilité à ses frontières, entend jouer un rôle actif sur la scène régionale, en Libye et au Sahel avec plus ou moins de succès.

Pour preuve, les deux visites depuis le putsch au Mali le 18 août du chef de la diplomatie algérienne Sabri Boukadoum à Bamako, le premier membre d'un gouvernement étranger à se rendre dans la capitale malienne.

Lors d'une récente visite à Alger, le ministre américain de la Défense Mark Esper a salué "le leadership constant de l'Algérie en matière de sécurité régionale" face à la menace islamiste.

"La solution au Mali sera à 90% algérienne", martèle le président Abdelmadjid Tebboune.

Pour cela, Alger veut ressusciter l'accord de paix de 2015 entre Bamako, les groupes armés pro-gouvernementaux et l'ex-rébellion indépendantiste à dominante touareg du nord, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).

Un accord négocié sous sa tutelle, en tant que chef de file de la médiation internationale, mais dont l'application déjà poussive a été paralysée par la crise politique.

Plus de trois mois se sont écoulés entre la 40e session du Comité de suivi de l'Accord en juin et une réunion de reprise de contact le 1er octobre.

"Sphère stratégique"

"Ils n'y croient sans doute pas eux-mêmes mais c'est une façon pour eux de s'imposer dans la médiation et de dire: 'Vous ne ferez rien sans nous'", dit Marc-Antoine Pérouse de Monctclos, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

"Leur ligne directrice, c'est éviter que les revendications indépendantistes des Touareg et les troubles au Mali et au Niger ne rejaillissent sur l'Algérie", résume-t-il.

C'est que le Mali est dans "la sphère stratégique" de l'Algérie, avec laquelle il partage près de 1.400 kilomètres de frontière.

"Les conflits répétés, la fragilité sécuritaire et la faiblesse de l'Etat au Mali affectent directement l'Algérie", confirme Ahmed Kerrouche, expert algérien des questions militaires.

Il rappelle la sanglante prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas (sud-est) en janvier 2013 par 32 jihadistes venus du Mali. L'opération avait été revendiquée par le groupe de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar comme des représailles à l'intervention militaire lancée par la France contre les jihadistes dans le nord du Mali.

"L'Algérie est idéalement placée pour peser de tout son poids" au Mali. "Elle en a les capacités (...), mais surtout elle en a besoin", souligne Louisa Aït Hammadouche, professeure de sciences politiques à l'Université d'Alger.

Toutefois, elle est bridée par des faiblesses structurelles: "une économie non productive, une situation politique instable et une armée puissante mais non formée à la projection de ses forces".

Cette dernière carence pourrait disparaître puisque l'Algérie s'apprête à autoriser, via un amendement constitutionnel soumis à référendum le 1er novembre, le déploiement de son armée -la deuxième plus puissante d'Afrique- à l'étranger, au sein de missions de maintien de la paix.

"D'arrache-pied"

Si l'Algérie n'est pas officiellement présente sur le terrain, elle garde une influence sur les groupes du nord du Mali, dont beaucoup de membres ont la nationalité algérienne, principalement dans la région de Kidal.

Elle détient aussi un atout avec l'accord de 2015, auquel tous les protagonistes de la crise se réfèrent, quelles que soient leurs arrière-pensées sur un processus qui n'a pas empêché une propagation des violences.

"La mise en œuvre de l'accord pour la paix et la réconciliation doit être redynamisée sans tarder", a déclaré le président malien de transition Bah Ndaw le 9 octobre lors du premier Conseil des ministres.

Les formations politico-militaires auxquelles l'accord fait miroiter des pouvoirs importants et des ressources pour les cinq régions administratives du Nord peuvent y trouver leur intérêt.

Pour participer à la transition, la CMA a expliqué avoir exigé de la junte des assurances quant à son "attachement à l'accord". Puis elle a exhorté le gouvernement de transition à "travailler d'arrache-pied" pour sa mise en oeuvre.

Si les intentions d'Alger restent difficiles à décrypter, "on devine facilement ce qu'elle ne veut pas", observe Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri): une autonomie des Touareg maliens qui pourrait inspirer les Touareg algériens, "pas de forces françaises trop près de ses frontières, pas de résolution du conflit sans s'assurer un rôle central".

