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Deux médias audiovisuels interdits d'émettre au Togo


Un motocycliste passe le siège social Ecobank à Lomé, Togo, le 6 juin 2015.

La Haute autorité de l'audiovisuel au Togo a retiré les fréquences de deux médias privés qui émettent depuis 10 ans, pour n'avoir pas rempli les "formalités préalables d'autorisation".

Dans un courrier du 6 février, le président de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac) a notifié à l’administrateur du groupe sud média, la décision du retrait des fréquences de la radio City FM et de la télévision la chaine du futur (LCF).

Lors d’une conférence de presse le 2 février dernier, au siège de la Haac à Lomé, le président de l’organe de régulation a évoqué le motif qui a conduit au retrait des fréquences.

Luc Abaki, directeur général du groupe Sud Media, ne "comprend pas qu'après 9 ans d'exercice, nous devons mener un combat", assurant que "toutes les démarches" avaient été effectuées à plusieurs reprises pour soumettre le dossier.

"Nous avons travaillé en synergie avec la Haac, car elle nous donne qui garantit l'octroi de l'aide à la presse", a-t-il expliqué.

Luc Abaki, directeur de LFC et de City FM, à Lomé, au Togo, le 7 février 2017.(VOA/Kayi Lawson)
Luc Abaki, directeur de LFC et de City FM, à Lomé, au Togo, le 7 février 2017.(VOA/Kayi Lawson)

"Des gens pleuraient"

A la suite de cette décision du président de la Haac, les 70 agents de City Fm et de LCF se retrouvent au chômage technique. Cette situation est "insoutenable" pour Junior Aménougnan, animateur de programme sur LCF.

"Les gens pleuraient, on se demande si c'est fini ou s'il on va reprendre bientôt?", raconte-il.

Déjà au sein du bureau de la HAAC, la décision ne fait pas l’unanimité. Le président du comité presse écrite, Zeus Aziadouvo vient de saisir la cour suprême, indiquant qu’aucune décision n’a été prise en plénière concernant la fermeture de LFC et de City FM. Il dénonce des manœuvres liberticides.

L’indignation se ressent également au sein de la corporation. Pour Patricia Adjisséku, secrétaire général de l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT), "cela fait quelque temps que nous avions remarqué les efforts au niveau de la liberté de presse, mais aujourd'hui c'est une violation de cette liberté".

LCF, était en une période de sa vie, définie comme la Chaine de Faure, en faisant allusion au président togolais Faure Gnassingbé. Fondé par l’ancien ministre de l’administration territoriale Pascal Bodjona, aujourd’hui tombé en disgrâce, le groupe Sud Média serait dans le collimateur du pouvoir de Lomé.

Condamnation d'Amnesty International

Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International a dénoncé "une attaque contre la liberté d'expression", estimant cette "sanction disproportionnellement lourde au vu des faits reprochés".

L'autorité de régulation avait déjà fermé plusieurs médias en 2013, notamment la radio Légende FM pour "multiples dérapages", affirmant qu'elle diffusait de fausses informations durant les législatives.

Au Bénin voisin, trois médias proches de l'opposition - E-Télé, Eden TV, et Radio Soleil - avaient également été suspendus fin novembre-début décembre, avant d'être à nouveau été autorisés à émettre fin janvier par l'autorité de régulation de l'audiovisuel béninoise.

Kayi Lawson, correspondante à Lomé

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