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Kaduna, région explosive en période électorale

Dio, un agriculteur adara voisin d'Unguwar Busa, l'une des colonies peuls attaquées la semaine dernière, dans une cabane à Kaduna le 22 février 2019.

Le district de Kajuru, à 30 kilomètres de la grande ville de Kaduna, dans le nord du Nigeria, était une succession de villages de l'ethnie des Adara, fermiers chrétiens, et de campements peulhs d'éleveurs. Mais depuis les massacres du 11 février, c'est une région de désolation.

Kaduna, région explosive en période électorale
Kaduna, région explosive en période électorale

En s'enfonçant vers le hameau d'Unguwar Busa, après plusieurs heures de pistes de terre sèche, les cases rondes en torchis des peulhs ne sont plus que des murs noircis par les flammes.

Des carcasses de motos brûlées, des casseroles calcinées ou encore des lits dont il ne reste que l'ossature en ferraille jonchent le sol dans un silence de mort.

On s'étonnerait presque d'entendre quelques oiseaux ou des grillons au milieu de la brousse poussiéreuse. Ils rappellent qu'il y a encore quelques jours, il y avait de la vie à Unguwar Busa.

A la veille de l'élection présidentielle prévue samedi 16 février et finalement reportée d'une semaine, le gouverneur de l'Etat de Kaduna avait annoncé 66 morts entre éleveurs musulmans et leurs voisins de l'ethnie adara.

Puis, quelques jours plus tard, il a surenchéri avec un bilan de 130 morts. Mais la vérité est que personne ne connaît le bilan exact, ni ne sait ce qu'il s'est vraiment passé. Il existe autant d'histoires que d'hommes dans ces régions reculées.

Le directeur de la police locale, Ahmad Abdulrahman, s'est d'ailleurs bien gardé de confirmer ce bilan.

"Ça peut être plus, ça peut être moins dans une crise de cette ampleur, il vaut mieux attendre les résultats de l'enquête pour avancer des chiffres", a-t-il asséné lors d'un point presse, pour tenter de calmer les esprits, déjà échauffés par la campagne électorale.

Selon les témoignages récoltés sur place par l'AFP, une dizaine d'agriculteurs adara auraient été tués le 10 février à quelques kilomètres de là.

Le pasteur Yohanna Buru affirme qu'il s'agissait d'une vengeance après que deux peulhs nomades aient été tués "après avoir fait intrusion dans une ferme avec leurs troupeaux".

Fusils et machettes

Le lendemain, des assaillants armés de fusils traditionnels, de machettes, et le visages masqués ou marqués au charbon ont fait irruption à Unguwar Busa, attaquant dans la foulée une dizaines d'autres campement peuls.

"Nous ne savons pas qui a attaqué les peulhs", confie Dio Dogara, un des rares habitants restés dans les environs.

"Nous vivons ensemble depuis plus d'un demi-siècle. Ce qui s'est passé est terrible. Même les nôtres (les chrétiens, ndlr) ont fui le village".

Husaina Saidu, enceinte de huit mois, a été transportée jusqu'à l'hôpital de Kaduna, où elle soigne ses blessures.

Mais sa plus grande peine est de ne pas savoir où est son mari. Est-il mort, enterré dans une fosse commune ? A-t-il réussi à s'enfuir ? Des dizaines d'autres de ses voisins peuls sont toujours portés disparus.

"Les assaillants sont entrés dans notre maison et ont commencé à tirer partout. Dans la panique, j'ai du me sauver en courant avec mes enfants", peine à articuler la jeune femme de 25 ans.

Les médecins ont du opérer son aîné de quatre ans, Ibrahim, pour extraire de son ventre treize fragments de balles artisanales.

Ces témoignages sont malheureusement devenus courants dans toute la ceinture centrale du pays, région agricole fertile.

Les affrontements entre éleveurs musulmans et fermiers chrétiens, qui ont fait près de 2.000 morts en 2018 et des centaines de milliers de déplacés, divisent un peu plus le pays le plus peuplé d'Afrique (190 millions d'habitants).

Dans ce pays très religieux, mosaïque de plus de 200 groupes ethniques, la moindre rumeur ou la moindre étincelle est potentiellement explosive.

Jeu dangereux

Et si plus personne ne remet en doutes les terribles violences à Kajuru, beaucoup reprochent au gouverneur Nasir El-Rufai de mettre de l'huile sur le feu à la veille des élections générales, en rapportant un bilan incertain et ne parlant que des pertes côté peulh.

Le gouverneur El-Rufai, tout comme le président Muhammadu Buhari, dont il est un allié fidèle, est tout comme lui, musulman du nord. Ils ont été accusés d'inaction, voire même de favoriser leur communauté haoussa-peulh à des fins électorales, laissant le conflit s'enliser.

Un jeu dangereux, surtout à Kaduna, qui avait été le foyer de très graves violences électorales en 2011, et où des centaines de chrétiens avaient été massacrés après la défaite de Buhari, face au chrétien Jonathan Goodluck.

Cette année, les deux candidats en lice pour la présidentielle de samedi sont tous deux des musulmans du nord et ces violences ne sont pas directement liées à la campagne.

Mais dans l'Etat de Kaduna, région écrasée par un chômage de masse, une démographie galopante et une extrême pauvreté généralisée, la moindre dispute peut tourner au bain de sang.

Mi-octobre, une dispute sur le marché de Kasuwan Magani (dans le même district de Kajuru) avait déjà fait au moins 55 morts entre jeunes musulmans et chrétiens.

"Il avait suffi d'un au voleur lancé par quelqu'un et des tirs avaient éclaté", se rappelle Tijani Mohammed Lawal, un des principaux leaders musulmans de la région.