"Mais derrière tous ces 'non', existe-t-il un projet positif d'une architecture de sécurité? On peine à le voir", pointe-t-il.

Plus de 20 personnes tuées au Mali

Un engin blindé de l'armée malienne, à Gao, le 9 mars 2013.

Douze civils, dont deux femmes et un enfant, et 11 militaires maliens ont été tués dans une série d'attaques mardi dans le centre du Mali, soit le plus lourd bilan dans le pays depuis le putsch du 18 août.

Ces attaques interviennent quelques jours après la libération de quatre otages -un dirigeant de l'opposition, Soumaïla Cissé, la Française Sophie Pétronin et deux Italiens- contre quelque 200 détenus réclamés par les groupes jihadistes, un échange qui n'a donc visiblement pas suscité d'accalmie sur le terrain.

Près de la frontière burkinabé, une position militaire à Sokoura, dans le cercle de Bankass, "a été attaqué par des individus armés non identifiés" vers 1 heures du matin, a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense, en faisant état d'un bilan provisoire de neuf morts dans les rangs de l'armée.

Un renfort dépêché sur les lieux "est à son tour tombé dans une embuscade au niveau du pont de la localité de Paroukou", selon le ministère de la Défense. Il précise que deux soldats ont été tués, alors qu'un bilan publié plus tôt par l'armée malienne avait fait état de trois militaires tués.

"Côté ennemi, 13 terroristes (ont été) abattus et deux véhicules détruits par l'aviation militaire", selon le ministère de la Défense.

Douze civils, des forains se rendant à la foire hebdomadaire de Bankas, ont été tués au même endroit dans des circonstances encore floues.

Selon une source policière, les forains "suivaient le renfort de l'armée", se croyant protégés, et ont ensuite été pris pour cibles par des assaillants.

Mais selon un représentant de l'Etat dans la région, le véhicule transportant les civils "se trouvait en premier position", devant les renforts militaires, dont l'arrivée a "coïncidé" avec l'attaque. Des "échanges de tirs" s'en sont suivis, a-t-il précisé en s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

En tout état de cause, 12 civils ont été tués, dont deux femmes et un enfant, selon la source policière et Oumar Guindo, un représentant des jeunes basé à Bandiagara.

L'armée a également fait état de "10 blessés" et des disparus lors de l'attaque contre les renforts. Ni le ministère, ni l'armée n'évoquent en revanche de victimes côté civil.

"Tous ces bilans sont provisoires", a souligné l'armée, qui subit là ses plus lourdes pertes depuis le putsch qui a renversé le 18 août le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Combat de "longue haleine"

Les attaques asymétriques contre l'armée ont fait 175 morts en six mois, selon les derniers rapports trimestriels de l'ONU.

"L'ennemi est connu et le vaincre est possible", a déclaré vendredi le président de transition Bah Ndaw, en référence aux groupes jihadistes.

"A défaut de gagner tout de suite cette guerre que je sais de longue haleine, nous devons remporter des victoires rassurantes", a-t-il ajouté à l'ouverture du premier Conseil des ministres du gouvernement de transition.

Les colonels qui ont renversé M. Keïta, lors d'un putsch réalisé officiellement sans effusion de sang, se sont engagés à rendre le pouvoir à des dirigeants civils élus au terme d'une période de transition d'une durée maximale de 18 mois.

Le président de transition et son vice-président, le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, ont prêté serment le 25 septembre. Deux jours après, Moctar Ouane, un ancien ministre des Affaires étrangères et diplomate de carrière était chargé de former le gouvernement de transition, annoncé le 5 octobre.

La semaine dernière, au moins cinq habitants d'un village du centre du Mali, Farabougou, dans le secteur de Niono, avaient été tués par de présumés jihadistes assiégeant leur localité.

Ces violences faisaient suite à l'enlèvement le 6 octobre lors de la foire hebdomadaire du village d'une vingtaine de personnes, dont neuf étaient retenues depuis.

Le centre du Mali est pris dans un tourbillon de violences depuis l'apparition en 2015 dans cette région d'un groupe jihadiste mené par le prédicateur peul Amadou Koufa, qui a largement recruté au sein de sa communauté.

Les affrontements communautaires se sont alors multipliés entre les Peuls, majoritairement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé des groupes d'autodéfense, en s'appuyant notamment sur les chasseurs traditionnels dozos.

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