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Nigeria

Crise dans le secteur du logement

Les habitations du quartier isolé de Ghisiri à Abuja, au Nigeria, le 10 octobre 2019. (VOA/Gilbert Tamba)

Au Nigéria, environ 70% de la population du pays vit dans des zones peuplées pauvres, dépourvues de commodités de base. Le pays est en manque de plus de 22 millions de logements selon l’ONU.

A Gishiri, les habitants de ce grand quartier se battent au quotidien pour se frayer un chemin dans ce ghetto bondé de monde, où la paupérisation fait des ravages.

"Je vis à Gishiri parce que je n’ai pas le choix. C’est l’endroit où vivent les pauvres. Vous me comprenez ? Parce que je n’ai pas les moyens d’aller vivre dans le centre-ville. Quand Dieu va répondre à ma prière tout ira bien", confie un résident à VOA Afrique.

Les conditions sanitaires sont déplorables à Ghisirijpg, au Nigeria, le 10 octobre 2019. (VOA/Gilbert Tamba)
Les conditions sanitaires sont déplorables à Ghisirijpg, au Nigeria, le 10 octobre 2019. (VOA/Gilbert Tamba)

La capitale nigériane Abuja est considérée comme l’une des plus belles d’Afrique de l’Ouest. Mais chaque année, plusieurs centaines de personnes arrivent de la campagne à la recherche d’un emploi, ce qui accentue cette pénurie de logements.

"Les maisons ne sont pas du standard. Les écoles et tout le reste, rien n’est bon. Nous ne sommes pas contents. Nous demandons au gouvernement de nous aider pour l’eau, la route et tous les autres besoins", explique un autre résident.

Yahaya Joy vit dans le quartier de Ghisiri, au Nigeria, le 10 octobre 2019. (VOA/Gilbert Tamba)
Yahaya Joy vit dans le quartier de Ghisiri, au Nigeria, le 10 octobre 2019. (VOA/Gilbert Tamba)


Une situation qui devient de plus en plus grave et la population du pays continue de croître plus vite que la capacité de construire de nouveaux logements.

La crise du logement et les frais de loyer élevés dans la capitale poussent ainsi les habitants les plus pauvres à construire leurs propres baraques. Les risques sanitaires encourus par ces habitants sont élevés.

De passage récemment au Nigeria, une délégation onusienne conduite par Leilani Farha, rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement, a décrit les conditions de certains établissements informels au Nigéria, d’inhumaines et peut-être les pires du monde.

"Nous estimons à 22 millions de logements en déficit dans ce pays. En d’autres termes il y a un manque de 22 millions de logements. Donc au moins 69 à 70% de la population urbaine vit dans des habitations informelles", a-t-elle souligné.

Malgré les efforts des autorités, les résultats souhaités par les Nigérians dans le domaine du logement se font attendre.

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Une vingtaine d'agriculteurs kidnappés près d'Abuja

Ces dernières années, les violences perpétrées par les "bandits" sont en hausse: ces gangs criminels ont tué plus 2.600 civils en 2021.

Des hommes armés ont enlevé mercredi 22 agriculteurs dans leurs champs à la périphérie d'Abuja, capitale du Nigeria, dernier kidnapping d'une longue série dans le pays le plus peuplé d'Afrique, a annoncé vendredi la police.

Des bandes criminelles, désignées localement sous le terme de "bandits", attaquent fréquemment les régions rurales du centre et du nord-ouest du Nigeria mais les enlèvements massifs sont rares sur le Territoire de la capitale fédérale (FCT), également situé dans le centre du pays.

L'enlèvement "s'est produit à Rafin Daji, une localité (située) entre l'Etat du Niger et le territoire de la capitale fédérale", a déclaré à l'AFP Oduniyi Omotayo, porte-parole de la police régionale. "Il a été confirmé que 22 agriculteurs ont été enlevés" pendant qu'ils travaillaient dans leurs champs, a précisé M. Omotayo.

Dans la foulée, la police et les agences de sécurité ont pris d'assaut une forêt où les assaillants se sont cachés, a-t-il ajouté, sans donner davantage de détails sur cette opération de sauvetage.

