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RDC

Dans l'est de la RD Congo, le Covid-19 est une menace parmi d'autres

Des vendeurs arrivent pour participer à une foire organisée par des organisations internationales de secours pour tenter de relancer l'activité économique à Komanda, dans la province de l'Ituri le 27 janvier 2016. (Photo MARC JOURDIER / AFP)

La pandémie de coronavirus est venue s'ajouter à la liste déjà longue des menaces sanitaires et des conflits armés dans l'est de la République démocratique du Congo où les mesures restrictives compliquent un peu plus le travail des humanitaires.

Au total, l'Est de la RDC a enregistré 21 cas de Covid-19, soit très peu par rapport à la capitale Kinshasa (1.594) à 2.000 km de là.

"La crise du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier les atrocités qui se poursuivent", a prévenu mardi le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, lui-même à la tête des équipes de prise en charge dans le Sud-Kivu.

Près de 300 civils ont été massacrés depuis mars en Ituri, où les violences d'un groupe armé ethnico-mystique ont provoqué le déplacement de 200.000 personnes d'après l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Au Nord-Kivu, 15 personnes ont été tuées en 48 heures dans la région de Beni, fief des redoutables Forces démocratiques alliées (ADF).

Onze petits groupes armés actifs dans le territoire de Lubero ont bien déclaré lundi "l'arrêt immédiat des hostilités", mais sans faire allusion au virus. "Nous sommes prêts à déposer les armes", a aussi répété le chef de guerre Guidon, dans une vidéo en costume avec un masque.

Dans le Sud-Kivu, l'armée congolaise observe une "accalmie" dans le conflit entre des communautés locales et les Banyamulenge, des éleveurs tutsi Congolais aux lointaines origines rwandaises.

- Sensibiliser par téléphone -

Et dans le Tanganyika, la même armée congolaise est "en alerte" en raison d'un différend frontalier avec la Zambie.

"Le mois de mars 2020 a été l'un des mois les moins meurtriers pour les civils depuis le début de nos relevés (47 morts enregistrés, contre 88 en moyenne)", résume un expert du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), qui traque les violences dans les deux provinces du Kivu depuis 2017.

"Mais depuis, les violences ont repris (85 civils tués) et le nombre d'affrontements en avril est même plus élevé que la moyenne avec 60 affrontements au cours du mois contre 51 en moyenne", ajoute-t-il.

"Non, les conflits ne s'arrêtent pas avec les épidémies", affirme une porte-parole du Comité international de la Croix-rouge, Fatima Sator.

"L'épidémie de coronavirus vient s'ajouter à la longue liste de problèmes déjà existants : plusieurs conflits armés, d'autres épidémies comme la rougeole, le choléra, Ebola, le paludisme, et une très grande difficultés d'accès aux soins pour les populations", résume-t-elle.

"Nous continuons nos actions à l'Est mais en nous adaptant aux mesures de prévention", ajoute le CICR. "Par exemples nous poursuivons nos séances de sensibilisation avec les groupes armés. Avant, nous le faisions lors de rencontres avec les acteurs concernés, mais aujourd'hui nous les sensibilisons au téléphone".

"Le coronavirus ne doit pas mettre en péril la réponse aux autres urgences sanitaires", prévient l'ONG Médecins sans frontières (MSF), engagé contre la Covid-19 mais aussi contre Ebola et la rougeole.

Des responsables de l'ONG s'inquiètent de l'afflux de déplacés internes en Ituri.

"Je ne pense pas que le Covid-19 soit la première inquiétude pour ces personnes-là. Ils ont des abris de fortune, voire pas d'abri du tout, pas de douche, pas assez de latrines" selon Avra Fiala, chargé de communication de MSF.

La province du Nord-Kivu a rétabli mercredi matin des mesures restrictives (isolement et couvre-feu nocturne à Goma) avec la réapparition de nouveaux cas.

Le gouverneur avait levé ces mesures il y a quelques semaines avec la guérison des premiers cas.

