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Des Ouïghoures transformées par leur passage dans des camps chinois, selon leurs familles

Rushan Abbas montrant une photo de sa soeur, Gulshan Abbas, une des nombreuses Ouïghoures détenues, selon elle, dans un camp de rééducation chinois, Washington, le 17 décembre 2018.

Leurs épouses ouïghoures avaient disparu il y a plus d'un an dans des camps chinois destinés à combattre la radicalisation islamique: elles ont été récemment libérées mais en sont revenues transformées, selon leurs maris pakistanais qui s'avouent désemparés.

Ces femmes musulmanes originaires de la région du Xinjiang, au nombre d'une quarantaine et mariées à des négociants du Pakistan voisin, étaient internées dans le cadre d'un vaste programme controversé de déradicalisation mené par Pékin.

Elles en ont été libérées ces derniers mois à condition qu'elles démontrent leur "capacité d'adaptation à la société chinoise", par exemple en mangeant du porc ou en buvant de l'alcool, ont raconté leurs maris à l'AFP.

Près d'un million de citoyens chinois, dont des Ouïghours et des membres d'autres ethnies musulmanes, sont ou ont été détenus dans des camps de rééducation de la région, selon des experts cités par l'ONU.

La Chine assure qu'il s'agit de "centres de formation professionnelle" destinés à renforcer l'employabilité des habitants et à les éloigner de toute radicalisation islamiste.

Les maris pakistanais de ces femmes, qui réclamaient depuis des mois leur libération, estiment qu'elles ont été visées en raison de leurs liens avec le Pakistan, une république islamique.

Alors que le programme d'internement chinois fait l'objet de vives critiques dans le monde, la "majorité" de leurs épouses ont à présent été libérées, indique Faiz Ullah Faraq, un porte-parole du gouvernement de la province pakistanaise du Gilgit-Baltistan, frontalière du Xinjiang.

"Il y avait environ 43 femmes (...) et on nous a dit que la plupart d'entre elles ont été libérées", confirme l'avocat Javed Hussain. Aucune explication officielle n'a été fournie.

Toutes sont mariées à des hommes d'affaires pakistanais qui retournent chaque année dans leur pays d'origine pour faire du négoce, tandis qu'elles restent au Xinjiang.

L'AFP a pu s'entretenir avec neuf de ces maris, qui ont tous affirmé que leurs épouses avaient été libérées sous conditions et demeureraient sous observation des autorités chinoises pendant trois mois.

Durant cette période, a expliqué l'un d'eux à l'AFP sous le couvert de l'anonymat, les autorités "observeront la capacité d'adaptation" de sa femme "à la société chinoise, et si elles la considèrent comme inadaptée, elle sera renvoyée".

Cet homme a rendu visite à son épouse au Xinjiang après la libération de celle-ci en mars. "Elle priait régulièrement mais maintenant c'est terminé, et elle a commencé à boire (de l'alcool) à l'occasion lorsqu'elle va au restaurant", relate-t-il.

Sa femme "est devenue une véritable étrangère", se plaint-il, ajoutant que lorsqu'il l'interroge sur son changement de comportement, "elle ne dit pas un mot".

- "Pas très au courant" -

Un autre négociant spécialisé dans le commerce de pierres, qui lui aussi a retrouvé sa femme récemment au Xinjiang, dit avoir vécu une expérience similaire.

"Mon épouse, une musulmane pratiquante, a été transformée en quelqu'un que je n'aurais pas pu imaginer. Elle a cessé de prier, elle boit et mange du porc", raconte-t-il.

Sa femme lui a dit qu'elle "pense que ses parents, ou ses frères et soeurs l'espionnent peut-être et qu'elle n'a donc pas le choix", poursuit-il.

"Le pire, c'était son silence", souligne-t-il. "Elle soupçonne tout le monde, ses parents, sa famille, même moi". "Je crains que notre mariage ne dure pas car elle est devenue une toute autre personne, quelqu'un que je ne connais pas."

Les sept autres marchands interviewés par l'AFP, qui s'exprimaient tous sous le couvert de l'anonymat et qui n'ont eu que des contacts téléphoniques avec leurs épouses libérées, ont tous fait part d'expériences similaires.

