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Les pêcheurs sénégalais bienvenus à nouveau dans les eaux mauritaniennes

Le ministre de la Pêche en pleine séance d'explication au quartier Guet Ndar, au Sénégal, le 4 février 2018. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Après des années de tensions avec les garde-côtes mauritaniens, les pêcheurs du Sénégal peuvent à nouveau jeter leurs filets dans les eaux réputées très poissonneuses de leur voisin du nord, grâce à l'entrée en vigueur d'un accord négocié au plus haut niveau entre Dakar et Nouakchott.

"Avant, on pêchait illégalement dans les eaux mauritaniennes. On n'était pas rassurés et on prenait la fuite quand on apercevait une lampe de garde-côtes. L'accord nous a ramené la paix", explique à l'AFP Amadou Wade, capitaine sénégalais d'une pirogue de la ville frontalière de Saint-Louis (nord), en débarquant sa cargaison de sardinelles sur la plage des pêcheurs de la capitale mauritanienne, Nouakchott.

Les pêcheurs sénégalais sont confrontés depuis des années à une raréfaction de la ressource halieutique dans leur pays, due notamment à une surexploitation. Ils dépendent en partie des eaux des pays voisins, voire plus éloignés comme le Liberia.

A Saint-Louis, l'importante communauté de pêcheurs se tourne traditionnellement vers la Mauritanie. Mais, ces dernières années, les pêcheurs de l'ancienne capitale du Sénégal refusaient de faire immatriculer leurs embarcations en Mauritanie ou d'y débarquer une partie de leurs captures. Pour les autorités mauritaniennes, ce refus constituait du vol pur et simple.

- Pêcheur tué -

Le 29 janvier 2018, des garde-côtes mauritaniens avaient tiré sur une pirogue transportant neuf pêcheurs sénégalais, tuant un de ses jeunes occupants. A Saint-Louis, les pêcheurs avaient laissé éclater leur colère et s'en étaient pris à des boutiques tenues des Mauritaniens.

Deux ans et demi après, Dakar et Nouakchott ont fini par régler leur différend mi-2018, sous l'égide du président sénégalais Macky Sall et de son homologue mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Pour le Sénégal, le secteur de la pêche est un important pourvoyeur d'emplois, tandis que les Mauritaniens, à la faible tradition de pêche, n'ont pas la flotte nécessaire pour alimenter le marché local, alors que la consommation de poisson, autrefois marginale, entre de plus en plus dans les habitudes alimentaires.

Les deux pays avaient en outre tout intérêt à réchauffer leurs relations, à quelques années du début de l'exploitation en commun d'un important champ gazier off-shore situé à cheval sur leur frontière.

Avec la nouvelle convention, entrée en vigueur fin janvier, les pêcheurs sénégalais bénéficient désormais de 400 licences mauritaniennes et d'un quota annuel de 50.000 tonnes de poissons de pleine mer, dont les sardinelles, les chinchards, les ethmaloses et les anchois.

En échange, le Sénégal doit verser à la Mauritanie 15 euros pour chaque tonne de poisson pêchée, dont 10 euros dus par les pêcheurs et cinq euros par l'Etat du Sénégal.

Dakar a également accepté que les pirogues soient inspectées en Mauritanie avant de poursuivre leur route jusqu'à leur port d'attache et que 6% des captures soient réservées au marché mauritanien, où les prix n'avaient cessé de monter depuis 2015.

- Renégociation -

Côté mauritanien, le retour des pirogues sénégalaises est considéré comme une bénédiction par l'industrie du poisson.

"Les quantités vont augmenter, tout le monde va en bénéficier", estime Yeslem Ould Abdallahi, gérant d'un centre de traitement des poulpes, calmars et seiches à Nouakchott.

Selon lui, "le petit artisan qui traitait 50 kg par jour en aura 100 et les sociétés passeront d'une à deux ou trois tonnes". "L'Etat y gagnera également", grâce à l'augmentation des taxes à l'exportation.