Les trois provinces orientales (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu) vivent à l'heure de la fermeture des frontières avec les pays voisins (Ouganda, Rwanda, Burundi).

Bloqués au Burundi, plusieurs centaines de Congolais ont tout de même pu rentrer mardi dans leur pays, avant l'élection présidentielle de mercredi dans le "petit pays".

"Les frontières sont fermées pour les personnes, mais les marchandises passent", affirme un responsable de la Direction générale des Migrations (DMG) à l'un des deux poste-frontaliers avec le Rwanda à Goma.

Cette importation de marchandises du Rwanda est vitale pour contenir la flambée des prix de la viande à Bukavu : "Avec la fermeture de frontières, le prix d’une vache avait grimpé de 500 à 600 dollars jusqu’à 800 voire 900 dollars", témoigne Dieudonné Byaombe, chef de l’abattoir Elakat.

"Depuis le 11 mai, nous accueillons par jour trois à quatre camions remplis de vaches en provenance du Rwanda comme par le passé. Nous respirons avec ces mesures d’assouplissement", ajoute-t-il. Une lutte contre la hausse des prix d'autant plus vitale que le franc congolais chute par rapport au dollar (1.900 pour un dollar).

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La ville de Bukavu coupée du reste de la RDC à cause du coronavirus

Nyawera, une place très frequentée à Bukavu dessertée, en RDC, le 1er juin. (VOA/Ernest Muhero)

La ville de Bukavu est isolée du reste du pays pendant 15 jours. A cause du coronavirus.

La ville de Bukavu est isolée du reste du pays. La mesure, qui devrait durer 15 jours, est assortie de couvre-feux et de bouclages de 20h à 5h du matin pour limiter la propagation du nouveau coronavirus.

La décision émane du gouverneur du Sud Kivu, Théo Ngwabidje, au vu de la progression de cette pandémie qui est passée en quelques jours de 4 cas à 16 puis à 28, avec 4 décès et 4 guérisons.

En cette première journée du confinement et isolement de la commune d’Ibanda, une des trois dont compte la ville, 240 contacts des cas confirmés positifs au coronavirus ont été visités par les équipes de suivi.

Coronavirus: Bukavu isolée du reste de la RDC pendant 15 jours
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L’essentiel des activités commerciales et administratives sont paralysées mais on déplore l’interpellation d’un journaliste dans l’exercice de son travail à Panzi, où une partie de la population n’a pas accepté de rester à la maison.

Dans la commune d'Ibanda, les habitants ont observé la mesure. Les rues sont désertes, les magasins, boutiques et marchés fermés. Le transport en commun et les autres activités commerciales ou administratives suspendues. La police veille sur les récalcitrants.

Feu Rouge, un check point de la police installé, en RDC, le 1er juin. (VOA/Ernest Muhero)
Feu Rouge, un check point de la police installé, en RDC, le 1er juin. (VOA/Ernest Muhero)

Si tout se passe comme voulu au centre-ville, dans le quartier populaire de Panzi, le constat n’est pas le même. Les activités commerciales sont suspendues, mais une frange de la population n’est pas restée à domicile.

"Vers Panzi et Essence, la population a opposé de la résistance. La police a dû négocier; et faute de solution appropriée, la police a dû recourir à des gaz lacrymogènes pour disperser les attroupements, mais on n’a pas enregistré des cas de blessés de ce côté", confie à VOA Afrique Justin Bahirwe, juriste et défenseur des droits humains.

En fait deux policiers et leur commandant ont été placés en détention préventive pour avoir bousculé au moins une personne, apprend-on.


Le ministre provincial de la santé, Cosmos Bishisha que VOA Afrique a rencontré au marché de Nyawera où une équipe procède à la décontamination, confirme le déploiement des équipes de riposte. "Une équipe qui est chargée du suivi de contacts et d'investigation des alertes est à pied d’œuvre", explique-t-il. "Certaines équipes sont parties dans des ménages qui ont connu un cas confirmé, d’autres sont en train de décontaminer des lieux publics, comme ici".