Ces dernières années, les violences perpétrées par les "bandits" sont en hausse: ces gangs criminels ont tué plus 2.600 civils en 2021, soit une augmentation de plus de 250% par rapport à 2020, selon des chiffres de l'ONG Acled. Ce nombre dépasse de loin le nombre officiel de victimes tuées en 2021 dans l'insurrection jihadiste qui frappe le nord-est du Nigeria depuis 13 ans.

Les "bandits", eux, sont motivés par l'argent et non par une idéologie, et relâchent souvent leurs otages après le paiement d'une rançon. Mais des analystes s'inquiètent de rapprochements entre les bandits et les groupes jihadistes du nord-est. L'armée nigériane, déployée sur ces multiples fronts, tente également de mettre fin à une agitation séparatiste dans le sud-est.

La crise du carburant paralyse la vie et les activités des Nigérians

La crise du carburant paralyse la vie et les activités des Nigérians
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La pénurie du carburant persiste dans les grandes villes nigérianes

Le manque de carburant oblige certains automobilistes à se tourner vers le marché noir malgré ses prix exorbitants.

Au Nigeria, pays producteur de pétrole, la rareté et la cherté du carburant devient de plus en plus problématique pour de nombreux habitants.

Plusieurs stations-services d'Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, sont actuellement fermées. C'est le cas à la station de Shaffa, dans le quartier de Jayi, qui d'habitude fonctionne tous les jours: depuis quelques temps, les activités sont à l'arrêt. Un peu plus ln, à Djiaby, la station-service est bien ouverte, mais là, la file d’attente est très longue.

"Cette crise de carburant est grave, très grave, râle Hamza, chauffeur de taxi. Nous produisons le pétrole nous-mêmes, comment expliquer que nous faisons face à cette crise ?"

Une crise que vit la capitale fédérale depuis février. Et il ne s'agit pas seulement d'Abuja: la rareté du carburant à une période de hausse mondiale des prix du brut secoue certains États.

Sur le plan économique, les effets de cette pénurie de carburant sont désastreux: des clients doivent patienter plusieurs heures pour espérer avoir de l'essence.

"Je devais être au travail en ce moment, mais je suis encore ici dans la file d’attente à la recherche de carburant, se lamente Umar Musa. Tous les jours, c’est le même problème, nous ne savons pas ce qui se passe réellement."

Pour leur part, les détaillants affirment que c'est le coût élevé du transport de l’essence qui est principalement à l'origine de la pénurie. Ils dénoncent aussi la promesse faite par la Compagnie pétrolière nationale, la NPC, qui maintient qu'il n'y aura pas d'augmentation des prix à la pompe malgré les exigences de l'offre et de la demande.

"L'essence est réglementée, le gouvernement veut que nous vendions à 165 nairas le litre, explique Akin Akinrinade, un responsable de l’Association nationale des commerçants indépendants du pétrole. Mais entre le prix auquel on achète l'essence et les coûts de transport, on est déjà à 170 nairas..."

Le manque de carburant dans plusieurs stations services de la capitale fédérale oblige certains automobilistes à se tourner vers le marché noir et ses prix exorbitants. Une activité qui attire désormais de nombreux jeunes Nigérians sans emploi comme Mubarak Useni.

"Il n'y a pas d'emplois au Nigeria, dit-il. La majorité d’entre nous ne travaille pas, donc c’est une opportunité. Nous cherchons juste de quoi manger, c’est pourquoi nous vendons de l’essence dans la rue. Il vaut mieux faire ça que d’aller voler."

L'armée nigériane retrouve deux "filles de Chibok" huit ans après

Hauwa Joseph, ici avec son bébé, a été retrouvée avec d'autres civils le 12 juin près de Bama après que les troupes ont attaqué un camp de Boko Haram.

L'armée nigériane a annoncé mardi avoir retrouvé deux anciennes élèves du groupe dit des "filles de Chibok", enlevées par le groupe jihadiste de Boko Haram il y a huit ans, affaire qui avait provoqué une campagne mondiale baptisée #BringBackOurGirls ("#RamenerNosFilles").

