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Controverse sur Mitterrand et le génocide au Rwanda

L'ancien président français François Mitterrand, en exercice au moment du génocide au Rwanda, à Paris, France, 11 juillet 1994.

L'association Survie a déploré la "véhémence" avec laquelle 23 anciens ministres socialistes français s'étaient insurgés contre des propos critiques sur l'ex-président François Mitterrand en place au moment du génocide au Rwanda, la jugeant "révélatrice du déni sur le sujet".

Le journal Le Canard Enchaîné révèle dans son édition de mercredi qu'une lettre a été adressée au chef du Parti socialiste français (PS) Olivier Faure, émanant de 23 ex-ministres du PS qui s'insurgent contre des déclarations de Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes du 26 mai.

"Le Rwanda est le plus grand scandale de la Ve République. Gauche et droite ont trempé dedans, même si c'est François Mitterrand qui avait lancé cette politique et la portait de la manière la plus radicale et abjecte", avait notamment déclaré M. Glucksmann au journal Le Monde le 6 janvier.

Parmi les signataires de la lettre figurent Hubert Védrine, l'ancien secrétaire général de la présidence française au moment du génocide au Rwanda, et Paul Quilès, ancien président d'une Mission d'information de l'Assemblée nationale française sur le Rwanda.

"Comment peut-on porter un tel jugement (...) alors que la France fut le seul pays, dès le feu vert donné par l'ONU, à mener une opération humanitaire en 1994, pendant le génocide, pour sauver des vies, pendant que le monde entier restait indifférent", s'insurgent les signataires.

"Certes, la politique française au Rwanda peut naturellement être évaluée, discutée, ou critiquée. Mais rien ne peut justifier les accusations de "complicité de génocide" relayées par M. Glucksmann, alors qu'il s'exprime aujourd'hui au nom des socialistes", estiment les signataires.

Les zones d'ombres sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide - qui fit au moins 800.000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés - restent une source récurrente de polémique en France.

Le président Mitterrand est accusé d'avoir, entre 1990 et 1994, pris le parti des Hutus face à la rébellion tutsie, soutenue par l'Ouganda, par crainte d'une expansion de la sphère d'influence anglo-saxonne. Et d'avoir ensuite tardé, comme l'ensemble de la communauté internationale, à réaliser l'ampleur des massacres et à s'interposer pour protéger les Tutsi traqués.

Dans un communiqué mercredi soir, Survie, qui milite "pour une refonte réelle de la politique étrangère de la France en Afrique", estime que cette lettre est "révélatrice du déni sur le sujet, 25 ans après".

"Ces anciens ministres se scandalisent des accusations de "complicité de génocide" ? Pourtant, aucun ne peut ignorer le rôle central de François Mitterrand dans le soutien jusqu'au-boutiste au gouvernement intérimaire rwandais qu'il qualifia pourtant de "bande d'assassins" à la mi-juin 1994", affirme notamment Survie.

Mais cette "véhémence" et cette "énième levée de boucliers montre que des personnalités qui ont eu des rôles clé à l'époque ou dans le PS les années suivantes sont encore capables de se coaliser", ajoute Survie.

Jeudi, M. Glucksmann a estimé sur les médias RMC et BFMTV que le génocide au Rwanda n'était "pas un enjeu de polémique électorale".

"A l'époque, il y avait un président de gauche, François Mitterrand, et un Premier ministre de droite, Édouard Balladur, on est en pleine cohabitation et la France a soutenu, armé, formé les milices et l'armée qui allaient faire le génocide, ça c'est une vérité", a-t-il martelé.

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Assassinat de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana: non-lieu prononcé en France

Un rebelle du Front patriotique rwandais (FPR) passe sur le site de l'accident d'avion du 6 avril qui a tué le président rwandais Juvenal Habyarimana, le 23 mai 1994, à Kigali. (AP Photo/Jean Marc Bouju/Archives)

La Cour d'appel de Paris a confirmé vendredi le non-lieu rendu après vingt ans d'enquête sur l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, épisode déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda, ont annoncé à la presse les avocats des parties.

