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Etat d’urgence décrété en Gambie


Gambia's Vice President Isatou Njie-Saidy welcomes Nigeria's President Muhammadu Buhari with Gambia's President Yahya Jammeh in Banjul, Gambia, Jan. 13, 2017.

Un décret annonçant l'instauration de l’état d'urgence pour 90 jours selon le décret du président Yahya Jammeh

L’état d’urgence durera trois mois, selon le décret du président sortant Yahya Jammeh qui refuse de céder le pouvoir à Adama Barrow donné vainqueur à la présidentielle de décembre dernier.Dans une déclaration télévisée, M. Jammeh a dénoncé "un niveau d'ingérence étrangère exceptionnel et sans précédent" dans le processus électoral et les affaires de le Gambie, ainsi que "l'atmosphère hostile injustifiée qui menace la souveraineté, la paix et la stabilité du pays".

- 'Prier pour la paix' -

Auparavant, quatre nouveaux ministres s'étaient joints à ceux qui ont déjà quitté le gouvernement.

Les derniers en date sont les titulaires des Affaires étrangères, des Finances, du Commerce, et du Tourisme, qui ont tous démissionné, a indiqué une source proche du régime.

Les ministres de l'Information et des Sports avaient été remplacés la semaine dernière.

Des changements sont également intervenus dans l'armée: des officiers refusant de soutenir M. Jammeh contre M. Barrow, comme le leur demandaient des commandants de la Garde républicaine qui assure la protection du président sortant, ont été arrêtés dimanche soir, selon une source de sécurité.

Le président élu a fait référence à ces arrestations, dans une déclaration à Dakar lue lundi par son conseiller, Mai Fatty.

M. Barrow s'est dit "informé de la vague massive d'arrestations illégales d'officiers de l'armée et des services de sécurité par le gouvernement sortant", exigeant leur libération immédiate.

Face aux risques de guerre civile ou d'intervention militaire extérieure, le flot de Gambiens quittant le pays depuis le début de l'année grossissait sensiblement, à l'approche de l'échéance de jeudi, selon des témoins.

"Tout le monde est inquiet", a confié Bella, marchande sur une plage de Banjul, précisant qu'elle ne viendrait "pas travailler demain ni après-demain" (mercredi et jeudi).

"Nous prions tous les jours pour que la Gambie reste en paix", a déclaré un de ses collègues, Samba Sidibeh, 30 ans.

Le Maroc mène actuellement une "médiation discrète et de la dernière chance" par l'entremise de son ministre délégué aux Affaires étrangères, Nasser Bourita, et Yassine Mansouri, chef des services de renseignements extérieurs du royaume, pour obtenir le départ de Yahya Jammeh, a révélé mardi un site d'information en ligne marocain.

La veille, M. Barrow qui est depuis dimanche à Dakar, pour des raisons de sécurité, a averti qu’il prêterait serment jeudi en Gambie.

Entre-temps, le président de la Cour suprême gambienne, Emmanuel Fagbenle, s'est récusé de l'examen du recours porté devant sa juridiction par le chef de l'Etat Yahya Jammeh contre l'investiture de son successeur élu Adama Barrow, prévue le 19 janvier.

M. Barrow a appelé ses concitoyens à "continuer à faire preuve de retenue, à respecter la loi et à ne pas répondre à la provocation", dans une déclaration à Dakar lue par son conseiller, Mai Fatty.

La Gambie est plongée dans une grave crise depuis que M. Jammeh a annoncé le 9 décembre qu'il ne reconnaissait plus les résultats de la présidentielle du 1er décembre, une semaine après avoir pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire.

M. Jammeh a saisi la Cour suprême pour réclamer l'annulation des résultats et a déposé la semaine dernière un nouveau recours pour que celle-ci interdise à toute autorité judiciaire, y compris elle-même, de participer à la prestation de serment d'Adama Barrow.

"Etant donné que cette injonction me concerne en tant que président de la Cour suprême, je me récuse de son examen", a déclaré à l'audience lundi M. Fagbnele, un magistrat nigérian. "Ce recours attendra donc que la Cour suprême soit constituée ou le temps de permettre aux juges d'arriver en Gambie".

