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Djibouti

Djibouti, île à haute valeur stratégique pour les puissances étrangères

Désinfection de la zone devant le Palais du Peuple, une salle de cérémonie publique, à Djibouti, le 14 mai 2020.

Ilot de stabilité prisé dans une région troublée, Djibouti offre un point d'appui stratégique à la France qui compte bien y maintenir sa plus grande base militaire à l'étranger, à l'issue de la renégociation de ses accords de défense avec le petit Etat d'Afrique de l'Est.

Le président Emmanuel Macron devrait recevoir vendredi à l'Elysée son homologue Ismaïl Omar Guelleh, après lui avoir rendu visite en mars 2019.

En ce début février, l'activité des Forces françaises de Djibouti (FFDJ) bat son plein: stage d'aguerrissement désert pour des militaires français et djiboutiens, exercice de police du ciel pour deux Mirage de la base aérienne, entraînement des forces spéciales au posé d'assaut... Sur la base navale, on se prépare aussi à accueillir en mars le porte-avions Charles de Gaulle, le temps d'une halte logistique avant l'océan Indien.

Liée à l'ancienne colonie française par des accord signés en 1977 puis 2011, Paris a de multiples raisons de vouloir conserver sa place sur ce confetti d'un million d'habitants, situé à quelques encablures du détroit stratégique de Bab-el-Mandeb, où transite un grande part du commerce mondial entre Asie et Occident.

Moyennant un loyer annuel de 40 millions de dollars et la défense de l'espace aérien djiboutien, "nous jouissons ici d'une liberté d'action et d'entraînement inégalée", fait valoir le commandant de la base aérienne des FFDJ, le colonel Olivier Saunier.

Concurrence chinoise

Surtout, dans cette enclave cernée par les pays en crise, entre Yémen, Erythrée et Somalie, "l'intérêt de notre présence est d'offrir à nos autorités une appréciation de situation", souligne le commandant des FFDJ, le général Stéphane Dupont. De cette base, les 1.500 militaires français peuvent accueillir et projeter rapidement des forces en cas de crise dans la sous-région, vers l'océan Indien ou le Moyen-Orient.

Mais la concurrence est rude. Au cours des vingt dernières années, tandis que le contingent militaire français était divisé par deux, plusieurs grandes puissances ont pris pied à Djibouti, offrant une précieuse rente aux autorités.

Depuis 2002, les Etats-Unis y disposent de leur unique base permanente en Afrique (4.000 soldats), d'où ils mènent des opérations antiterroristes contre les shebabs somaliens et Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Japonais et Italiens se sont également installés pour contribuer à la lutte contre la piraterie dans la région.

Quant à la Chine, arrivée en 2017, elle possède aujourd'hui un port et une base militaire propres à sécuriser ses énormes intérêts économiques (transports, industrie, énergie...) dans la région.

La Russie, elle, n'est pas loin: en décembre, Moscou a conclu avec le Soudan un accord l'autorisant à créer une base navale pouvant accueillir jusqu'à 300 personnes.

"Intérêt géo-économique"

"Plus que jamais, avec le projet chinois des nouvelles Routes de la soie, tout le monde se bat pour le contrôle de la mer Rouge: or, le Somaliland n'est pas encore reconnu, l'Erythrée est un Etat totalitaire, le Soudan est seulement en train de s'ouvrir, c'est la catastrophe au Yémen. Il reste Djibouti", souligne Sonia Le Gouriellec, docteur en sciences politiques et auteur du livre "Djibouti: la diplomatie de géant d'un petit Etat".

A l'heure de renouveler son accord de défense avec Djibouti, qui lui reproche régulièrement son manque d'investissements économiques dans le pays, la France prend soin de vanter les bénéfices mutuels de ce partenariat. "Notre présence militaire a un côté dissuasif qui contribue grandement à la stabilité et au développement économique de Djibouti", estime le commandant des FFDJ.

En outre, "les militaires français sont les seuls à s'installer ici avec leurs familles et font vivre les écoles, les commerces", à l'inverse des Américains et des Chinois, renchérit le commandant de la base navale des FFDJ, le capitaine de corvette Jean-Yves Piasecki.

"Paris devrait prendre conscience que l'intérêt de Djibouti n'est pas seulement d'ordre géostratégique, il est aussi géo-économique", commentait pour autant en novembre le président djiboutien dans un entretien à Jeune Afrique.

La présence française contribuerait à hauteur de 4% au PIB djiboutien, assure Paris. Et si les relations entre les deux pays ont connu des bas, les vents semblent aujourd'hui favorables.

"Entre la France et Djibouti, c'est +je t'aime moi non plus+", résume Sonia Le Gouriellec. "Quand les Chinois sont arrivés c'était l'euphorie" avec le lancement de grands travaux d'infrastructures financés par Pékin. "Or, aujourd'hui les Djiboutiens ont du mal à rembourser les prêts" consentis par la Chine, qui tient l'essentiel de leur dette. "Du coup la France reste encore le partenaire qui a toujours été là".

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Djibouti: la police indexée pour son rôle dans les récentes violences

Le président djiboutien Ismail Omar Guelleh arrive pour une réunion à la 33e session ordinaire de l'Assemblée des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 10 février 2020.

La Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) a dénoncé le rôle de la police dans les violences qui ont conduit à la mort de plusieurs personnes début août à Djibouti, dans un rapport consulté jeudi par l'AFP.

Ce texte, daté de mardi et signé par Omar Ali Ewado, le président de la LDDH, évoque "une attaque coordonnée contre des civils", impliquant des policiers en civil et en uniforme, ayant visé le 1er août des "quartiers afar" de la capitale Djibouti-ville.

Afar et Issa sont deux des principales communautés djiboutiennes.

"Les policiers en civil aidés par des civils issa ont commencé à incendier des habitations. Les hommes et les femmes du quartier qui ont voulu éteindre le feu et empêcher les émeutiers ont été pris à partie par les policiers en tenue, qui ont tiré à balles réelles contre ces personnes innocentes", poursuit le rapport.

"La LDDH tient à préciser que contrairement aux affirmations des autorités gouvernementales, relayées par quelques médias, cet évènement (...) n'est pas intercommunautaire car la police était omniprésente et se trouvait à la pointe des combats contre les paisibles citoyens afar", ajoute-t-il, évoquant une "répression inouïe" ces derniers mois.

La LDDH estime que 15 personnes, en grande majorité des Afar, sont décédées et que 250 maisons ont été brûlées.

En réaction, des manifestations, réprimées par la police, ont eu lieu dans plusieurs localités dont Djibouti-ville et Tadjourah, ajoute le texte.

Fin juillet, en Ethiopie, des affrontements opposant Afar et Issa ont eu lieu dans la région Somali, près de la frontière sud de Djibouti.

Dimanche, à propos des événements djiboutiens, le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, a dénoncé à la télévision des "barbaries perpétrées par des individus ignobles et inconscients, agissant sous le couvert d'un pseudo communautarisme".

Le 2 août, la procureure de Djibouti, Lamisse Mohamed Saïd, avait dénoncé des "actes criminels d'une extrême gravité". "Des maisons ont été incendiées, de manière intentionnelle, et l'on déplore malheureusement trois décès", avait-elle dit.

Des témoins avaient évoqué auprès de l'AFP une dizaine de morts, ainsi que des incendies de maisons issa et afar.

Ilot de stabilité dans une région troublée, le pays compte moins d'un million d'habitants et son régime à poigne, présidé depuis 1999 par Ismaël Omar Guelleh, n'observe que rarement des contestations.

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