Les deux jeunes femmes faisaient partie des 276 écolières âgées de 12 à 17 ans enlevées de leur pensionnat de Chibok, dans le nord-est du Nigeria. Leurs bébés dans les bras, elles ont été présentées à la presse par l'armée.

Le général Christopher Musa, commandant militaire des troupes dans la région, a déclaré aux journalistes que les jeunes femmes avaient été retrouvées les 12 et 14 juin à deux endroits différents par des soldats. "Nous sommes très chanceux d'avoir pu récupérer deux des filles de Chibok", s'est félicité le général Musa.

Les familles des filles nigérianes enlevées il y a 7 ans gardent l'espoir
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La première, Hauwa Joseph, a été retrouvée avec d'autres civils le 12 juin près de Bama après que les troupes ont attaqué un camp de Boko Haram. L'autre, Mary Dauda, a été retrouvée près du village de Ngoshe dans le district de Gwoza, à la frontière avec le Cameroun. Le 15 juin, l'armée a déclaré sur Twitter avoir trouvé l'une des filles de Chibok nommée Mary Ngoshe. Il s'agit en fait de Mary Dauda.

Plus d'une centaine encore disparues

"J'avais neuf ans quand nous avons été enlevées de notre école à Chibok. Je me suis mariée récemment et j'ai eu cet enfant", a déclaré Hauwa Joseph aux journalistes au quartier général militaire. Son mari a été tué dans le raid de l'armée. "Nous étions abandonnées, personne ne s'occupait de nous. Nous n'étions pas nourries", a-t-elle accusé.

Mary Dauda, qui avait 18 ans lorsqu'elle a été kidnappée, raconte avoir été mariée à plusieurs combattants de Boko Haram, avant de s'enfuir. "Ils vous affamaient et vous battaient si vous refusiez de prier", a-t-elle raconté. "Toutes les filles de Chibok qui restent sont mariées et ont des enfants. J'en ai laissé plus de 20" dans le village où je vivais, a-t-elle décompté.

Sur les 276 écolières enlevées en 2014, 57 d'entre elles avaient réussi à prendre la fuite et 80 autres avaient été échangées contre des commandants de Boko Haram dans le cadre de négociations avec les autorités.

Par la suite, d'autres filles ont été retrouvées mais plus d'une centaine restent portées disparues. Selon les vidéos de propagande, beaucoup auraient été mariées de force à des combattants jihadistes.

Depuis l'enlèvement "des filles de Chibok", de nombreuses autres écoles ou universités ont été attaquées dans le nord du Nigeria ces dernières années, certaines par des jihadistes, mais surtout par des groupes criminels qui pratiquent des enlèvements de masse contre rançons.

À Lagos, une école de cinéma gratuite veut internationaliser Nollywood

ARCHIVES - Des panneaux d'affichage de films nigérians dans un cinéma de Lagos, le 19 février 2019.

Au sein de Nollywood – le surnom de l'industrie cinématographique nigériane – l'académie EbonyLife Creative tente de former des jeunes professionnels à réaliser des films exportables hors Afrique.

Casquette à la Spielberg sur la tête, l'apprentie-réalisatrice Esther Abah donne ses dernières instructions à son actrice et repart s'installer derrière le moniteur. Dans les studios de l'académie EbonyLife Creative, une école de cinéma flambant neuve à Lagos, l'équipe d'une trentaine d'étudiants est "prête à tourner".

Dans ce faux-confessionnal en velours, ils filment leur court-métrage "Mon Père pardonnez-moi". "3. 2. 1. Action !", lance la jeune réalisatrice, pendant que, sur les conseils d'une professeure, l'ingénieure-son ajuste encore sa perche. A 30 ans, Esther Abah a déjà réalisé plusieurs courts-métrages et clips au Nigeria. Mais en intégrant l’école, elle "souhaitait apprendre à faire des films avec une autre perspective", dit-elle à l'AFP.

Basée à Lagos, la capitale culturelle bouillonnante du Nigeria et de toute l'Afrique de l'ouest, cette académie vise à former des jeunes professionnels de Nollywood, la très puissante industrie du cinéma nigériane, à réaliser des films capables de s'exporter en dehors du continent africain.