Dans plusieurs endroits de la commune isolée, la présence policière était très observée, et de temps en temps renforcée par des éléments de forces armées de la RDC pour contrôler si les personnes en circulation avaient l’autorisation émise la veille par le cabinet du gouverneur et remise à quelques personnes au regard de la nature de leur travail. Il s'agit des humanitaires, du personnel soignant, des journalistes et certaines autres occupations.

La ville de Bukavu est isolée du reste de la province pendant 15 jours suivi des couvre-feux et bouclage de 20h à 5h du matin. La commune d’Ibanda va connaitre cet isolement pendant 3 jours. Objectif: sauver des vies en freinant la propagation du coronavirus.

Morts en série au sommet de l'Etat et rumeurs d'empoisonnement à Kinshasa

L’immeuble du gouvernement, Kinshasa, RDC, 23 juin 2018. (VOA/ John Lyndon)

Des morts en série dans l'entourage du président de la République démocratique du Congo (RDC), officiellement de la maladie Covid-19, alimentent des rumeurs d'empoisonnements au sommet de l'Etat à Kinshasa.

Ce climat déjà pesant s'est alourdi avec le décès soudain du juge en charge d'un procès anticorruption sans précédent. Ce procès doit reprendre mercredi avec, sur le banc des accusés, un homme fort de la vie politique congolaise, le directeur de cabinet et principal allié du chef de l'Etat, Vital Kamerhe.

Le président Félix Tshisekedi est muet depuis ses deux interventions télévisées les 18 et 24 mars pour instaurer "l'état d'urgence sanitaire" face aux premiers cas de nouveau coronavirus en RDC.

Depuis, le Covid-19 a touché selon les derniers chiffres officiels 3.326 personnes et tué 72 patients, dont une bonne dizaine dans les cercles de la présidence et du gouvernement.

La maladie a d'abord touché fin mars la ministre de l'Economie Acacia Bandubola, qui a perdu une soeur et son frère, membre de son cabinet.

Depuis, plusieurs décès ont été signalés à la présidence: Jacques Ilunga, l'un des principaux négociateurs de l'accord de coalition avec le précédent président Joseph Kabila; l'oncle du président, Mgr Gérard Mulumba, responsable de la "Maison civile" (les affaires privées); Charles Kilosho, directeur adjoint de la communication présidentielle.

"Si je ne me trompe pas, nous avons enterré deux ou trois personnes cette semaine", a encore déclaré vendredi soir le porte-parole du président, Tharcisse Kasongo Mwema Yamba Y'amba.

"Tous les services de la présidence sont mis en alerte", a-t-il reconnu sur la chaîne d'Etat RTNC, qui l'a interrogé sur les rumeurs d'empoisonnement entourant ces décès en série.

"Scientifiquement, il n'y a encore aucune preuve qui a été donnée pour dire qu'il y autre chose que le Covid-19 parmi les décès que l'on a déplorés à la présidence de la République", a-t-il répondu.

"Je ne sais pas vous dire si c'est le Covid ou si c'est le poison", a-t-il ajouté dimanche sur la radio privée Top Congo FM, relancé sur la même question.

Il a repris le même argument de l'absence de preuves scientifiques infirmant la thèse de la mort par Covid ou validant des décès par empoisonnement.

"Je ne sais pas si les autopsies ont été réalisées, je n'ai pas entendu parler d'autopsies", a-t-il ajouté.

Dans ce climat délétère, l'opinion attend le résultat de l'autopsie du magistrat Raphaël Yanyi, mort dans la nuit de mardi à mercredi.

- Le parti de Kamerhe se défend -

Deux jours avant sa mort, visiblement en pleine forme, le magistrat âgé d'une cinquantaine d'année présidait avec professionnalisme et fermeté le procès de Vital Kamerhe et de deux autres accusés, jugés pour le détournement de quelque 50 millions de dollars de fonds publics.

Le juge est décédé moins de 48 heures plus tard, d'une crise cardiaque, d'après la police.

