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Formation anti-harcèlement pour les élus américains


Manifestations contre le harcèlement sexuel, #MeToo March, Hollywood, Los Angeles, Californie, le 12 novembre 2017.

La Chambre des représentants américaine votera mercredi une formation obligatoire contre le harcèlement sexuel pour les élus et leurs collaborateurs, se pliant à ce que les entreprises du pays font depuis longtemps, sans toutefois une grande efficacité, jugent des experts.

Les formations pour tenter de prévenir le harcèlement sexuel dans le monde du travail existent depuis quelques décennies aux Etats-Unis. Questionnaires en ligne, vidéos, appel à des avocats détaillant ce que dit la loi, la plupart des entreprises se sont efforcées au fil du temps de sensibiliser leurs employés à ce problème persistant.

"Airbus Americas dispense des formations à tous ses salariés dont une consacrée au harcèlement sexuel", témoigne ainsi Clay McConnell, responsable de la communication du constructeur aéronautique, qui entend promouvoir "un environnement sain".

La formation, en ligne, décrit la loi, présente ce que le harcèlement sexuel recouvre. Elle s'appuie également sur des études de cas, avec à l'issue un test pour s'assurer que l'employé a parfaitement intégré les messages clés. "Il y a zéro tolérance pour le harcèlement sexuel au sein de notre entreprise", ajoute M. McConnell.

"Le harcèlement sexuel est répandu dans toutes les entreprises de tout le pays et dans tous les secteurs: dans l'industrie, le commerce, l'hôtellerie, etc. Il concerne les ouvriers comme les employés de bureaux. On l'observe partout depuis plus de 30 ans", déplore pourtant Christine Saah Nazer, porte-parole de l'EEOC, un organisme public chargé de promouvoir l'égalité dans le monde du travail et qui propose des formations pour lutter contre ce fléau.

Mme Saah Nazer observe que le problème est plus répandu dans certaines entreprises comme celles où il y a de grandes disparités de fonctions et de salaires et où un supérieur hiérarchique se croit ainsi autorisé à "exploiter" des femmes mal payées.

Elle note aussi le cas des employés qui rapportent beaucoup d'argent à l'entreprise et qui bénéficient de ce fait d'une certaine impunité.

- Culture d'entreprise -

"Les entreprises qui encouragent la consommation d'alcool comme les sociétés de communication, les cabinets d'avocats ou encore les sociétés du secteur de la finance" sont eux aussi très largement concernés, explique-t-elle. "Dans ces entreprises, il est très courant d'aller déjeuner et de boire quelques verres" favorisant le harcèlement, selon elle.

Pour Eden King, psychologue à l'Université Rice au Texas, le harcèlement sexuel est exacerbé dans les entreprises où les hommes sont les plus nombreux avec des préjugés, hérités de l'enfance, sur les hommes plus puissants que les femmes.

"Nous devons faire évoluer le rôle des hommes et des femmes dans la société. Et changer les attentes de la société des garçons et des filles y contribue sans aucun doute", estime-t-elle tout en concédant que "la tâche est immense".

S'agissant des formations anti-harcèlement sexuel, elle les juge pour la plupart inefficaces. "Clairement, ce n'est pas suffisant de dire aux gens ce que sont les lois. Il faut changer la culture d'entreprise".

Christine Saah Nazer concède également que les formations se sont révélées inefficaces. L'EEOC a mené une longue enquête entre avril 2015 et juin 2016 où il apparaît que le harcèlement sexuel au travail est non seulement persistant mais encore probablement sous-estimé dans la mesure où les victimes ne portent pas plainte la plupart du temps par crainte de représailles.

A l'issue de cette enquête, l'EEOC concluait la nécessité de changer en profondeur l'approche en matière de formation contre le harcèlement dans les entreprises. Depuis, l'organisme propose des formations d'un nouveau genre.

Fini les discours sur ce que dit la loi. Il s'agit à présent de centrer les formations sur des études de cas avec des solutions concrètes.

"Tout le monde sait que le harcèlement sexuel est illégal. Il faut désormais insuffler une nouvelle culture d'entreprise", commente Mme Saah Nazer, une culture basée sur la promotion du respect des uns des autres. Désormais il ne s'agit pas tant de lister ce qu'il ne faut pas faire que d'inculquer ce qu'il convient de faire en cas de harcèlement, que l'employé soit victime ou témoin.

Avec AFP

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