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RDC

Ebola en RDC: au cap des 2.000 décès, l'épidémie résiste toujours aux "ripostes"

Les éléments de la Croix-Rouge en tenue de protection dans la zone où sévit Ebola près de la frontière avec l’Ouganda à Beni, RDC, 2 novembre 2018. (Twitter/Uganda Red Cross Soc)

Plus de 2.000 décès pour 3.000 cas, une nouvelle mort en Ouganda voisine: l'épidémie d'Ebola dans l'est de la RD Congo résiste depuis plus d'un an aux "ripostes" sur le terrain, où le secrétaire général de l'ONU est attendu dimanche.

"Le cumul des cas est de 3.004, dont 2.899 confirmés et 105 probables. Au total, il y a eu 2.006 décès", ont indiqué vendredi les autorités sanitaires congolaises en donnant un dernier bilan de l'épidémie déclarée le 1er août 2018.

Plus de 200.000 personnes ont été vaccinées au fil de cette dixième épidémie sur le sol congolais, de loin la plus grave. C'est la deuxième plus mortelle après celle qui a ravagé l'Afrique de l'Ouest en 2014 (Guinée, Liberia, Sierra Leone, 11.000 morts).

Un troisième décès dans le pays voisin de l'Ouganda ravive la crainte d'une propagation de la "MVE" (maladie à virus Ebola) au-delà de la province congolaise du Nord-Kivu, où la majorité des cas ont été enregistrés. Une petite Congolaise de neuf ans morte vendredi dans le district de Kasese.

Jusque-là, les épicentres se sont déplacés entre les villes de Mangina, Beni et Butembo depuis la déclaration de l'épidémie.

C'est à Beni que le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres est attendu dimanche au deuxième jour de sa visite en République démocratique du Congo (RDC) qui commence samedi à Goma.

M. Guterres veut "apporter son soutien aux équipes engagées dans la riposte Ebola", indiquent les Nations unies, pour qui il s'agit d'une priorité, devant les autres aspects de ce déplacement officiel (sécurité, politique).

A Beni vendredi, la ville offre son visage industrieux habituel, avec ses nombreux commerces autour de son boulevard principal, son ballet de motos-taxis et de camions pris d'assaut par des passagers clandestins.

Sur le terrain de la "riposte", sous la tutelle des autorités congolaises, les grosses ONG se rendent utiles là où elles le peuvent pour se justifier auprès de leurs bailleurs.

- Résister aux résistances -

Ces derniers mois, beaucoup ont investi dans la "sensibilisation" et “l'engagement communautaire": il s'agit de faire participer les Congolais ordinaires aux actions de prévention anti-Ebola.

Il s'agit surtout de résister aux "résistances" d'une partie de la population qui nie la maladie, rejette la vaccination, refuse l'hospitalisation d'un proche présentant des symptômes suspects...

"Pour l'instant, la situation est bonne par rapport aux semaines passées. Mais dans certaines zones de santé, il y a beaucoup de cas de réticences communautaires. Ce sont ces zones qui notifient le plus de cas confirmés", avance un responsable d'Oxfam, Robert Bahati.

"Conséquence: les +contacts+ des cas confirmés ne sont pas suivis", déplore-t-il. Un risque de propagation supplémentaire.

A la sortie sud de Beni, le quartier de Mabolio fait partie de ces zones de résistances.

Ce vendredi, le chef de quartier et les membres du comité de santé parlent de la mort de "papa Gilles", 60 ans, décédé la veille au soir.

Est-il mort d'Ebola? Les prélèvements médicaux le diront. Une chose est sûre: pendant sa maladie, sa famille a "résisté" aux équipes de lutte contre Ebola qui voulaient en savoir plus dans ce quartier à risques.

"Nous sommes passés à maintes reprises. La famille ne voulait pas que l'on puisse accéder au malade", avance le chef-adjoint de quartier Justin Kasereka.

A Mabolio toujours, six personnes se sont présentées ce vendredi avec "des signes apparentés à la MVE", avance un membre du "comité de santé", Volcan Kambale. "Un seul cas est parti au Centre de traitement".

