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L'Afrique du Sud annonce une augmentation de la TVA


Cyril Ramaphosa parle devant le parlement au Cap, le 16 février 2018.

Le gouvernement sud-africain a annoncé la première augmentation de la TVA depuis la fin de l'apartheid en 1994, un pari risqué de la part du nouveau président Cyril Ramaphosa à un an des élections générales.

Cyril Ramaphosa a succédé la semaine dernière à Jacob Zuma, empêtré dans des scandales de corruption et contraint de démissionner sous la pression de son parti qui craignait une catastrophe aux élections générales de 2019.

Le nouveau président, qui a fait de la relance de l'économie et de la lutte contre la corruption ses priorités, a hérité d'un pays qui se débat avec une croissance molle, une dette qui se creuse et un taux de chômage record (27,7%).

Mercredi, le ministre des Finances de la première puissance industrielle du continent, Malusi Gigaba, a présenté un budget 2018 "difficile mais prometteur". Il a ainsi annoncé une augmentation de 14 à 15% de la TVA.

Il s'agit de la première augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée depuis 1993, a insisté le ministre devant le parlement. Elle était "inévitable si nous souhaitons maintenir l'intégrité de nos finances publiques", a-t-il justifié.

Cette augmentation, couplée à des ajustements dans les tranches d'imposition, devrait permettre à l'Etat de dégager 36 milliards de rands (2,5 milliards d'euros).

La non imposition de produits de base comme le riz et la revalorisation d'allocations sociales devraient "limiter l'impact" de l'augmentation de la TVA "sur les ménages les plus pauvres", a tenté de rassurer le ministre des Finances.

>> Lire aussi : Ramaphosa s'engage à "inverser le cours de la corruption" d'Etat

Le gouvernement a également décidé de faire passer de 7 à 9% la taxe sur les produits de luxe.

L'augmentation de la TVA est un pari pour le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, car elle devrait toucher de plein fouet les foyers noirs les plus modestes, la base électorale du parti.

Pour l'opposition, le budget 2018 "n'est rien d'autre qu'un énorme coup porté aux Sud-Africains pauvres" qui vont "payer pour les vols commis par l'ANC" pendant l'ère Zuma.

Ce budget va "saper la croissance économique et ne permettra pas de créer les emplois tant attendus", a estimé l'Alliance démocratique (DA), le principal parti d'opposition.

'Casser le cycle de la pauvreté'

"Pour les pauvres, augmenter la TVA est un problème", a estimé Co-Pierre Georg, professeur d'université du Cap. "Si vous vivez avec un budget serré et devez compter chaque rand, cela va avoir un impact sur ce que vous achetez", a-t-il ajouté à l'AFP.

Pour tenter de faire avaler la pilule de l'augmentation de la TVA, le gouvernement a décidé d'allouer 57 milliards de rands (4 milliards d'euros) au financement de la gratuité des études supérieures pour les jeunes les plus modestes, une mesure annoncée par Jacob Zuma quelques mois avant son départ.

Malusi Gigaba
Malusi Gigaba

Les étudiants issus de familles avec des revenus annuels inférieurs à 350.000 rands (24.000 euros) bénéficieront de cette nouvelle mesure, réclamée par les étudiants qui ont manifesté deux années de suite, parfois violemment, sur les campus du pays.

"Il s'agit d'un pas important pour casser le cycle de la pauvreté et réduire le chômage chez les jeunes", a estimé le ministre des Finances.

L'élection de Cyril Ramaphosa à la tête de l'Afrique du Sud a été accueillie avec soulagement par les marchés qui "pensent qu'il est bon pour l'économie", selon Ken Swettenham, analyste financier pour la compagnie d'assurances Liberty Life.

Depuis son élection, la devise nationale, le rand, s'est ressaisie.

L'Afrique du Sud a enregistré une croissance de 0,9% l'an dernier, contre 0,3% l'année précédente. Et les analystes tablent sur une croissance de 1,8% pour cette année et une inflation sous la barre des 4%.

Mais la lune de miel pourrait être de courte durée si les changements ne se concrétisent pas rapidement.

Le président Ramaphosa travaille toujours avec l'équipe de Jacob Zuma. En l'absence de remaniement immédiat, c'est donc le ministre des Finances Malusi Gigaba, allié de Jacob Zuma, qui a présenté le budget mercredi.

Il est fort probable qu'il ne survive pas au remaniement gouvernemental, mais le fait qu'il présente le budget "ne donne pas le signal aux marchés internationaux qu'il y a un changement de cap crédible", a prévenu Co-Pierre Georg.

Avec AFP

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