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Destitution: vote historique mercredi, Trump se déchaîne contre les démocrates

La présidente de la Chambre des Représentants , Nancy Pelosi, à Capitol Hill à Washington, le mardi 10 décembre 2019, sur Capitol Hill à Washington. (Photo AP / Susan Walsh)

Donald Trump a lancé une violente charge contre l'opposition démocrate, qu'il accuse de se livrer à "une guerre ouverte contre la démocratie" car elle prévoit de voter mercredi sa mise en accusation et d'en faire ainsi le troisième président de l'Histoire renvoyé en procès pour destitution.

"Demain, la Chambre des représentants exercera l'un des pouvoirs les plus solennels que lui garantisse la Constitution, quand nous nous réunirons pour approuver deux articles de mise en accusation du président", a déclaré mardi soir la chef des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, dans un lettre aux élus de son parti.

Moins de trois mois après l'explosion du scandale ukrainien, la Chambre des représentants s'apprête ainsi à mettre Donald Trump en accusation pour "abus de pouvoir" et "entrave au travail du Congrès".

Une commission a débattu mardi, dans un climat houleux, des derniers réglages techniques, ouvrant la voie à cette séance parlementaire historique.

A l'approche de cette échéance, Donald Trump a adressé un courrier au vitriol Nancy Pelosi, accusée de "miner la démocratie". "L'histoire vous jugera sévèrement", lui prédit-il, en dénonçant des charges "fourbes", "sans valeurs" ou encore "absurdes".

Pour lui, le vote à la Chambre n'est "rien de plus qu'une tentative de coup d'Etat illégale et partisane", motivé par le ressentiment. "Vous êtes incapable d'accepter le verdict des urnes" en 2016, écrit-il encore à Mme Pelosi.

Tout en se présentant comme la victime d'une "croisade vicieuse", Donald Trump se dit certain de sortir conforté de cet épisode: "Je n'ai aucun doute sur le fait que le peuple américain vous tiendra responsable, avec les démocrates, lors de l'élection de 2020."

La procédure de destitution divise profondément les Américains: 45% souhaitent qu'elle aboutisse à sa révocation - 77% chez les électeurs démocrates - et 47% s'y opposent, d'après un sondage CNN-SSR.

La classe politique reflète parfaitement cette fracture et le vote à la Chambre devrait suivre parfaitement les affiliations partisanes.

- "Pas impartial" -

Une poignée de démocrates élus dans des circonscriptions favorables au président ont fait savoir mardi qu'ils ne sortiraient pas du rang, même si cela devait leur coûter des voix lors des prochains scrutins.

En définitive, seuls deux des 231 élus démocrates pourraient faire défection et aucun des 197 représentants républicains n'a annoncé à ce jour son soutien à la mise en accusation du président.

Donald Trump est donc quasiment certain d'être renvoyé en procès, ce qui n'est arrivé qu'à deux de ses prédécesseurs: Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998. Le républicain Richard Nixon, empêtré dans le scandale du Watergate, avait lui préféré démissionner en 1974 avant de subir cet opprobre.

Le milliardaire républicain sera ensuite jugé au Sénat, sans doute dès janvier. Son acquittement fait peu de doute: il faudrait au moins 67 voix pour le destituer et les républicains disposent de 53 sièges sur 100.

Leur leader Mitch McConnell ne fait pas mystère de ses intentions. "Les démocrates de la Chambre ont bâclé leur enquête", a-t-il déclaré depuis l'hémicycle. "C'est un procès politique, il n'y a rien de juridique et je ne serai pas impartial !"

D'un revers, il a balayé la demande démocrate de convoquer de nouveaux témoins. "Ce n'est pas le travail du Sénat de s'engouffrer dans la brèche et de chercher désespérément les moyens de le déclarer coupable", a-t-il jugé.

"De quoi MM. McConnell et Trump ont-ils peur ? De la vérité ?", a réagi Chuck Schumer, le chef des sénateurs démocrates, en répétant son souhait d'entendre quatre conseillers ou anciens conseillers de la Maison Blanche.

- "Tricher" -

Les démocrates ont ouvert l'explosive procédure en destitution en septembre après avoir appris que Donald Trump avait demandé à son homologue ukrainien, lors d'un échange estival, d'enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de 2020.

Or, une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit armé avec la Russie avait été gelée quelques jours plus tôt sans explication.

Forts de leur majorité à la Chambre, les démocrates ont convoqué plusieurs témoins qui, lors d'auditions spectaculaires, ont confirmé l'existence de pressions pour forcer Kiev à annoncer l'ouverture de l'enquête requise.

Mais Donald Trump martèle que son appel avec Volodymyr Zelensky était "parfait". Dénonçant une enquête "inconstitutionnelle", la Maison Blanche a refusé de coopérer et interdit à plusieurs de ses conseillers de témoigner.

