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Le coronavirus frappe de plein fouet l'économie italienne


Des touristes lors du carnaval de Venise, le 23 février 2020. (REUTERS/Manuel Silvestri)
Des touristes lors du carnaval de Venise, le 23 février 2020. (REUTERS/Manuel Silvestri)

Forte chute de la Bourse de Milan, salons professionnels annulés, tourisme menacé: l'épidémie du nouveau coronavirus frappe de plein fouet le nord de l'Italie, poumon de la troisième économie de la zone euro, menaçant un peu plus sa croissance déjà exsangue.

Après un week-end marqué par une explosion des cas (219 dénombrés lundi), les autorités ont annoncé des mesures draconiennes en Vénétie et en Lombardie: fermeture des écoles, des musées, annulation des rendez-vous culturels et sportifs et fermeture, dans la seconde région, des bars et restaurants de 18H00 à 06H00 du matin.

L'épidémie et les mesures prises "ont un très fort impact sur les services: commerces, spectacles, tourisme, hôtels, restaurants et bars, qui sont fermés le soir, soit quand ils travaillent le plus", explique à l'AFP Luca Paolazzi, expert à l'institut italien REF.

"Or, comme les services étaient le secteur d'activité qui permettait à l'économie italienne de se maintenir à flot, il est très probable qu'on assiste à un recul du PIB italien au premier mais aussi au deuxième trimestre", ajoute-t-il.

La situation n'était déjà guère brillante. Minée par le ralentissement de l'économie mondiale et la forte instabilité politique interne, la péninsule avait enregistré une croissance de seulement 0,2% l'an passé, avec même un recul de son PIB en fin d'année, en faisant le plus mauvais élève de l'Union européenne.

Pour cette année, le gouvernement tablait sur une hausse du PIB de 0,6% et la Commission européenne de 0,4%, mais c'était avant le coronavirus...

- "Cri d'alarme" -

"La Vénétie et la Lombardie représentent à elles seules entre un quart et 30% du PIB italien et sont un moteur de l'activité productive", et ce qui se passe dans ces régions aura donc un impact sévère, souligne Luca Paolazzi.

Dès son ouverture lundi matin, la Bourse de Milan s'est effondrée, témoignant de l'inquiétude des investisseurs.

En début d'après-midi, elle perdait 4,84%. Parmi les valeurs les plus touchées, celles du luxe, comme Salvatore Ferragamo (-8%) ou industrielles (CNH, Brembo...).

La Semaine de la mode de Milan, qui s'est terminée dimanche, a été marquée par une chute de 50% des acheteurs asiatiques et la tenue sans public, par précaution sanitaire, de deux défilés, dont celui de Giorgio Armani.

Plusieurs grands salons professionnels milanais, qui devaient commencer cette semaine ont été annulés, dont Myplant & Garden et le Mido, le plus grand rendez-vous international de la lunetterie, l'Italie étant le premier fabriquant mondial de montures et lunettes de soleil haut de gamme.

L'inquiétude pèse désormais sur le Salon du meuble et du design, prévu du 21 au 26 avril.

L'association du secteur des congrès et salons, Federcongressi&eventi, a estimé à plus d'1,5 milliard d'euros la perte économique pour cette filière en un mois en Lombardie, Vénétie et Emilie-Romagne, et demandé la mise en place de mesures fiscales et d'aides pour amortir le choc.

- 25% d'annulations -

Les hôteliers sont aussi inquiets. "La situation est préoccupante. Outre le problème des salons, des annulations commencent à arriver d'entreprises qui reportent des voyages professionnels", déclare à l'AFP le président à Milan de l'association des hôteliers Federalberghi, Maurizio Naro.

"Pour cette semaine, une première estimation fait état de 25% d'annulations", dit-il.

Milan a connu un envol touristique depuis l'Exposition universelle de 2015, grâce à ses semaines de la mode, du design, son Duomo (cathédrale) ou sa vie nocturne.

De 4,2 millions de visiteurs en 2011, elle est passée à 6,8 millions en 2018 (dont environ 65% d'étrangers), soit une hausse de plus de 60%.

Mais avec son Duomo et ses musées fermés tout comme ses bars et restaurants le soir, que vont faire les touristes ?

"On s'adaptera, on regardera ce qu'il y a moyen de faire quand même. C'est la vie...", déclare philosophe une touriste belge, Sophia Lomonaco, tout juste arrivée avec sa fille Maeva pour un séjour de quatre jours destiné à célébrer les 18 ans de celle-ci.

"Ce qui nous embête plus c'est les musées, on avait réservé le Duomo", ajoute-t-elle, en évoquant, pour compenser, la possibilité de se rendre aux îles Borromées, sur le lac Majeur.

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