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Tchad

Deux anciens chefs rebelles condamnés à la prison à vie au Tchad

Les locaux du palais de justice de N'Djamena, le 7 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, deux anciens rebelles arrêtés il y a deux ans au Niger et extradés au Tchad sont condamnés à perpétuité. Les autres présumés auteurs de tentative de déstabilisation de la Guinée Equatoriale en 2017 sont condamnés à 20 ans d’emprisonnement ferme.

"Vous êtes appelés à juger des citoyens en conflit avec les lois de la République. Aucune pression ne peut perturber votre conscience. Vous devez dire que le droit, rien que le droit et n’appliquer que la loi et votre ultime conviction", a déclaré Moucktar Abdel-Hakim Doutoum, procureur général près la cour d’appel de N’Djamena engageant la responsabilité des membres de la cour siégeant en matière criminelle.

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Les juges ont examiné deux dossiers sur trois, jugés sensibles par certains personnels judiciaires. Il s’agit de "tentative de mercenariat et participation à des mouvements insurrectionnels".

Après débat contradictoire entre le ministère publique et la partie civile, les juges ont dans leur ultime conviction condamné à vie, les deux ex-rebelles arrêtés au Niger pour leur participation à un mouvement insurrectionnel.

Yénan Timothée, président de la cour d'appel de N'Djamena au milieu, le 7 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)
Yénan Timothée, président de la cour d'appel de N'Djamena au milieu, le 7 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Roméo Roïna, l’un des deux avocats constitué d’office pour la défense, se dit déçu de ce verdict : "Nous avons évoqué les dispositions de l’article 2 du code de procédure pénale qui dit que l’action s’éteint par l’amnistie, une ordonnance 19 qui a été signé par le chef de l’Etat. Donc les faits qui sont reprochés à nos clients sont couverts par cette ordonnance. Franchement c’est une déception mais nous avons l’opportunité de pourvoir en cassation dans un délai de jours donc on le fera, il y a 'deux poids deux mesures' dans ce dossier".

Pour Mahamat Nour Ibédou, secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l'Homme, ces trois anciens rebelles dont l’un a rendu l’âme en prison pour mauvais sont victimes d’une injustice.

"Ils sont victimes d’une extradition irrégulière A l’époque nous avons dénoncé cela et maintenant ils auraient dû être amnistié parce que quand on applique une situation donnée, on applique à tout le monde", souligne-t-il.

Yorongar Ngarlejy, opposant historique du régime au pouvoir, le 7 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)
Yorongar Ngarlejy, opposant historique du régime au pouvoir, le 7 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Yorongar Ngarlejy, éternel opposant du régime au pouvoir estime que, l’extradition et la condamnation de ces anciens rebelles violent les conventions internationales en matière de statut politique ratifié par le Tchad.

"Ce sont des gens qui bénéficient du statut des réfugiés politiques voilà qu’ils se retrouvent ici condamnés, donc c’est une justice expéditive", estime-t-il.

"Quand le Tchad ratifie des conventions internationales en matière de statut politique, il doit se conformer à ça. Le Niger, qui a prêté main forte, est aussi coupable. La violation des traités et conventions internationales que le Tchad a ratifié avec la signature de Déby, c’est dommage".

La Cour a également déclaré coupable quatre autres accusés sur douze, présents à l’audience, du crime de tentative de mercenariat tendant à déstabiliser la Guinée en 2017 à 20 ans de prison ferme et 6 par défaut.

Un mandat d’arrêt international a été lancé contre ceux qui sont en cavale.

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Amnesty international s'inquiète de la multiplication des atteintes à la liberté d’expression

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"Journée sans radio" dans la capitale tchadienne

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Une journée sans radio à N’Djamena

Grève des journalistes des radios privées au Tchad, le 1er décembre 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Une quarantaine des radios privées sont en grève mardi au Tchad, une journée qui marque la date anniversaire de la prise du pouvoir par le régime actuel. Cette décision fait suite aux agissements de la police nationale vendredi dernier contre des journalistes des médias privés.

Une journée sans radio pour protester contre la violation des locaux de trois radios privées à N’Djamena et l’interdiction d’accès à la maison des médias du Tchad, une structure mise en place par les organisations professionnelles des médias. Vendredi, les journalistes de ces médias ont été brutalisés dans leurs lieux de travail, séquestrés et arrêtés avant d’être libérés.

Selon les responsables du service de sécurité, c’est une confusion de la part des éléments de la police qui cherchaient les organisateurs d'un forum citoyen interdit par le gouvernement.

Pour Leubnoudji Tah Nathan, secrétaire exécutif du réseau des journalistes reporters tchadiens, il s'agit d’une "tentative de musèlement de la presse".

Cependant la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel qualifie la décision de la journée sans radio "d’extrémiste" et invite les radios privées à vaquer à leurs activités.

Une quarantaine de radios sur l’ensemble du pays observent ce mot d’ordre du bureau exécutif de leur organisation, affirme à VOA Afrique, Valery Djogmbaye, directeur par intérim de la radio Nada +, situé à Moundou, capitale économique du Tchad.

