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Mali

Difficulté des hôpitaux maliens pour prendre en charge les patients

Grève devant le CHU Gabriel Touré à Bamako, le 27 juillet 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Au Mali, cela fait deux semaines que les travailleurs de l'hôpital Gabriel Touré organisent des sit-in. Ils demandent des matériels et des meilleures conditions de travail.

En dehors de l'hôpital Gabriel Touré, les urgences des autres hôpitaux du Mali ont d'énormes difficultés pour soulager leurs patients.

A Bamako l'hôpital le plus fréquenté est le Centre Hospitalier Universitaire Gabriel Touré, cela fait deux semaines que des travailleurs de ce CHU organisent tous les matins deux heures de sit-in dans leur cour.

"C'est l'hôpital le plus fréquenté du Mali et le plus important du Mali. C'est l'hôpital qui reçoit 100.000 patients par an, et dans cet hôpital aujourd'hui trouver de l'alcool pour les soins. Une paire de gants ou un simple papier pour faire la radiographie est un luxe", explique Djimé Kanté, porte-parole du syndicat des travailleurs du CHU-Gabriel Touré.

Grève devant le CHU Gabriel Touré à Bamako, le 27 juillet 2019. (VOA/Kassim Traoré)
Grève devant le CHU Gabriel Touré à Bamako, le 27 juillet 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Au CHU Gabriel Touré, tout n'est pas rose, comme l'explique Professeur Mahamane Diango Djibo des services de réanimations et médecine d'urgent à l'hôpital Gabriel Touré.

"Le service d'accueil des urgences fonctionne en respectant la loi hospitalière (..) quand un patient en urgence sollicite le service d'accueil des urgences, nous devrions assurer sa prise en charge sans lui demander quoi que ce soit. C'est pourquoi je pense c'est aujourd'hui le seul service d'accueil des urgences, qui utilise ce qu'on appelle les attestations de traitements", dénonce-t-il.

Sur la rive droite du fleuve Niger, à la descente du 3e pont se trouve l'hôpital du Mali où travaille le docteur Mamadou Abdoulaye Chab Cissé, chef du service des urgences à l'hôpital du Mali.

"La mission d'un service d'accueil des urgences est une mission de soin d'urgence. Nous procédons à un triage en fonction du seuil de la gravité des patients les plus urgents, qui conduit à la catégorisation des urgences absolues et des urgences relatives", explique-t-il.

Après les services d'urgences le patient est orienté en fonction de sa maladie.

"Concernant les urgences médicales, c'est surtout chez les patients qui ont des pathologies chroniques, comme les complications du diabète", souligne Sidibé Djénéba Diallo médecin gestionnaire des hôpitaux​.

"A côté des pathologies médicales, il y a les pathologies traumatiques. Surtout les accident de la voie publique, qui constituent le quotidien des services d'accueil des urgences qui représentent 40% des cas".

Le service d'accueil d'urgence de l’hôpital Gabriel Touré a 30 lits, contre 10 lits pour l'hôpital du Mali, alors que l'affluence augmente de jour en jour. Les professionnels demandent une amélioration de leur condition.

A l'hôpital du Mali, un nouveau service d'urgence est en chantier, et le ministère de la Santé annonce des actions du côté de CHU Gabriel Touré. En attendant, les travailleurs continuent avec leur sit-in quotidien.

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Des routes, des routes, des routes ! Le nord réclame la fin de l'isolement

Manifestations à Bamako, Mali, le 17 août 2016. (VOA/Kassim Traoré)

Ousmane Maïga, dit "Rougeot", faisait souvent l'aller-retour entre Gao, grande ville du nord du Mali, et Bamako. "Ça prenait 48 heures, parfois même seulement 24 heures". Mais depuis fin 2018, il ne prend plus la route: trop chère, trop longue, et surtout trop dangereuse.

Aujourd'hui, il faut "au moins cinq jours" pour relier les villes du nord à Bamako "et la route est tellement +gâtée+ que la plupart des gens passent par le Burkina et le Niger, où il faut payer les taxes en plus", souligne "Rougeot", un membre en vue de la société civile de Gao, où une soixantaine d'organisations ont appelé les habitants à observer mercredi une "journée ville morte" et un sit-in pour réclamer des routes.

Le seul goudron présent dans le nord, zone grande comme deux fois la Suède, est la RN 16, qui relie Gao à Sévaré, dans le centre. "C'est le parcours du combattant, il n'y a aucun véhicule qui roule à plus de 40 km/h, sinon 20 km/h, avec la poussière, la chaleur et maintenant l'insécurité", souligne l'activiste de 43 ans.