"A Nouakchott, 52 sociétés qui étaient à l'arrêt ou ne tournaient qu'à 10 ou 20% de leur capacité vont passer à 80%", se réjouit un responsable de la Fédération des professionnels mauritaniens de la pêche (FPMP), Mohamed Yahya. Pour lui, le quota de 6% (24 pirogues sur 400) reste trop faible. Mais, selon l'accord, les armateurs mauritaniens pourront affréter des pirogues sénégalaises supplémentaires pour faire tourner les usines à plein régime.

Au Sénégal, des adversaires du président sortant Macky Sall à la présidentielle de dimanche lui ont reproché d'avoir lâché trop de lest. Parmi eux, l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, a plaidé pour des "quotas de pêche plus importants", tandis que le candidat du parti Pastef-Les Patriotes, Ousmane Sonko, promet de "suspendre" les accords afin d'entamer une "renégociation", selon un proche conseiller.

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Au Sénégal, la friperie, c'est chic et pas cher

Un grossiste transporte un sac de vêtements de seconde main à son stand du marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements de seconde main de la capitale sénégalaise, le 25 juin 2019.

Sur le marché de Colobane, place tentaculaire au coeur de Dakar, les marchands de fripe négocient depuis l'aube au milieu de centaines de petites échoppes de "feugue-diaye", terme qui désigne en wolof les vêtements de seconde main importés par milliers de tonnes chaque année au Sénégal.

Les Etats-Unis sont en tête du classement mondial des exportateurs de fripes, avec plus de 756.000 tonnes en 2018. La France, en neuvième position, a exporté l'an passé 69.000 tonnes de vêtements usagés vers l'Afrique, son premier marché.

"Si tu veux des vêtements de marque pas chers, c'est ici qu'il faut venir", lance Mamadou Sarr, un grossiste de 23 ans qui dès cinq heures du matin défait sur son étal en bois des balles de vêtements recyclés. "Tout ça vient d'Angleterre", sourit-il en désignant une pile de jeans délavés.

Pour obtenir ces pantalons, vendus par petite balle de 45 kg, l'ancien vendeur ambulant a déboursé entre 50.000 et 70.000 francs CFA (entre 76 et 106 euros).

Mamadou Sarr, 23 ans, grossiste en vêtements d'occasion prépare son stand au marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements d'occasion de la capitale sénégalaise, Dakar, le 25 juin 2019.
Mamadou Sarr, 23 ans, grossiste en vêtements d'occasion prépare son stand au marché de Colobane, le plus grand marché de vêtements d'occasion de la capitale sénégalaise, Dakar, le 25 juin 2019.

Les détaillants qui s'affairent parmi les quelque 300 tables des grossistes, invisibles de la rue, cherchent la perle rare, comme les maillots de football, très prisés par la jeunesse africaine.

"Le vendeur qui m'achète un T-shirt à 300 francs CFA (0,45 euro), il peut le revendre à 500, 700, 800 dans sa boutique", à l'autre bout du marché, déclare le jeune Sénégalais.

Après avoir payé les intermédiaires, les frais de douane et de transport, Mamadou et son grand frère peuvent gagner jusqu'à 450.000 francs CFA (environ 675 euros) "pour les meilleurs mois", soit plus de huit fois le salaire minimum sénégalais.

Vocation sociale

Au Sénégal, les grossistes s'approvisionnent notamment auprès du "Relais", qui leur fournit quelque 500 tonnes par an de vêtements triés en France.

Acteur majeur du secteur en France, cette entreprise à vocation sociale est également implantée depuis 2006 à Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de la capitale, où ses 51 employés se chargent de trier de 200 à 250 tonnes de vêtement supplémentaires.

"Ce sont des balles de vêtements mélangés qui arrivent ici dans notre entrepôt", explique à l'AFP la numéro deux du groupe au Sénégal, Virginie Vyvermans.

Les pièces sont triées selon leurs catégories (robes, chemises, etc.), puis en fonction de leur qualité et de leur niveau d'usure. "Il y a des marchandises qui n'ont pas forcément de valeur, mais nous voulions créer de l'emploi avant tout", souligne Mme Vyvermans.

