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Tunisie

Des ONG dénoncent le refoulement de migrants ivoiriens et soudanais sans papiers

Des pêcheurs manifestent en faveur des migrants au port de Zarzis, Tunisie, 6 août 2017.

Le ministère tunisien de la Défense a annoncé lundi avoir interdit à 53 migrants ivoiriens et soudanais d'entrer illégalement sur le territoire tunisien, une décision condamnée par des ONG qui dénoncent une "violation" des droits de ces personnes, parmi lesquelles des bébés.

Dimanche, un groupe de 33 Ivoiriens et un autre de 20 Soudanais venant de Libye par voie terrestre ont été arrêtés par des unités militaires dans la zone frontalière de Médenine (sud) et refoulé vers le territoire libyen, selon le ministère de la Défense.

Ces unités leur ont demandé d'entrer par les postes frontaliers officiels, a précisé le ministère dans un communiqué.

Dans une vidéo partagée depuis dimanche sur les réseaux sociaux, des migrants, dont des femmes et des enfants, se plaignent d'être "rejetés" dans le désert sans nourriture et sans eau par les autorités tunisiennes.

Selon le témoignage de l'un de ces migrants, ils sont tous Ivoiriens. "On ne sait pas quoi faire (...), on a besoin d'aide", a-t-il déploré. L'AFP n'a pas pu vérifier cette vidéo, qui a été reprise par une ONG, le Forum tunisien des droits économiques (FTDES).

Dans un communiqué conjoint, des ONG tunisiennes ont dénoncé une "violation des droits des migrants", évoquant le refoulement de 36 Ivoiriens et non 33, parmi lesquels 11 femmes, dont une enceinte, et trois bébés, "délaissés dans des conditions climatiques dures".

Ces ONG, incluant la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH) et le FTDES, ont appelé dimanche les autorités tunisiennes à "permettre à ces migrants d'entrer d'urgence sur le territoire tunisien pour qu'ils soient pris en charge par des organisations humanitaires".

Selon un rapport du FTDES publié en juillet, le nombre de migrants arrivés en Tunisie via la frontière terrestre, essentiellement des Subsahariens arrivant de Libye, a plus que doublé au premier semestre 2019.

Augmentation du nombre de migrants en Tunisie
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Au total, 1.008 candidats à l'exil sont entrés illégalement en Tunisie par les frontières terrestres de janvier à juin, contre 417 sur la même période l'an passé.

"L'objectif de la majorité d'entre eux est de partir vers l'Europe par la mer, tandis que certains ont quitté la Libye pour fuir la situation sécuritaire", ont indiqué les auteurs de ce rapport.

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Les Tunisiens ont un nouveau Premier ministre, Hichem Mechichi

Le président tunisien Kais Saied (à dr.) nomme le ministre de l'intérieur Hichem Mechichi au poste de Premier ministre, au Palais de Carthage, à la périphérie est de la capitale Tunis, le 25 juillet 2020. (Photo: STRINGER / TUNISIAN PRESIDENCY / AFP)

Le ministre tunisien de l'Intérieur, Hichem Mechichi, a été désigné samedi soir par le président Kais Saied chef du futur gouvernement qui doit former d'ici un mois son équipe dans un contexte politique tendu.

"Après l'examen et la lecture de toutes les situations (dans le pays) je vous charge de former le gouvernement", a dit le président tunisien à l'adresse de M. Mechichi au palais de Carthage, dans une vidéo publiée sur la page officielle de la présidence de la République.

Juriste de formation, Hichem Mechichi, 46 ans, n'a pas été proposé par les partis politiques au pouvoir.

Ministre de l'Intérieur dans le gouvernement sortant d'Elyes Fakhfakh, il était le premier conseiller du président Saied, chargé des affaires juridiques.

Cet ancien chef de cabinet des ministères du Transport, des Affaires sociales et de la Santé aura un mois pour former son gouvernement.

Il devra ensuite obtenir la confiance du Parlement à la majorité absolue d'ici septembre. Faute de quoi, l'Assemblée sera dissoute et de nouvelles élections législatives auront lieu.

La Tunisie, où le dernier scrutin législatif s'est déroulé en octobre, aurait alors 90 jours pour organiser ce vote anticipé, soit avant fin 2020.

Dans une déclaration publiée par la présidence de la République M. Mechichi a estimé que son nouveau poste représente une "grande responsabilité et un grand défi surtout dans les circonstances actuelles de notre pays" promettant de "travailler pour former un gouvernement qui répondra à toutes les attentes des Tunisiens".

Sa désignation intervient le jour où la Tunisie fête le 63e anniversaire de la République, un jour qui marque l'abolition du régime monarchique et la proclamation de la République en 1957.

Ce jour commémore aussi le premier anniversaire de décès de Béji Caid Essebsi, premier président tunisien élu au suffrage universel en 2014, mort à quelques mois de la fin de son mandat à l'âge de 92 ans.

"Blocage des travaux"

M. Mechichi succèdera à Elyes Fakhfakh qui, fragilisé par une affaire de conflit d'intérêt, a démissionné sous la pression du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, qui avait déposé une motion de défiance contre lui.

Le nouveau Premier ministre a la difficile tâche de rassembler une majorité au sein d'un Parlement profondément fragmenté.

Elue en octobre, l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) est composée d'une myriade de partis, dont certains sont à couteaux tirés. C'est le cas notamment du Parti destourien libre (PDL) de l'anti-islamiste Abir Moussi (16 députés sur 217) et du parti Ennahdha, la première force au parlement (54 députés).

Durant les deux dernières semaines, des plénières n'ont pas été tenues en raison des échanges violents entre notamment ces deux blocs, et un sit-in du PDL réclamant le départ du président du parlement Rached Ghannouchi, également chef d'Ennahdha.

Ce dernier fait l'objet d'une motion de retrait de confiance qui sera examinée lors d'une plénière le 30 juillet.

Lundi, le président Saied a mis en garde contre un état de "chaos" au sein du Parlement et un "blocage des travaux d'une institution constitutionnelle".

Dans un communiqué publié vendredi, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme a estimé que les gouvernements successifs n'avaient pas réussi à établir "une politique de développement capable de réduire le chômage, les déséquilibres régionaux, l'inflation financière et les déficits commerciaux".

La Tunisie, qui a pris avec succès des mesures drastiques pour circonscrire l'épidémie de coronavirus, est frappée de plein fouet par les retombées économiques et sociales de la fermeture des frontières.

Des milliers d'emplois sont sur la sellette alors que la population est déjà exaspérée par le manque de perspectives dans un pays où le taux de chômage officiel dépasse les 30% dans certaines régions et parmi les jeunes.

Ces dernières semaines, le sud du pays a enregistré des mouvements de protestation contre le chômage et une politique de marginalisation.

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