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Ebola: l'ex-ministre de la Santé entendu par la justice

L'ancien ministre de la Santé de la RDC, Oly Ilunga, intervient, le 15 juillet 2019 à Genève. (Photo FABRICE COFFRINI / AFP)

L'ex-ministre de la Santé Oly Ilunga a été entendu mardi par la justice congolaise dans une enquête sur l'utilisation de fonds publics dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola qui a tué près de 2.000 personnes en un an en République démocratique du Congo.

"Ce mardi, le Dr Oly Ilunga, ex-ministre de la Santé, a été auditionné par le parquet général près la cour de Cassation. L'instruction est en cours et il a confiance dans la justice de son pays", a indiqué son avocat, Me Guy Kabeya.

"Il est reparti libre", a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

Trois de ses ex-collaborateurs, "dont un médecin", ont été placés en garde à vue, ajoute cette source, qui confirme une information de la radio Top Congo.

Le Dr Ilunga a été entendu "dans le cadre d'une enquête se rapportant à la gestion d'importants fonds versés par le gouvernement destinés à la riposte contre la maladie à virus Ebola", selon une autre source judiciaire.

"C'est un enquête préliminaire. Il n'y a pas de raisons de s'inquiéter. Il n'est pas en état d'arrestation", a ajouté cette seconde source.

- Deuxième vaccin -

Nommé en décembre 2016, M. Ilunga a démissionné le 22 juillet. Il s'estimait désavoué par le président de la République Félix Tshisekedi, qui lui avait retiré la conduite de la riposte contre Ebola.

Le chef de l'Etat en a confié la coordination à Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'Institut congolais de la recherche biomédicale de Kinshasa (INRB).

L'ex-ministre s'opposait aussi à l'introduction d'un deuxième vaccin "par des acteurs qui ont fait preuve d'un manque d'éthique manifeste". Le ministre s'était opposé dans une circulaire à l'introduction de ce deuxième vaccin du laboratoire belge Janssen, filiale de l'Américain Johnson&Johnson.

Au total 205.321 personnes ont été vaccinées, selon les autorités congolaises, selon qui le seul vaccin valable est "le rVSV-ZEBOV fabriqué par le groupe pharmaceutique (américain) Merck".

La dixième épidémie d'Ebola sur le sol congolais a tué 1.990 personnes depuis qu'elle a été déclarée le 1er août dans l'est du pays, a indiqué le "comité national multisectoriel de la riposte" dans son bulletin daté de lundi.

"Nous avons maintenant la maîtrise de la situation sur le terrain. Ce n'est pas encore sous contrôle", a déclaré mardi à la presse le Dr Muyembe.

"Il y a beaucoup d'espoir que les choses aillent beaucoup mieux dans les jours à venir", a-t-il ajouté en remerciant la Chine pour une aide de 60 tonnes de matériels de protection et de produits de laboratoire).

Avec AFP

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Les "vainqueurs" d'Ebola, des brigades de l'espoir sur le front de l'épidémie

Claude Mabowa, 21 ans, survivant d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.

Claude Mabowa, 21 ans, est un jeune diplômé parmi beaucoup d'autres en République démocratique du Congo, si ce n'est qu'il a surmonté une autre épreuve: Ebola.

Claude a été mis en avant par les équipes à l'œuvre contre le virus dans le Nord-Kivu (est) pour avoir passé son diplôme de fin d'études dans un Centre de traitement d'Ebola (CTE) à Beni.

L'ONG Alima, qui a géré le CTE de Beni pendant plusieurs mois, affirme qu'il a été testé positif après avoir perdu trois membres de sa famille, emportés par la fièvre hémorragique (une sœur, un frère, sa mère).

Sa renommée médiatique a dépassé les limites de Beni et même de la RDC. "Il y avait des gens qui s'approchaient de moi et les autres s'éloignent. Cela m'a aussi beaucoup dérangé mais pour le moment, les choses évoluent très bien dans la communauté", a raconté cette semaine le survivant-diplômé à la radio Top Congo de Kinshasa.

Leonie Masika, 52 ans, survivante d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.
Leonie Masika, 52 ans, survivante d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.

Claude fait partie du petit millier de survivants d'Ebola sur plus de 2.100 décès au total depuis la déclaration officielle de l'épidémie le 1er août 2018.

Autre survivant, Jeannot, 28 ans, assistant-commercial dans une charpenterie, est retourné au CTE, pour travailler aux côtés des patients.

Aucun danger pour lui: les "vainqueurs" d'Ebola sont immunisés contre le virus (qui persiste dans leurs parties génitales pendant plusieurs mois).

Maurice, 35 ans, et Esperanze, 26 ans, survivants d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.
Maurice, 35 ans, et Esperanze, 26 ans, survivants d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.

Maurice, un médecin de 35 ans, a contracté le virus en soignant un patient dès juillet 2018.

Survivant avec sa femme Espérance, 26 ans, Maurice a pris la tête d'une Association des survivants pour la riposte.

Deux malédictions

C'est l'autre utilité des "vainqueurs d'Ebola": ils sont envoyés au front contre cette partie de la population qui résiste avec violence aux messages de prévention.

Le 1er septembre à Beni, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres en personne a pris le temps de remettre des "diplômes" à quatre survivants, lors de sa visite du CTE de Mangina.

"Ceux qui viennent ici peuvent guérir. Il faut transmettre ce message à tout le monde. Ne cachez pas les symptômes. Venez", a-t-il insisté.

Un message à destination d'une frange de la population qui considère les CTE comme des "mouroirs" aux mains d'ONG d'étrangères. Autre survivante, Jeanine Kibwana, 32 ans, mère de cinq enfants, admet avoir eu la peur de sa vie en arrivant au CTE, d'où deux patients sur trois en moyenne ne ressortent pas vivants.

Richard, 34 ans, survivant d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.
Richard, 34 ans, survivant d'Ebola, à Beni, le 17 setptembre 2019.

Il s'agit de la dixième épidémie sur le sol congolais depuis 1976, sans doute la plus difficile à combattre vu le contexte sécuritaire.

Vianney Kambale, porte les stigmates des deux malédictions qui frappent la région depuis octobre 2014.

Il a fui vers Beni-ville après que ses voisins ont été massacrés en brousse dans une attaque attribuée à la milice d'origine ougandaise ADF. Des rebelles qui ont tué des centaines de civils depuis octobre 2014.

Vianney a contracté la maladie peu après son arrivée à Beni. Il travaille maintenant auprès des patients, au CTE qui lui a sauvé la vie.

Au 17 septembre, 960 personnes ont été déclarées guéries d'Ebola sur 2.098 décès, selon le ministère congolais de la Santé.

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