Une photo prise le 25 juin 2019 montre des ballots de vêtements de seconde main prêts à être envoyés à des grossistes au centre de recyclage de textiles de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal.
Une photo prise le 25 juin 2019 montre des ballots de vêtements de seconde main prêts à être envoyés à des grossistes au centre de recyclage de textiles de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal.

Les bénéfices sont investis dans des projets locaux de développement et dans les salaires des employés, majoritairement des femmes, toutes en CDI.

"Cela m'a permis d'inscrire mes enfants à l'école privée et d'acheter un terrain pour ma maison", explique l'une d'elles, Marie-Hélène Marome.

A l'ouverture du centre de tri du Relais, Aliou Diallo, un ancien épicier de 34 ans originaire de la ville voisine de Thiès, s'est reconverti.

"Pour moi, c'était une chance", explique le chef d'entreprise, qui emploie 30 personnes dans ses sept boutiques de Thiès et dans des entrepôts disséminés au Sénégal.

"On peut acheter des robes, des jeans, des T-shirts à bas prix, de grandes marques. Ils sont plus résistants que ceux de fabrication chinoise", commente Binta, 29 ans, une habituée, en fouillant parmi les tas de vêtements qui débordent de cartons entreposés à même le sol.

"Travail risqué"

Depuis les années 1980, "les tarifs douaniers ont été considérablement abaissés et les restrictions quantitatives supprimées, ce qui a ouvert la porte à des importations massives de friperie", souligne l'économiste Ahmadou Aly Mbaye, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar.

Dans le même temps, les entreprises du secteur textile et de l'habillement "ont disparues du Sénégal et des autres pays de la sous-région", dit-il, en soulignant que s'il fallait relancer un secteur "dynamique" de la confection, "les importations massives de friperie seraient un obstacle total".

Surtout présents dans le secteur informel, les métiers du vêtement recyclé n'offrent pas que des avantages, relève encore l'économiste, en citant un "niveau de précarité élevé", des revenus "plus réduits que dans le secteur formel" et de plus grands risques d'accidents du travail.

Une pile de vêtements de seconde main au centre de recyclage du textile de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal, le 25 juin 2019
Une pile de vêtements de seconde main au centre de recyclage du textile de l'entreprise sociale française "Le Relais" à Diamniadio, au Sénégal, le 25 juin 2019

La rubrique économie du 25 juin avec Claire Morin-Gibourg

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Démission du frère de Macky Sall

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Soupçonné de corruption, le frère de Macky Sall démissionne

Aliou Sall, frère du président sénégalais Macky Sall, lors d'une conférence de presse à Dakar, au Sénégal, le 3 juin 2019.

Le frère du président sénégalais Macky Sall a annoncé lundi avoir démissionné de son poste à la tête de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) après avoir été mis en cause dans une affaire de corruption par une enquête de la BBC diffusée au début du mois.

Selon la chaîne britannique, une société dirigée par Aliou Sall a touché en 2014 un pot-de-vin de 250.000 dollars de Frank Timis, un homme d’affaires australo-roumain dont la société, Timis Corporation, a remporté deux contrats gaziers.

L’affaire a fait les gros titres de la presse sénégalaise ces dernières semaines et provoqué des manifestations à Dakar, jetant une ombre sur le début du deuxième mandat de Macky Sall. La justice sénégalaise a ouvert une enquête.

Ce scandale a des implications internationales, le géant pétrolier britannique BP ayant accepté en 2017 de verser 250 millions de dollars à Timis Corporation pour obtenir une participation dans les gisements de gaz naturel. BP a assuré avoir pris toutes ses précautions avant de signer le contrat. Timis nie toute malversation.

Aliou Sall, qui nie avoir accepté un pot-de-vin, a dénoncé dans un communiqué une campagne de dénigrement visant à faire de lui “l’ennemi public numéro un”.

Avec Reuters

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