- Un affront pour le nord -

Aux attaques des jihadistes et des bandits, il faut ajouter les dégâts occasionnés par les intempéries, l'absence des services de l'Etat et, selon de nombreux Maliens, une corruption généralisée.

A l'autre bout du pays, dans la région de Kayes (sud-ouest), les habitants ont remporté fin août une victoire symbolique. Pendant plusieurs jours, ils ont bloqué le principal pont de la ville, interrompant le transit de milliers de camions vers le Sénégal, essentiel pour l'économie du pays, tandis que d'autres manifestants montaient des barrages à l'entrée de Bamako.

Après avoir effectué le trajet de Kayes en voiture, le Premier ministre Boubou Cissé a dégagé des moyens d'urgence et promis la reprise rapide des travaux.

Dans le nord, où le sentiment d'être délaissé par Bamako reste très présent, cet empressement a été ressenti comme un affront, d'autant plus qu'une rumeur, démentie par le gouvernement, affirmait qu'une entreprise chargée de la construction d'une route destinée à désenclaver Tombouctou avait été redirigée vers la région de Kayes.

Victoire pour les jeunes manifestants de Tombouctou
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A Tombouctou, cité historique classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, des centaines de jeunes bloquent depuis le weekend dernier l'accès à l'aéroport --pendant trois jours, ils ont également immobilisé la navette fluviale vers le centre et le sud du pays. Ils réclament eux aussi la construction de routes et un renforcement de la sécurité.

- Une route du temps des colons -

Les autorités de Bamako, dont des représentants doivent rencontrer mercredi les manifestants de Tombouctou, semblent hésiter entre la dénonciation d'un mouvement "abusif", l'appel à la compréhension et à la patience --"le gouvernement n'a pas les moyens de faire face à toutes les revendications"-- et les promesses que les travaux reprendront rapidement.

Cette semaine, le mouvement a fait tache d'huile. A Ménaka, dans le nord-est frontalier du Niger, au coeur d'une région où sévit le groupe jihadiste se faisant appeler "Etat islamique dans le Grand Sahara" (EIGS), les habitants ont manifesté pour réclamer "la fin des assassinats, des braquages, des tirs", ainsi qu'une nouvelle route.

"On nous a toujours dit que le financement de la route allait venir, mais jusqu'à présent il n'y a rien. Cette route date du temps des colons et n'est même pas bitumée", proteste Harouna Ibatane Yattara, membre du mouvement "Algafiat i Minika", "La paix pour Ménaka".

Selon les données officielles, sur les 21.681 km de routes recensés en 2018, seuls 7.156 km étaient goudronnées.

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire, qui se poursuit actuellement. Cependant, les violences jihadistes ont persisté, puis se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

Routes au Mali : nouveaux engagements du gouvernement pour mettre fin aux protestations

L'état des routes entre Kayes et Koulikoro au Mali. (VOA/ Malick Konaté)

Le gouvernement malien a pris vendredi de nouveaux engagements pour mettre fin au rare mouvement de protestation suivi simultanément dans différentes villes par des habitants exaspérés par leurs conditions de vie et l'état de leurs routes.

Le cauchemar que représentent les déplacements sur des routes menacées par le jihadisme, le brigandage, les intempéries ou le délabrement est à l'origine d'une contestation qui a atteint ces derniers jours plusieurs villes d'un pays éprouvé depuis 2012 par les violences jihadistes et intercommunautaires.

Gao, la plus importante ville du nord, a été l'un des foyers de ce mécontentement.

Le gouvernement s'est engagé vendredi matin à commencer "dans six mois au plus tard" les travaux sur la route Gao-Sévaré (centre), axe primordial et dégradé vers l'ouest et la capitale Bamako, indique le texte d'un accord passé avec la plateforme portant la contestation.

Le gouvernement prend aussi l'engagement d'escorter à partir de lundi les bus empruntant cette route, théâtre d'attaques fréquentes, dit le texte de l'accord publié sur les réseaux sociaux. Il promet le retour des services de l'Etat à Gao.

Il avait déjà pris des engagements analogues cette semaine à Tombouctou, autre lieu de protestation.

En contrepartie, les protestataires promettent de "lever immédiatement toutes les restrictions sur les routes" et à Gao même.

Gao, ancien carrefour fluvial et commercial historique, a été durement affectée par la crise malienne des dernières années. Elle était tombée en 2012 aux mains d'un groupe armé indépendantiste, ensuite supplanté par des mouvements islamistes radicaux. L'opération militaire française Serval, lancée en janvier 2013, avait ensuite chassé les islamistes de la ville.

Levée du blocus de l'aéroport de Tombouctou

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