La fièvre hémorragique Ebola, hautement contagieuse, provoque la mort d'entre 25 et 90% des malades, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Il n'existe ni traitement ni vaccin commercialisé, mais plusieurs pistes sont à l'essai.

Elle se transmet par contact direct avec le sang, les secrétions corporelles (sueur, selles, etc.), par voie sexuelle et par la manipulation sans précaution de cadavres contaminés.

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La société civile congolaise veut sa part de la redevance minière

Une mine de cuivre à ciel ouvert à 110 kilomètres au nord-ouest de Lubumbashi, dans le sud de la RDC.

La société civile de la République démocratique du Congo a demandé un meilleur partage des richesses tirées de l'exploitation des mines lors d'une rencontre mercredi et jeudi à Lubumbashi (sud-est), la capitale économique de l'industrie extractive.

Dans la province de Lubumbashi, le Lualaba, "116 millions de dollars (de redevance minière) ont été versées depuis deux ans", a déclaré un représentant de la société civile dans cette région du Katanga première productrice mondiale de cobalt.

Dans son intervention,l'archevêque de Lubumbashi Jean-Pierre Tafunga a constaté que des "entités territoriales décentralisés" utilisaient bien la redevance minière, mais que d'autres l'ont "détourné de son objectif initial, qui est le financement des projets de développement communautaire", selon un résumé de cette rencontre Alternative Mining Indaba lu par un participant.

L'homme d'église a demandé des "solutions concrètes pour faire de la redevance minière une porte de développement réel".

L'église s'était "réjouie" de la révision du code minier en mars 2018, a-t-il rappelé.

En réponse, le ministre des mines Willy Kitobo Samsoni a indiqué qu'un projet de loi était à l'étude pour fixer "les modalités pratiques de gestion" de la redevance minière versées aux provinces.

Les participants ont aussi constaté que la pandémie de Covid-19 "n'a pas eu un impact négatif majeur sur la filière d'exploitation industrielle et sur la redevance minière, à l'exception de la filière diamantifère au Kasaï oriental", selon le résumé de la rencontre.

Le FMI envisage cependant une récession de –2,2% en 2020 pour la RDC, contre une croissance de 4,4% en 2019.

Malgré la richesse des sous-sols de la RDC, "en 2018, 72 % de sa population vivait avec moins de 1,9 dollar par jour, surtout dans les régions du Nord-Ouest et des Kasaï", selon la Banque mondiale.

Encouragé par les Etats-Unis, le président Félix Tshisekedi a promis de lutter contre la corruption et le mauvais "climat des affaires" qui bloquent le développement du potentiel économique du pays. Il s'agit, entre autres, du harcèlement administratif sur les entrepreneurs, des détournement de fonds, et de la multiplication des taxes.

A Goma, un palace et de l'énergie à revendre pour tourner la page des groupes armés

Une vue générale de l'hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.

Une chambre simple à 250 dollars: c'est le ticket d'entrée pour une nuit au Serena, premier palace cinq étoiles qui vient d'ouvrir à Goma, la capitale du Nord-Kivu dans l'Est de la République démocratique du Congo, qui veut tourner la page de la violence des groupes armés.

Plus de 100 chambres de luxe, avec vue idyllique sur la piscine et le lac Kivu, centre de conférence, restaurants, salle de sport, spas: ouvert mi-septembre, le palace est le premier hôtel géré en RDC par la chaîne panafricaine haut de gamme Serena, dont le Fonds Aga Khan pour le développement économique est actionnaire majoritaire.

"Généralement, les gens perçoivent cette région comme une zone de guerre", regrette le manageur kényan, James Nzavwala, qui mise au contraire sur une clientèle d'affaires et le "potentiel touristique" du parc des Virunga voisins (volcans, gorilles).

Le directeur général kenyan James Nzavwxala fait des gestes à son hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.
Le directeur général kenyan James Nzavwxala fait des gestes à son hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.

A la frontière du Rwanda, proche de l'Ouganda et de la Tanzanie, Goma se trouve au coeur des deux provinces du Nord et du Sud-Kivu où des dizaines de groupes armés entretiennent l'insécurité pour le contrôle des ressources (terres, minerais, bois) depuis les deux guerres du Congo (1996-2003).