Le ministère chinois des Affaires étrangères s'est refusé à tout commentaire. Un porte-parole de la diplomatie pakistanaise n'a pas répondu à une requête de l'AFP.

Le numéro deux de l'ambassade chinoise à Islamabad, Lijian Zhao, s'est lui insurgé dans une interview à la chaîne pakistanaise HUM News contre ce qu'il a qualifié de "propagande occidentale contre la Chine".

"Ils essaient de créer des différends entre la Chine et le Pakistan, et d'autres pays musulmans", a-t-il accusé, soulignant que le Xinjiang compte "plus de 24.000 mosquées".

Quant aux "centres éducatifs", ils sont destinés "aux gens dont la façon de penser a été affectée par les extrémistes, (l'idéologie) terroriste", a-t-il assuré.

James Leibold, spécialiste des questions de sécurité en Chine à l'université australienne de La Trobe, note que la politique de surveillance mise en place au Xinjiang donne aux autorités "une confiance accrue" en leur capacité à surveiller de près ceux qui quittent les camps.

Maya Wang, de Human Rights Watch, note que son organisation a eu vent de personnes libérées des camps et se trouvant désormais sous résidence surveillée ou très restreintes dans leurs déplacements. Selon elle, "ces libérations pourraient indiquer que le gouvernement chinois se montre de plus en plus sensible à l'attention et aux pressions internationales croissantes au sujet de ses graves abus au Xinjiang."

Une telle pression est d'autant plus délicate quand elle provient de pays comme le Pakistan, que la Chine considère comme un proche allié face à Washington et à d'autres puissances. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo avait qualifié fin mars "d'hypocrisie honteuse" la politique de Pékin au Xinjiang.

Ces dernières années, Pékin a nettement renforcé ses relations avec Islamabad, investissant des dizaines de milliards de dollars dans de vastes projets d'infrastructures dans le cadre de ce qui a été baptisé le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).

La Chine "ne peut pas se permettre de voir les critiques internationales de sa politique au Xinjiang s'étendre dans le monde musulman, surtout au Pakistan", souligne M. Leibold.

De son côté, le Pakistan, qui met volontiers en avant sa relation proche avec son puissant voisin, se montre réticent à le critiquer.

"Pour parler franchement, je ne suis pas très au courant", bottait en touche en mars le Premier ministre pakistanais Imran Khan, interrogé à ce sujet par le Financial Times.

Avec AFP

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Au moins 17 morts dans un attentat à la voiture piégée en Afghanistan

Des soldats de l'Armée nationale afghane (ANA) surveillent les environs à un poste de contrôle dans la province de Logar, en Afghanistan, le 16 février 2016.

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins 17 morts et 21 blessés jeudi soir au sud de Kaboul, la capitale afghane, selon des responsables et un soignant, quelques heures à peine avant le début d'un cessez-le-feu.

"17 morts et 21 blessés ont été amenés à notre hôpital. Il y avait des civils et des soldats parmi les victimes", a déclaré à l'AFP le docteur Sediqullah, le chef des urgences de l'hôpital de Pul-i-Alam, la capitale de la province de Logar où l'attaque a eu lieu.

"La plupart des victimes étaient des civils (...) dans un lieu bondé où les gens étaient venus faire des courses avant l'Aïd ", a précisé le porte-parole du gouverneur de Logar, Dedar Lawang.


Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Tariq Arian, a quant à lui confirmé l'incident, mais dénombré huit morts et 30 blessés.

"J'ai vu 15 cadavres et 20 blessés emmenés à l'hôpital par la police", a pour sa part déclaré à l'AFP Jamshed Ahmad, un étudiant de 22 ans présent au moment de l'attaque.

"Cela s'est passé près du bureau du gouverneur et a fait beaucoup de bruit", a-t-il ajouté.

L'attentat n'a pour l'instant pas été revendiqué, et, selon le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid, l'incident "n'a rien à voir" avec les insurgés.

Ces derniers se sont engagés à observer une trêve de trois jours avec le gouvernement afghan qui doit commencer vendredi matin, le premier jour des fêtes de l'Aïd Al-Adha.

Ce cessez-le-feu représente une étape cruciale en vue d'une possible ouverture de pourparlers inédits entre les talibans et Kaboul, qui pourraient mettre fin à des décennies de conflit.

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