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Discours avorté d'un suprémaciste blanc à Gainesville, sorties de Bush et d'Obama


Accrochages entre 2 partisans du suprémaciste blanc Richard Spencer et des manifestants anti-racistes, Gainesville, Floride, le 19 octobre 2017.

Le discours de l'une des figures de la droite suprémaciste blanche aux Etats-Unis a été fortement perturbé jeudi par des centaines de manifestants ayant pris place dans la salle où Richard Spencer devait s'exprimer sur le campus universitaire de Gainesville.

La ville avait été placée sous haute sécurité, craignant des débordements comme à Charlottesville en août.

"Va te faire f..., Spencer!", ont lancé en choeur les manifestants lorsque l'homme de 39 ans est apparu sur la scène du Phillips Center for performing arts de l'Université de Floride (UF), avant d'entonner chants et slogans antiracistes.

Après avoir persévéré quelques instants, il a quitté la scène avant de revenir quelques minutes plus tard pour tenter de prononcer son discours.

"Vous essayez d'arrêter un mouvement qui grossit et qui va résister", a-t-il lancé, au milieu des huées des antiracistes, largement en surnombre par rapport à sa trentaine de supporteurs.

Violentes invectives et insultes de part et d'autre ont ensuite fusé.

Lors d'une conférence de presse juste avant son entrée en scène, il avait déclaré: "Nous ne sommes absolument pas des suprémacistes blancs", disant préférer le terme d'"identitaires".

Les militants antiracistes s'étaient également rassemblés non loin de la salle de spectacle. Un groupe de plusieurs dizaines d'entre eux, munis de pancartes, a scandé des slogans. Un avion a survolé le site tirant une longue banderole affirmant que "l'amour l'emporte sur la haine! L'amour vaincra".

Des messages plaidant pour la diversité avaient été écrits à la craie sur des trottoirs.

"Je suis en colère que les suprémacistes blanc viennent où j'habite. (...) J'espère qu'il n'est pas venu ici pour recruter", a confié à l'AFP Autumn Doughton, écrivaine de 37 ans, qui manifestait dans ce groupe devant une rangée de policiers leur barrant la route.

Car les alentours du campus ainsi que ses voies d'accès avaient été fermés à la circulation par des camions remplis de sable et les cours prévus près du Phillips Center avaient été annulés. Drones, tireurs d'élite, hélicoptères et des centaines de policiers étaient visibles.

Le gouverneur de Floride Rick Scott avait déclaré lundi l'état d'urgence dans le comté d'Alachua, où se trouve Gainesville, une ville de 130.000 habitants. Cette décision a permis de mobiliser des moyens de police supplémentaires.

- Suprématie 'blasphématoire' -

Quelques heures avant ce discours, l'ancien président George W. Bush (2001-2009) avait estimé lors d'une conférence à New York que "l'intolérance et la suprématie blanche, sous quelque forme qu'elles soient, sont blasphématoires envers les principes américains".

"L'intolérance semble enhardie. Nos débats politiques semblent plus vulnérables aux théories du complot et aux manipulations", avait-il lancé, en allusion aux positions du président Donald Trump sans le citer.

M. Trump avait suscité la stupeur parmi la classe politique américaine, y compris dans son camp républicain, par des commentaires ambivalents après les violences de Charlottesville en août. Il avait déclaré qu'il y avait des torts --mais aussi des gens "très bien"-- "des deux côtés".

Une militante antiraciste avait été tuée par un sympathisant néo-nazi qui a foncé dans la foule avec son véhicule, lors de ces confrontations entre partisans de la suprématie blanche et militants antiracistes.

C'est Richard Spencer qui avait mené ce jour-là, comme à de multiples occasions, le cortège des extrémistes de droite et des néonazis.

Les responsables de l'université de Floride ont expliqué n'avoir accepté qu'avec réticence la venue du responsable de l'"alt-right" sur le campus, mettant en avant la liberté d'expression.

"Les dirigeants de l'UF ont dénoncé la rhétorique suprémaciste blanche de Spencer mais l'université, en tant qu'entité publique, doit permettre l'expression libre de toutes les opinions", a-t-elle relevé sur son site internet.

Elle a précisé que le mouvement de Richard Spencer paierait 10.500 dollars pour la location de la salle ainsi que les frais pour la sécurité à l'intérieur du bâtiment. En revanche, le coût de la sécurisation du campus et d'une partie de Gainesville incombera à l'université, qui l'estime à 500.000 dollars au moins.

- Barack Obama de retour dans l'arène politique: "on est au 21e siècle!"

Discret depuis qu'il a quitté la Maison Blanche, Barack Obama a remis jeudi un pied dans l'arène électorale pour soutenir des candidats démocrates, occasion de déplorer un retour en arrière politique... sans toutefois nommer son successeur, Donald Trump.

L'ancien président démocrate a participé à une réunion de campagne dans le New Jersey, à côté de New York, pour soutenir le démocrate briguant le poste de gouverneur, Philip Murphy.

"La politique actuelle... on croyait en avoir fini il y a longtemps... Les gens ont 50 ans de retard ! On est au 21e siècle, pas au 19e..." a ironisé Barack Obama, 56 ans, en costume mais sans cravate.

Puis il était attendu 500 km plus au sud à Richmond, en Virginie, pour un meeting de soutien à un candidat local. Il n'a apparemment rien perdu de sa popularité auprès des démocrates: plus de six heures avant son arrivée, des supporteurs faisaient déjà la queue pour être certains de rentrer.

Les deux scrutins se dérouleront le 7 novembre, un an après le coup de tonnerre mondial qu'a représenté la victoire de Donald Trump à la présidentielle du 8 novembre 2016.

- Silence rarement brisé -

Depuis qu'il a quitté ses fonctions le 20 janvier, le premier président noir des Etats-Unis s'est tenu à l'écart du débat politique, fidèle à une tradition de réserve observée par ses prédécesseurs. Ce qui n'empêche pas quelques critiques obliques envers son successeur, engagé dans une entreprise de démolition de son bilan.

Après s'être offert trois mois de vacances, M. Obama s'est attelé à la rédaction de ses mémoires, n'a que peu parlé en public et n'a donné pratiquement aucune interview.

Les quelques fois où il a estimé devoir briser ce silence, il l'a fait sur des sujets d'importance nationale, comme l'immigration, la couverture santé ou la lutte pour le climat.

Mais en retrouvant jeudi une ambiance de meeting face à des militants, le 44e président américain pourrait être tenter de délier sa langue un peu plus contre Donald Trump, qui lui ne se prive pas d'éreinter M. Obama.

Avec AFP

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