"Le président Déby avait dit en décembre 1990 qu’il ne nous apporte ni or, ni argent mais la liberté et donc il faudrait que cela soit traduit dans les faits. Mais à la veille de la journée de la liberté et de la démocratie, on nous bombarde avec des gaz lacrymogènes, c’est impensable. Nous ne pouvons pas tolérer ce genre de comportement", a-t-il déploré.

Le président de l’Union des journalistes tchadiens, Abbas Mahamoud Tahir, soutient la journée sans radio et appelle les journalistes à être solidaires dans leur lutte.

Il informe que le directeur général adjoint de la police nationale a exprimé sa désolation suite à cet incident.

"Nous allons continuer à demander plus de respect, plus de protection et de sécurité des journalistes et donc il faut qu’on soit solidaire pour défendre notre métier", a indiqué le président de l’UJT.

Sosthène Mbernodji, coordonnateur du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés, soutient aussi cette action.

"Le peuple tchadien a été témoin le vendredi 27 novembre 2020, des graves violations des droits de l’homme au sein de la radio FM Liberté", une station partenaire de VOA Afrique qui fait la promotion de la démocratie.

La direction générale de la police nationale refuse tout commentaire pour le moment.

"Journée sans radio" à N'Djaména

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Heurts mortels en marge de la prière pour la paix au Tchad

Journée de la prière pour la paix au Tchad à N’Djamena, le 30 novembre 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, la 11e journée de prière pour la paix a été célébrée samedi et dimanche à N’Djamena. La journée coïncide avec le 62e anniversaire de l'indépendance, terni par un conflit éleveurs-agriculteurs qui a fait une trentaine de morts dans la province du Mayo-Kebbi Est, dans le sud du pays.

Les responsables de trois confessions religieuses notent avec regret et tristesse que la veille de la célébration de cette journée soit marquée par les conflits sanglants entre des agriculteurs et des éleveurs dans une partie du pays.

Suite à la dévastation des champs des agriculteurs, le conflit s’est soldé avec la mort de plusieurs personnes et des dégâts matériels.

"Nous manquerons gravement à notre devoir de religieux si nous ne dénonçons pas ce fait qui prouve que le défi de la recherche de paix est de taille et nous sommes tous interpellés", a déclaré Abbé Romain Guelbé, coordonnateur de la plateforme interconfessionnelle.

La plateforme dénonce également les menaces qui planent sur les moyens de communication et le bras de fer entre le pouvoir et les partis politiques de l’opposition.

Une crise politique qui nait après l’annonce de l’organisation d’un forum citoyen par les forces vives qui ne se reconnaissent pas dans les résolutions du 2e forum national inclusif organisé par le pouvoir.

Répondant aux religieux, le président Idriss Déby Itno accuse les acteurs politiques et de la société civile de vouloir diviser les tchadiens pour des intérêts égoïstes.

"Ca fait 11 ans que nous prions ensemble, on aurait dû passer à une autre étape de brassage des Tchadiens", a déclaré le président Déby. "Tous ceux qui seront impliqués répondront devant la justice. Car, force va rester à la loi", a-t-il averti.

Maréchal Idriss Déby Itno, président du Tchad, à N’Djamena, le 30 novembre 2020.
Maréchal Idriss Déby Itno, président du Tchad, à N’Djamena, le 30 novembre 2020.

La déclaration n'a pas convaincu le député Tchombi Getna Kami, qui représente le département de la Kabia, province du Mayo-Kebbi Est.

Tout en appréciant l’initiative du président Déby de faire appliquer la loi en vigueur, le député Tchombi se dit pessimiste quand à l’aboutissement du dossier. Il souhaite qu’un un pool d'avocats soit constitué pour faire avancer le dossier.

Vu la lenteur judiciaire, Toubou Mahamat Bakhit, président de l’Union nationale des jeunes étudiants chrétiens et musulmans des universités du Tchad, propose qu’un comité spécial soit mis en place au niveau de la justice pour gérer cette affaire.

"Si tu as un problème, mieux vaut l’exposer au grand marché que d’aller à la justice, puisqu’avec la lenteur judiciaire tu n’auras pas de solution", dit-il, en citant un adage tchadien.

Toubou Mahamat Bakhit à N’Djamena, le 30 novembre 2020.
Toubou Mahamat Bakhit à N’Djamena, le 30 novembre 2020.

Il propose au chef de l’Etat de mettre sur pied un comité de 90 jours composé des différents acteurs avec à la tête un juriste crédible pour arriver à une justice équitable. Ces gens ont tout perdu et il ne faut pas traîner le pas, a-t-il dit.

Deux cantons situés dans le département de la Kabia, province du Mayo Kebbi Est, dans le Sud du Tchad sont touchés par ce conflit.

Selon le bilan officiel, 36 personnes ont été tuées alors que des sources indépendantes évoquent une cinquantaine de morts, cinq villages incendiés, des milliers de têtes de bétail et des personnes disparues et plus de 70 arrestations.

Des morts en marge de la 11e journée de prière pour la paix entre Tchadiens
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