Des manifestations favorables à l'"impeachment" avaient lieu mardi soir dans plusieurs villes américaines, comme à New York, où plusieurs centaines de personnes étaient réunies à Times Square, chantant "nul n'est au-dessus de la loi".

Avec AFP

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Les figures-clés du procès en destitution de Donald Trump

Le chef de la majorité républicaine au sénat, Mitch McConnell.

Seule l'accusation, la défense et le juge chargé de présider les débats auront le droit de parole au procès en destitution de Donald Trump au Sénat, qui entre mardi dans le vif du dossier.

- Une défense musclée et médiatique

Donald Trump ne comparaîtra pas et sera représenté par Pat Cipollone, son conseiller juridique à la Maison Blanche, et Jay Sekulow, son avocat personnel.

Le premier, un juriste de 53 ans, a fait carrière dans le droit des affaires et n'a qu'une expérience modeste des plaidoiries à la barre. Catholique pratiquant, père de dix enfants, plutôt taiseux, il a un style qui contraste avec celui de son client.

Mais sur le fond, et notamment sur leur lecture extensive des pouvoirs du président, ils sont en phase. Pat Cipollone a rédigé en octobre la lettre de huit pages dans laquelle la Maison Blanche jugeait l'enquête en destitution anticonstitutionnelle et intimait aux membres de l'administration de ne pas coopérer avec le Congrès.

Le rôle d'orateur reviendra peut-être davantage à Jay Sekulow, 63 ans, habitué des plateaux de radio et de télévision chrétiennes, qui a plaidé à plusieurs reprises devant la Cour suprême des Etats-Unis notamment pour défendre la liberté religieuse.

D'autres personnalités médiatiques les seconderont, dont Kenneth Starr, 73 ans, rendu célèbre par son rôle de procureur féroce dans l'affaire Monica Lewinsky qui a valu un procès en destitution à Bill Clinton en 1999, et Alan Dershowitz, 81 ans, un avocat dans plusieurs grands dossiers criminels, notamment au procès pour meurtre du footballeur O.J. Simpson.

- L'accusation déterminée et diverse

Sept élus démocrates de la Chambre des représentants, quatre hommes et trois femmes, tous avec une expérience juridique, porteront l'accusation contre Donald Trump. Avec deux Noirs et une hispanique, cette équipe resserrée reflète la diversité du parti.

Le procureur en chef, Adam Schiff, 59 ans, a supervisé l'enquête en tant que chef de la commission du Renseignement et connaît l'affaire ukrainienne sur le bout des doigts.

Posé, n'élevant jamais la voix, l'élu de Californie est précis et méthodique, ce qui devrait l'aider à exposer clairement les éléments du dossier.

Cet ex-procureur fédéral, qui a écrit quelques scénarii pour Hollywood dans les années 1990, est devenu l'une des bêtes noires de Donald Trump qui l'a affublé de nombreux sobriquets, dont "Schiff le fourbe".

A ses côtés, le chef de la commission judiciaire de la Chambre Jerry Nadler, 72 ans, est un autre ennemi du milliardaire républicain, avec qui il a croisé le fer dès les années 1980 à New York. Spécialiste du droit constitutionnel, ce vétéran de la politique devrait étayer la base juridique du dossier d'accusation.

- Un juge arbitre et modeste

Le chef de la Cour suprême des Etats-Unis John Roberts est chargé par la Constitution de présider le procès. Ce brillant magistrat de 64 ans, qui compare son travail à celui d'un "arbitre" de sport, a toujours essayé de s'élever au dessus des batailles partisanes.

Très attaché à l'indépendance de la Justice, ce conservateur nommé par George W. Bush à la haute juridiction s'était opposé à Donald Trump en 2018 pour défendre un juge accusé de partialité.

Les règles du Sénat limitent ses marges de manoeuvre et il devrait se contenter d'une posture modeste.

- Un deus ex machina

On ne l'entendra pas, puisque les sénateurs poseront uniquement leurs questions par écrit, mais le chef de la majorité républicaine Mitch McConnell tirera toutes les ficelles en coulisses.

Ce fidèle défenseur du président fera tout pour que les 53 élus de son groupe (sur 100 sénateurs) rejettent la demande démocrate de nouveaux témoins pour boucler "au plus vite" le procès par un acquittement, comme le souhaite Donald Trump.

A 77 ans, le sénateur, élu du Kentucky sans discontinuer depuis 1984, est un animal politique à sang froid, qui sait monter des manoeuvres politiciennes sophistiquées pour faire avancer la cause conservatrice.

Sa placidité apparente et sa longévité lui ont valu le surnom de "tortue". Lui affirme dans son autobiographie ("The Long Game") devoir sa résistance aux batailles livrées dans sa jeunesse: contre la polio et contre les enfants qui le harcelaient à l'école.

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