Vous + Nous : Nollywood à Paris
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Fait rare dans le pays, les formations sont gratuites et entièrement financées par l'Etat de Lagos, qui a compris que sa jeunesse créative et ambitieuse est une vraie richesse, et un immense pourvoyeur d'emplois potentiel si le secteur est mieux encadré.

"Nous voulons que nos étudiants soient capables de raconter des histoires nigérianes à destination d'un public international, dans un format qui soit accessible au monde entier", explique à l'AFP le directeur de l'école, Theart Korsten.

Tous les métiers du cinéma y sont représentés – réalisation, jeu d’acteur, production, scénario, son, direction artistique... – et tous les professeurs sont Nigérians, Sud-africains ou Kényans, avec une expérience à l'international.

Jeunesse dorée et paillettes

Jusqu'à récemment, Nollywood, qui produit plus de 2.500 films par an, ne cherchait pas activement à conquérir le marché mondial, forte des 215 millions d'habitants du Nigeria et d'une influence culturelle immense sur le continent.

Depuis l'essor de Nollywood dans les années 80, l'immense majorité des réalisateurs nigérians tournent leurs films en quelques semaines avec moins de 20.000 dollars. Des films "financés au Nigeria, et produits pour un public nigérian", fait remarquer Alessandro Jedlowski, anthropologue spécialiste de Nollywood à Sciences-po Bordeaux.

Pour Nollywood, Netflix c'est une aubaine de taille
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Mais au début des années 2010, face aux piratages massifs qui annihilent le modèle économique de l'industrie, une partie des distributeurs s'oriente progressivement vers un "marché plus formalisé". C'est aussi l'avènement des chaînes satellitaires, de nouvelles salles de cinéma... et surtout du streaming payant.

Ils ciblent alors l'élite nigériane et la diaspora africaine, plus aisées, explique M. Jedlowski. Les budgets augmentent et le type de films changent, avec en tête d'affiche les comédies romantiques mettant en scène la jeunesse dorée de Lagos.

La montée en puissance des grandes plateformes internationales de streaming comme Amazon ou Netflix permet aussi d'ouvrir Nollywood à un public international beaucoup plus large.

"Des films venus d'Amérique du Sud, d'Asie, ou de pays quasiment inconnus en Europe ont du succès sur les plateformes, alors de nombreux réalisateurs nigérians se sont rendu compte que leurs films pouvaient être vus à une échelle mondiale", explique le réalisateur nigérian Daniel Oriahi, professeur à l'académie EbonyLife Creative. "Mais pour cela, ils doivent se conformer à des standards différents, en terme de narration ou de technique", souligne-t-il.

Mauvaise réputation

Alors, à l'académie, on pousse les scénaristes et réalisateurs à s’essayer à d’autres genres, le drame ou le polar par exemple. Les acteurs sont eux formés à jouer différemment pour faire mentir leur –mauvaise – réputation dans l'univers du cinéma, de manquer de réalisme ou surjouer leur rôle.

"Nous parlons fort, nous sommes excités, tout est très dramatique chez nous et cela se reflète dans nos films. Mais vous pouvez transmettre les mêmes informations sans surjouer, et faire en sorte qu'un téléspectateur en Asie puisse s'identifier à nos personnages", dit M. Oriahi.

Ces critères différents, la puissante société de production Ebonylife les a bien compris. Et ce n'est pas un hasard si elle est devenue l'un des principaux partenaires de Netflix au Nigeria.

C'est pour former les professionnels de ce nouveau Nollywood, mais aussi pour repérer les meilleurs talents qu’elle a lancé cette école. Et c'est au sein de sa première promotion que la société de production a repéré Genoveva Umeh, l'actrice-star de Blood sisters, la première série nigériane co-produite par Netflix, diffusée depuis début mai. D’autres étudiants ont été recrutés comme stagiaires sur un film en préparation avec Amazon.

Les projets abondent et rien qu'en 2021, Nollywood a rapporté 660 millions de dollars de revenus au pays, soit 2,3% du PIB de la plus grande économie africaine. Selon les analystes financiers, son potentiel de croissance est immense. Alors pour Esther Abah et ses camarades, il n’y a pas qu’à Los Angeles qu’il est permis de rêver. A Lagos aussi.

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