Epargnée par les milices depuis 2012-2013, Goma connaît des problèmes d'insécurité urbaine dans ses quartiers périphériques, loin des zones résidentielles sur les bords du lac, fief des Nations unies et des ONG.

Politique et business

La construction de l'hôtel Serena a pris dix ans, grâce à l'investissement de l'homme d'affaires le plus influent de Goma: Vanny Bishweka.

Taille moyenne, élégance discrète, cet homme de 55 ans possède déjà un hôtel sur les bords du lac, l'Ilhusi, ouvert en 2002, année d'une éruption du volcan Nyiaragongo qui a fait une centaine de morts.

Ihusi est aussi le nom de sa société de canaux rapides qui traversent en trois heures le lac Kivu jusqu'à Bukavu, via la magnifique île d'Idjwi.

L'homme d'affaires congolais Vanny Bishweka sourit à son hôtel Serena à Goma, dans l'est de la RDC, le 16 octobre 2020.
L'homme d'affaires congolais Vanny Bishweka sourit à son hôtel Serena à Goma, dans l'est de la RDC, le 16 octobre 2020.

Patron de deux stations-service, M. Bishweka est le partenaire d'une firme tunisienne, EPPM, pour exploiter le gaz méthane du lac.

Ancien quincailler, l'homme d'affaires est réputé proche de l'ancien président Kabila, ce qu'il dément: "Il y a la politique, et il y a le business". Une frontière pas toujours si étanche en RDC.

Il y a quelques mois, le magnat de Goma a senti souffler le vent de la lutte anti-corruption revendiquée par le nouveau président Félix Tshisekedi.

Développer les PME

Un de ses associés, le directeur général de la Société congolaise de construction (Sococ, travaux publics), Modeste Makabuza, a été condamné en juin à un an de prison pour détournement de fonds.

"Je ne sais pas si ce sont des détournements", avance M. Bishweka, qui affirme ne pas avoir été inquiété. "Je suis actionnaire à 35%. C'est lui le directeur général".

Plaque tournante de la vie des affaires à Goma, "Vanny" est également actionnaire à 20% d'un nouveau "business" qui change la vie des jeunes entrepreneurs depuis deux ou trois ans: les réseaux locaux de distribution d'électricité.

Sa Société congolaise d'eau et d'électricité (Socodée) achète et distribue une partie de l'électricité produite par Virunga Energie, une filiale du parc des Virunga.

Virunga Energie a construit ces dernières années quatre centrales hydro-électriques dans l'arrière-pays de Goma, avec le soutien de l'Union européenne.

Virunga Energie veut soutenir le développement d'"un réseau de PME", pour "créer des emplois", résume une récente note de l'ambassade de France.

Grâce à l'énergie, une vingtaine de petites entreprises (boulangerie, couveuses d'oeufs de poussins, fabrication de charbon de bois...) se sont installées depuis un an dans la zone d'activité de Shaero, à la sortie de Goma.

"Coquille vide"

Débordante d'énergie, la ville compte aussi plusieurs incubateurs de starts-up comme Kivu entrepreneurs, qui s'enorgueillit de la réussite de Kivu Green (application de mise en relation d'agriculteurs de la région avec des consommateurs de Goma).

"On a besoin de 75.000 dollars d'investissements", a lancé le fondateur, Chris Ayale, mi-octobre lors d'un forum des jeunes entrepreneurs.

Ils ont exposé leurs "business plans" et surtout leurs rêves devant le patron de l'Agence national pour la promotion des investissements (Aanpi), un organisme d'Etat qui promet d'ouvrir très vite une antenne à Goma.

Ouverte il y a trois ans, l'antenne locale de la Chambre franco-congolaise du commerce et de l'Industrie est elle une "coquille vide", soupire un expert.

La région fait encore peur aux investisseurs. Aux portes de l'Afrique de l'Est anglophone, Goma dispose pourtant d'un aéroport international et d'une liaison régulière avec Addis Abeba. "Nous avons besoin de tout le monde pour notre ville", affirme son magnat, Vanny Bishweka.

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