"Les violences ne sont pas nouvelles, mais avant nous arrivions à les régler entre nous", affirme M. Lawal. "Le problème, c'est que les anciens n'ont plus aucun contrôle sur la jeunesse".

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Enterrement des 43 fermiers massacrés dans l'État de Borno

Enterrement des 43 fermiers massacrés dans l'État de Borno
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Trois mille déplacés de Boko Haram reconduits chez eux malgré la tuerie du weekend

Des femmes marchent dans le camp de déplacés d'El-Miskin à Maiduguri au Nigeria le 20 août 2020.

Les évacuations massives des camps des personnes déplacées par le conflit contre Boko Haram se poursuivaient lundi malgré la terrible tuerie du week-end dans le nord-est du Nigeria, "la plus violente de l'année" contre des civils selon l'ONU. 

Boko Haram et sa branche dissidente, le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), continuent de semer la terreur dans le nord-est du Nigeria. Des civils y ont été "froidement tués" samedi alors qu'ils travaillaient dans une rizière, selon les Nations unies. L'ONU avait avancé dimanche un bilan de 110 morts, mais est revenue lundi sur ce nombre, confirmant à ce stade "plusieurs dizaines" de morts, dans un nouveau communiqué.

Le gouverneur de l'Etat de Borno, qui a assisté aux obsèques, a fait savoir de son côté que "plus de 70 personnes" avaient péri et que la localité, à une vingtaine de kilomètres de Maiduguri, la capitale de l'Etat, comptait encore de nombreux disparus.

C'est dans ce contexte que 500 familles, soit environ 3.000 personnes, ont été conduites en bus de Maiduguri, où elles s'étaient réfugiés, il y a six ans pour la plupart, jusqu'à Marte, à 130 kilomètres de là, d'où elles sont originaires.

"Conformément aux directives données par le gouverneur Babagana Zulum concernant l'évacuation des déplacés dans leur communauté désormais sécurisée, nous procédons à la première phase de relogement vers Marte", a fait savoir l'Agence nationale de gestion des urgences (NEMA) dans un communiqué.

Environ 2 millions de personnes ont dû fuir leur domicile depuis le début du conflit en 2009, qui a fait plus de 36.000 morts.

Le gouverneur du Borno s'est engagé à reloger les déplacés du conflit chez eux malgré les menaces sécuritaires, affirmant qu'il n'est plus possible financièrement de les prendre en charge dans des camps protégés par l'armée et où ils vivent de distributions alimentaires.

Les déplacés étaient pour la plupart satisfaits de rentrer chez eux, selon les témoignages recueillis par l'AFP, mais la tuerie de samedi inquiète.

"Nous devons retourner chez nous et retrouver nos fermes et nos terres, mais nous espérons que le gouvernement va nous protéger des rebelles", a déclaré à l'AFP Bukar Kyarimi, l'un des déplacés.

Marte, considérée comme le grenier à blé du nord-est du Nigeria et située près des rives du lac Tchad, est particulièrement stratégique alors que les autorités et les Nations Unies s'inquiètent d'une grave crise alimentaire.

Mais cette région est également proche des territoires contrôlés par l'Iswap.

Les agriculteurs, pêcheurs ou bûcherons sont régulièrement pris pour cible par les jihadistes, qui les accusent de transmettre des informations à l'armée ou de ne pas leur payer les taxes qu'ils leur imposent pour exercer une activité économique et agricole.

Au moins 43 personnes tuées près de Maiduguri

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Au moins 43 ouvriers agriculteurs nigérians tués

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Enterrement des 43 fermiers tués dans l'État nigérian de Borno

Enterrement de masse à Zabarmari, dans la zone du gouvernement local de Jere, dans l'État de Borno, au nord-est du Nigeria, le 29 novembre 2020.

Les populations de l'État de Borno, au nord-est du Nigeria, ont enterré dimanche 43 fermiers tués lors d'une attaque perpétrée la veille par de militants islamistes présumés.

Les forces de sécurité recherchent encore des dizaines d’autres personnes, portées disparues.

Environ 30 des hommes tués ont également été décapités lors de l'attaque, qui a débuté samedi matin dans le village de Zabarmari, dans le nord-est de l'État de Borno. Les habitants ont déclaré que l'on craignait la mort de 70 personnes au total.

Bien qu'aucun groupe n'ait revendiqué cette attaque, de tels massacres ont été perpétrés dans le passé par Boko Haram ou par l'État islamique de la province d'Afrique de l'Ouest. Ils sont tous deux actifs dans la région, où les militants islamistes ont tué au moins 30 000 personnes au cours de la dernière décennie.

Le président nigérian Muhammadu Buhari a condamné ces meurtres et a déclaré que "le pays tout entier est blessé".

À Zabarmari, des dizaines de personnes en deuil ont entouré les corps, qui ont été enveloppés dans des linceuls blancs et placés sur des palettes en bois, tandis que des religieux menaient les prières pour les défunts.

Un habitant du village et l’ONG Amnesty International ont déclaré que dix femmes figuraient parmi les disparus.

Le gouverneur de l'État de Borno, Babagana Zulum, s'exprimant lors des funérailles, a appelé le gouvernement fédéral à recruter davantage de soldats, de membres de la Force opérationnelle interarmées civile et de combattants de la défense civile pour protéger les agriculteurs de la région.

Il a décrit les choix désespérés auxquels les gens sont confrontés. "D'un côté, ils restent chez eux, ils peuvent être tués par la faim et la famine, de l'autre, ils vont sur leurs terres agricoles et risquent de se faire tuer par les insurgés", a-t-il déploré.

Les prix des denrées alimentaires au Nigeria ont augmenté de façon spectaculaire au cours de l'année dernière, en raison des inondations, de la fermeture des frontières et de l'insécurité dans certaines zones de production agricole.

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