"Aucun résultat n'est sorti", a déclaré mardi à l'AFP Lambert Ombalakonde, porte-parole de la famille du défunt.

"Il faut patienter encore quelque jours", a expliqué à l'AFP un magistrat du Parquet, indiquant que ce rapport n'est pas destiné au public.

En attendant, la famille a qualifié de "spéculations" les informations qui circulent sur les réseaux sociaux et même dans certains médias.

Dimanche soir, la radio onusienne Okapi a avancé que "le juge Raphaël Yanyi n'est pas décédé d'une mort naturelle. Un poison aurait été utilisé pour le tuer". Ce média généralement fiable affirmait se baser sur le rapport d'autopsie et des sources judiciaires.

Le parti de Vital Kamerhe, l'Union pour la Nation congolaise (UNC), a regretté les "attaques distillées sur les réseaux sociaux tendant à lui attribuer" les morts en série à la présidence. L'UNC a dénoncé un acte de "cybercriminalité".

Le Parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête et demandé une autopsie pour déterminer les "causes ou moyens" du décès. L'autopsie a été pratiquée vendredi, selon certains médias congolais.

"Le parti dénonce également des critiques tendancieuses dirigées contre son président national (Vital Kamerhe) et ses avocats à la suite de la mort inopinée du juge Raphaël Yanyi".

L'UNC a demandé d'éclaircir "les morts inquiétantes à la présidence de la République et le décès inattendu du juge", demandant pour celui-ci "l'implication d'un médecin légiste indépendant et international".

Bien plus qu'un simple directeur de cabinet, Vital Kamerhe, 61 ans, est le principal allié du président dans son arrivée au pouvoir en janvier 2019.

Ancien président de l'Assemblée nationale, M. Kamerhe s'est désisté en novembre 2018 pour permettre à M. Tshisekedi d'être candidat. Les deux hommes ont conclu un accord politique qui prévoyait que M. Kamerhe soit candidat à la prochaine élection en 2023.

Appel à la destitution d'un général congolais 10 ans après la mort de l'activiste Floribert Chebeya

Le défenseur des droits humains Floribert Chebeya, de l'organisation Voix des Sans Voix, lors d'un séminaire à Kinshasa, Congo, en janvier 2010. (AP Photo / Marcel Shomba Okoka)

Des ONG ont appelé lundi le président Tshisekedi à démettre de ses fonctions l'Inspecteur général des armées, le général John Numbi, qu'elles considèrent comme le "suspect numéro un" dans la mort de deux défenseurs des droits de l'homme il y a tout juste dix ans en République démocratique du Congo.

Le 2 juin 2010, le directeur de l'ONG la Voix des sans voix (VSV), Floribert Chebeya, était retrouvé mort. Son chauffeur sera déclaré mort quelques mois plus tard.

Le 1er juin 2010, les deux hommes s'étaient rendus à l'Inspection générale de la police à Kinshasa.

Dix ans plus tard, la Voix des sans voix (VSV) et plusieurs organisations congolaises "demandent au président de la République de relever de ses fonctions le général John Numbi", Inspecteur général de la police à l'époque des faits, et actuel Inspecteur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Ces organisations considèrent que ce geste serait comme "un signal fort de lutte contre l’impunité des crimes contre les défenseurs des droits de l’Homme".

Elles demandent que le général Numbi soit mis "à la disposition de la justice en garantissant ses droits à la défense".

Le président de la VSV a également demandé au chef de l'Etat "magistrat suprême" la ré-ouverture du procès Chebeya.

Cinq policiers avaient été condamnés à l'issue d'un procès devant la justice militaire en 2011. Le général John Numbi avait été entendu comme témoin.

Le général John Numbi a été nommé à son poste actuel par l'ancien président Joseph Kabila, au pouvoir entre 2001 et 2019.

Le général Numbi avait été détaché fin 2019 à Beni (est) avec l'Etat-major pour lutter contre les massacres de civils attribués au groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF).

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