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Koufa, le prédicateur radical qui appelait les Peuls d'Afrique de l'Ouest au jihad

Opération conjointe des forces armées maliennes et de Barkhane menée fin juin dans le cercle de Gourma au Mali, photo publiée le 6 juillet 2018. (Twitter/Etat-Major armées)

Le chef jihadiste malien Amadou Koufa, "probablement" tué dans une opération de l'armée française, était un prédicateur enflammé et le relais de la principale alliance jihadiste du Sahel dans le centre du Mali, d'où il avait récemment appelé tous les Peuls d'Afrique de l'Ouest au jihad.

Idéologue et propagandiste plus que chef militaire, il était apparu il y a trois ans à la tête d'un groupe jihadiste dans le centre du Mali, où les violences intercommunautaires se sont depuis lors multipliées entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant majoritairement l'agriculture.

Selon Bamako et Paris, le prédicateur peul fait "probablement" partie des victimes de frappes aériennes lors d'une opération combinée des armées malienne et française contre sa base, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Amadou Diallo, de son vrai nom (Koufa est l'appellation de son village) est né dans les années 1950 ou 1960 dans la région de Niafounké (centre du Mali), au sein d'une famille peule pauvre et pieuse.

Après avoir étudié auprès d'oulémas réputés, notamment en Mauritanie, il a prêché dans toute sa région d'origine.

"Dans les années 1990-2000, les enregistrements de ses prêches s'arrachent" parmi les jeunes Peuls, séduits à la fois par sa connaissance du Coran et le fait qu'il s'exprime dans leur langue, mais aussi par sa remise en cause de l'ordre social, selon un rapport publié cette semaine par la FIDH sur les violences dans le centre du Mali.

Une image de justicier

C'est à cette époque, via le mouvement de prédication et de réislamisation Tabligh, qu'il fait la connaissance de l'ex-rebelle touareg Iyad Ag Ghaly, futur chef du groupe jihadiste Ansar Dine.

Lorsque plusieurs groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, dont Ansar Dine, s'emparent du nord du Mali en mars-avril 2012, Amadou Koufa quitte le centre du pays pour les rejoindre.

En janvier 2013, il est présent lors de la prise de Konna (centre), qui conduit la France à lancer une opération militaire internationale pour chasser les jihadistes du nord du Mali.

Au début de l'année 2015, son groupe, baptisé Front de libération du Macina, du nom d'un ancien empire peul, mais aussi connu comme la "katiba (brigade) Macina d'Ansar Dine", apparaît dans le centre du Mali.

Depuis, il diffuse des prêches enflammés qui rencontrent un écho parmi les populations peules, notamment pastorales, frappées par un sentiment d'injustice, un discours grâce auquel "Koufa élargit son audience bien au-delà des adeptes d'un islam rigoriste", selon le rapport de la FIDH.

"En prenant la défense des +pauvres+ et en tenant un discours +égalitariste+, Koufa s'est façonné une image de justicier, en opposition à l'État souvent perçu comme prédateur, mais aussi de libérateur des +cadets sociaux+ face à la mainmise des familles nobles" au sein de la société peule, souligne l'organisation.

Légitimité

Selon la FIDH, "s'il n'avait jamais déclaré parler au nom des Peuls au cours de ses nombreuses interventions passées, il semble qu'il ait récemment infléchi son discours" face aux violences subies par cette communauté, notamment de la part de chasseurs bambaras ou dogons.

Dans sa dernière vidéo, diffusée au début du mois, il appelait à faire le jihad ses "frères peuls" de tous les Peuls d'Afrique de l'Ouest, du Sénégal au Cameroun et au Nigeria.

Il y apparaît entre Iyad Ag Ghaly, chef du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda, formée en 2017, et l'adjoint de celui-ci, l'Algérien Yahya Abou El Hamame, chef de "l'émirat du Sahara" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).


Les Peuls dénoncent des exactions de la part de groupes de chasseurs, tolérées voire encouragées selon eux au nom de la lutte contre les jihadistes, par les autorités ou l'armée, ce que dément le gouvernement.

"Koufa est en quelque sorte le porte-parole du GSIM dans le centre du Mali", a affirmé samedi à l'AFP Aurelien Tobie, chercheur à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

"Il n'est pas un important chef militaire mais le GSIM a un message global et un message pour le Mali. S'il s'adresse au Mali, Koufa, originaire du centre du pays, pouvait avoir cette légitimité. C'était l'ancrage du GSIM dans la région", a ajouté le chercheur.

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Tirs d'obus et de roquettes sur des camps militaires

Les Casques bleus de l'ONU du Burkina Faso patrouillent le jour des élections à Tombouctou le 28 juillet 2013. (REUTERS/Joe Penney).

Des camps des forces étrangères et maliennes ont été visés simultanément lundi à Ménaka, Gao et Kidal (nord) par des tirs d'obus et de roquettes, a-t-on appris de sources militaires maliennes et étrangères.