Beaucoup de Gambiens ont fui leur pays pour le Sénégal craignant l’insécurité.

L'avocat de M. Jammeh et du parti au pouvoir, Edward Gomez, a reconnu qu'il ne lui serait pas possible d'obtenir l'injonction demandée avant le 19 janvier "parce que le président de la Cour suprême a dit très clairement qu'il ne pouvait pas se prononcer seul sur ce dossier".

Yahya Jammeh a demandé à son homologue libérienne Ellen Johnson Sirleaf, en tant que présidente en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), d'accélérer l'envoi de juges pour pourvoir les sièges vacants à la Cour suprême, réaffirmant que "le statu quo devait prévaloir" tant que celle-ci n'aurait pas statué sur ses recours.

"La soi-disant date du 19 janvier n'est pas gravée dans le marbre", a-t-il déclaré lors d'une conversation téléphonique avec Mme Sirleaf, dont l'enregistrement a été diffusé dans la nuit de dimanche à lundi par la télévision d'Etat GRTS.

M. Barrow a été accueilli par le Sénégal à la demande de Mme Sirleaf, a précisé le président élu dans la déclaration lue par son conseiller, assurant de nouveau qu'il serait en Gambie pour y prêter serment et prendre ses fonctions le 19 janvier.

Il a quitté Banjul vendredi avec la présidente libérienne, qui participait à une mission de dirigeants de la Cédéao pour convaincre Yahya Jammeh de quitter le pouvoir le 19 janvier, à destination de Bamako, où il a assisté au sommet Afrique-France.

M. Barrow est ensuite reparti de Bamako pour Dakar avec le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall.

Il a par ailleurs été frappé par une tragédie personnelle. Un de ses fils, Habibou, 8 ans, mordu par des chiens dimanche, est décédé et a été inhumé lundi en présence de plusieurs centaines de personnes, a-t-on appris auprès de son entourage.

Le 9 janvier, M. Fagbenle avait annoncé que la Cour suprême ne pourrait pas statuer avant plusieurs mois, le temps de recruter à l'étranger les magistrats manquants.

La Gambie, petit Etat de moins de deux millions d'habitants, fait souvent appel à des magistrats d'autres pays anglophones, notamment du Nigeria, pour renforcer son système judiciaire.

La Gambie est en crise depuis le revirement du président sortant Yahya Jammeh, refusant de reconnaître la victoire d’Adama Barrow donné vainqueur à la présidentielle de décembre dernier.

Le Maroc et le Nigeria ont proposé d’offrir l’asile à M. Jammeh s’il acceptait de céder le pouvoir à M. Barrow.

Ce petit pays d'Afrique de l'Ouest enclavé dans le Sénégal à l'exception de sa façade atlantique est plongé dans une grave crise depuis que M. Jammeh a annoncé le 9 décembre qu'il ne reconnaissait plus les résultats de la présidentielle. Une semaine auparavant, il avait pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire.

Yahya Jammeh, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 22 ans, affirme vouloir rester en place tant que la justice n'aura pas statué sur ses recours, malgré les pressions internationales pour qu'il cède le pouvoir jeudi après l'expiration de son mandat.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays dont la Gambie) a notamment prévenu à plusieurs reprises qu'elle pourrait avoir recours à la force en dernier ressort.

A la demande de la Cédéao, inquiète pour la sécurité de M. Barrow, le Sénégal accueille depuis dimanche le président élu en attendant son investiture prévue jeudi, date à laquelle il a assuré qu'il serait en Gambie pour y prêter serment et prendre ses fonctions.

Selon la Constitution, l'état d'urgence dure sept jours lorsqu'il est proclamé par le chef de l'Etat, mais peut être porté à 90 jours avec l'approbation de l'Assemblée nationale.

L'annonce a été formulée en des termes très généraux, prévenant la population qu'il était "interdit de se livrer à des actes de désobéissance aux lois gambiennes, à l'incitation à la violence, ou troublant la paix et l'ordre public".

Le chef de l'Etat sortant a également ordonné aux forces de sécurité de maintenir la paix et l'ordre.

Avec AFP

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