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Irak : acculé à Mossoul, l'EI fait diversion en attaquant Kirkouk


Attaque de militants du groupe Etat Islamique à Kirkouk, en Irak, le 21 octobre 2016.

Au cinquième jour d'une offensive irakienne appuyée par la coalition internationale sur Mossoul, le grand bastion du groupe Etat islamique (EI) dans le nord de l'Irak, les jihadistes tentaient de faire diversion en attaquant Kirkouk, plus à l'est.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'EI a lancé des attaques coordonnées, multipliant combats et attentats suicide qui ont fait au moins 22 morts; et en soirée les forces irakiennes étaient toujours aux prises avec les combattants du "califat".

Au moins cinq kamikazes ont visé plusieurs bâtiments gouvernementaux, dont le QG de la police, tandis qu'une centrale électrique en chantier située dans la province de Kirkouk a également été attaquée. Quatre Iraniens qui y travaillaient ont été tués.

Cette guérilla urbaine se déroule à huis-clos, les responsables locaux ayant décrété un couvre-feu total, et les journalistes présents sur place sont désormais dans le viseur des jihadistes. L'un de leur tireurs embusqués a ainsi abattu un reporter d'une chaîne locale, Ahmed Hajer Oglu, 30 ans et père de deux enfants, alors qu'il couvrait les violences à Kirkouk où cohabitent plusieurs communautés religieuses.

La ville est située dans une région pétrolière, à un peu plus de 150 km au sud-est de Mossoul, objectif d'une offensive menée conjointement par les forces kurdes (peshmergas) et irakiennes, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis.

- Cellules dormantes réactivées -

La route vers Mossoul et la bataille pour en déloger les soldats de l'EI qui s'y sont installés lors d'une percée éclair sera longue, ont déjà prévenu responsables irakiens et étrangers. Sur le terrain, les cohortes de peshmergas légèrement armés et les convois de blindés de l'armée et des unités d'élite du contre-terrorisme irakien progressent lentement et prudemment sur des terrains minés. Les jihadistes de l'EI laissent derrière eux des bombes en bordure des routes et parsèment le chemin des forces irakiennes de voitures piégées conduites par des kamikazes.

Acculé, l'EI tente désormais d'ouvrir un nouveau front et a réveillé des cellules jihadistes dormantes à Kirkouk, affirme à l'AFP le gouverneur de la province de Kirkouk, Najmeddin Karim.

Un correspondant de l'AFP a vu dans cette ville neuf jihadistes, "vêtus à l'afghane" et portant des grenades et fusils.

Des témoins ont entendu des explosions et des tirs toute la matinée alors que des télévisions locales ont montré des images d'affrontements dans plusieurs quartiers.

"Au moment de la prière du matin, j'ai vu des jihadistes entrer dans la mosquée Al-Mohammadi", rapporte à l'AFP Haidar Abdel Hussein. "Ils ont crié dans des haut-parleurs 'Dieu est le plus grand' et 'l'EI vaincra'", poursuit cet enseignant qui vit dans le quartier de Tesaeen.

Les jihadistes ne semblent pas cependant disposer de véhicules ou d'équipements lourds.

"Nous travaillons sans relâche pour éliminer ces cellules terroristes", indique à l'AFP le colonel Arkan Hamed, de la police provinciale. "Seule la présence de tireurs embusqués nous empêche d'en finir tout de suite".

L'EI, via son agence de propagande Amaq qui a revendiqué une série d'attentats suicide, affirme, lui, "attaquer Kirkouk depuis tous les axes et contrôler presque la moitié de la ville". Des allégations que témoins et responsables jugent exagérées.

Au sud de Kirkouk, à Dakouk, dans un incident séparé, 15 femmes qui participaient à des commémorations chiites ont été tuées dans un raid aérien sur le lieu de culte où elles étaient réunies. Cinquante autres ont été blessées.

Alors que l'EI se prépare à défendre Mossoul, la ville où son chef Abou Bakr al-Baghdadi a déclaré en 2014 un "califat" sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, il ne semble pas en mesure de lancer des contre-offensives terrestres d'envergure, comme il a pu le faire dans un passé récent.

- De plus en plus d'attaques -

"Mais ils vont de plus en plus avoir recours aux attaques terroristes et revenir à la tactique d'une organisation purement insurrectionnelle", prévient David Witty, un analyste et ancien officier des forces spéciales américaines.

Face à eux, la communauté internationale semble déterminée à faire front commun. Vendredi à Ankara, Américains et Turcs, dont les conseillers militaires sont disséminés sur différents fronts du nord irakien, se sont dits décidés à maintenir une "étroite coordination" pour "infliger une défaite durable" à l'EI.

Avant Mossoul, peshmergas et forces irakiennes doivent encore prendre de nombreuses villes et localités. Vendredi, ils progressaient à Bartalla, ville majoritairement chrétienne à une dizaine de km à l'est de Mossoul.

Au sud, les forces irakiennes remontent par la vallée du Tigre, le grand fleuve qui arrose Mossoul, reprenant village après village, la plupart déjà désertés par leurs habitants.

Partout, des camps de déplacés se montent, couvrant de vastes plaines de tentes blanches et d'installations métalliques en prévision de la bataille à venir et alors que quelque 1,5 million de civils sont toujours piégés à Mossoul, où entre 3.000 et 4.500 jihadistes seraient retranchés et pourraient s'en servir comme boucliers humains.

Selon les Nations unies, seulement 5.640 déplacées ont été comptabilisés durant les trois premiers jours de l'offensive sur Mossoul mais l'ONU s'attend à ce que "le nombre de personnes vulnérables tentant de se déplacer vers des zones sûres augmente à mesure que les combats se rapprochent des zones urbaines".

Avec AFP

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