Aucune victime n'a été rapportée après ce qui semble être une rare opération coordonnée contre les forces étrangères.

"A Ménaka, Gao et Kidal, les camps des forces étrangères ont été attaqués lundi matin, probablement par les mêmes terroristes, à l'aide d'obus et de roquettes. Il n'y a pas eu de victimes, mais des dégâts matériels", a déclaré à l'AFP un responsable de l'armée malienne basée dans le nord.

"Les terroristes ont tenté sans succès de mener une action coordonnée contre les camps de (la force française) Barkhane, des Casques bleus de l'ONU, contre la force européenne Takuba et contre l'armée malienne dans les localités de Gao, Menaka, et Kidal", a dit un responsable militaire étranger.

"La situation est sous contrôle dans les trois localités", a-t-il ajouté.

Une source au sein de la mission de l'ONU à Kidal a fait état d'une dizaine d'obus "qui n'ont pas fait de victimes, mais des dégâts en cours d'évaluation". Les forces de Barkhane sont stationnées dans le même camp.

Sollicité par l’AFP, l’état-major français n’avait toujours pas réagi à ces informations lundi en fin de matinée.

L'attaque de Kidal a été précédée par le passage autour du camp d'un groupe d'hommes à moto avant l'aube, a dit un agent de sécurité du camp. "C’est après leur passage qu’il y a des tirs de roquettes et mitrailleuses. Pas de morts mais des dégâts matériels importants", a-t-il dit.

Le nord est l'un des foyers des violences et des agissements jihadistes auquel le Mali est en proie depuis 2012, malgré l'engagement de forces onusiennes, étrangères et françaises.

Sahel : "avec les terroristes, on ne discute pas" selon le président Macron

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une conférence de presse à l'ouverture d'une réunion des forces du G5 Sahel à Nouakchott en Mauritanie le 2 juillet 2018.

Le président français Emmanuel Macron a martelé vendredi l'opposition complète de la France, engagée militairement au Sahel, à toute négociation avec les jihadistes, alors que ce sujet fait débat dans la région, notamment au Mali.

"Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat", a-t-il lancé dans un entretien avec l'hebdomadaire Jeune Afrique.

"Il faut s'inscrire dans la feuille de route claire que sont les accords d'Alger", a souligné Emmanuel Macron en référence à l'accord de de paix conclu en 2015 entre le pouvoir central malien, les groupes armés pro-Bamako et l'ex-rébellion à dominante touareg du nord du Mali.

"Ceux-ci prévoient un dialogue avec différents groupes politiques et autonomistes. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut dialoguer avec des groupes terroristes, qui continuent à tuer des civils et des soldats, y compris nos soldats", a-t-il ajouté.

Cet accord ne concerne pas les groupes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou à l'organisation Etat islamique (EI) qui poursuivent, voire intensifient leurs actions depuis cinq ans, faisant des centaines de morts.

Le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane, a toutefois souligné lors d'une visite du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, le 26 octobre à Bamako, que le "dialogue national inclusif", vaste concertation du pays tenue fin 2019, avait "très clairement indiqué la nécessité d'une offre de dialogue avec les groupes armés" jihadistes.

"Je constate simplement que les autorités de transition ont réitéré leur volonté de lutter avec efficacité contre le terrorisme", a préféré relever Emmanuel Macron.

Le président français a par ailleurs indiqué qu'il aurait, "dans les prochains mois des décisions à prendre pour faire évoluer Barkhane", la force française de plus de 5.000 hommes présente au Sahel. Une décision était jusqu'ici attendue d'ici la fin de l'année.

Près d'un an après l'envoi de 600 soldats supplémentaires au Sahel pour reprendre l'avantage face aux jihadistes, Paris est sur le point de réduire le nombre de militaires déployés, avaient indiqué début novembre des sources concordantes à l'AFP.

"J'ai besoin d'une réitération claire du souhait de nos partenaires de voir la France rester à leurs côtés", a souligné le chef de l'Etat, qui avait déjà demandé un tel engagement à ses homologues du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) au sommet de Pau (sud-ouest de la France) en janvier.

Barkhane doit se "recentrer vraiment sur nos ennemis, l'EIGS et les groupes strictement terroristes", a souligné le chef de l'Etat en référence à l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) qui s'inscrit dans la nébuleuse de l'EI, et que Paris et ses alliés du G5 Sahel avaient déjà désigné comme cible principale au sommet de Pau.

Il n'a en revanche pas cité le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim, selon l'acronyme arabe) dirigé par le chef touareg malien Iyad Ag Ghaly, affilié à Al-Qaïda.

Il faut également "accélérer la montée en puissance des armées du G5 Sahel" et "internationaliser notre présence" en y associant d'autres pays européens, a-t-il rappelé.

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