Après six mois de délibérations, les magistrats de la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel ont confirmé la décision des juges antiterroristes qui ont ordonné, le 21 décembre 2018, d'abandonner les poursuites contre neuf membres ou anciens membres de l'entourage de l'actuel président rwandais Paul Kagame.

Les avocats de la famille Habyarimana et de celles de l'équipage français de l'avion ont immédiatement annoncé qu'ils formaient un pourvoi en cassation contre cette décision.

A défaut d'un procès immédiat, ils espéraient a minima que la Cour ordonne la réouverture des investigations, afin que la justice française se fasse communiquer un rapport secret de 2003 du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui attribuait la responsabilité de l'attaque au clan Kagame.

"C'est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement" mais "ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d'une vie", a réagi à la sortie de l'audience Me Philippe Meilhac, l'avocat d'Agathe Habyarimana, la veuve de Juvénal Habyarimana.

Il a dénoncé une "chape de plomb" et "une connotation politique omniprésente" dans ce dossier, citant des propos récents du président Kagame.

"Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes", avait mis en garde cette semaine le président rwandais dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique, au sujet de cette affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.

Pour les avocats de la défense, Me Léon-Lef Forster et Bernard Maingain, cette décision de 64 pages, qui n'a pas encore été communiquée aux parties, "est une étape fondamentale".

"Parler de satisfaction serait aller trop loin, mais c'est déjà une étape qui est une forme de soulagement", a déclaré Me Forster, déplorant un pourvoi en cassation qui constitue, selon lui, une nouvelle "manoeuvre dilatoire" des parties civiles.

Le 6 avril 1994, l'avion transportant Juvénal Habyarimana, un Hutu, et le président burundais Cyprien Ntaryamira avait été abattu, durant sa phase d'atterrissage vers Kigali, par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit plus de 800.000 morts au cours des trois mois suivants, selon l'ONU, principalement dans la minorité tutsi.

Qui est l'auteur du tir fatal contre l'avion présidentiel ? Les enquêteurs français ont longtemps privilégié la responsabilité des rebelles tutsis, menés par Paul Kagame devenu président du pays en 2000, avant de s'orienter -sans davantage aboutir- vers une implication d'extrémistes hutus, soucieux de se débarrasser d'un président trop modéré à leurs yeux.

Minute Eco: 600 millions de dollars pour sauver le naira nigérian

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Abandonnés par l'ONU, les réfugiés rwandais vivent le calvaire au Congo-Brazzaville

Les réfugiés rwandais, ici au camp de Kintele, redoutent de rentrer, le 15 juin 2020. (VOA/Arsène Séverin)

Quelque 8.400 réfugiés rwandais sont sans statut depuis fin décembre 2018. Cette situation les expose à de nombreuses tracasseries et les enfants n'ont pas le droit d'étudier au-delà des classes primaires.

Situé à une trentaine de kilomètres au nord de Brazzaville, le camp de Kintélé accueille des réfugiés rwandais depuis 23 ans. Près de 500 personnes y vivent.

Dans l'ensemble du territoire congolais, ils sont environ 8.400 à vivre comme des clandestins. Depuis 2018, ils n'ont plus droit à la protection car le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement congolais ont invoqué la clause de cessation de statut des réfugiés dans ce pays.

Au quotidien, ces ressortissants rwandais font face à diverses tracasseries policières.

Théogene Akim Rukundo, un habitant du camp, estime que les conditions ne sont pas encore réunies pour leur retour au Rwanda.

"Ces cabanes sont érigées depuis 23 ans. Le processus enclenché par l'Etat congolais et le HCR pour la cessation de notre statut n'a pas respecté les conventions internationales en matières de droits de réfugiés", affirme-t-il.

Retourner au Rwanda relèverait du suicide, explique-t-il, car les ex-rebelles qui les avaient forcés à l'exil sont toujours au pouvoir à Kigali.

Plus de 8000 réfugiés rwandais sont sans statut depuis 2018
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Le président de la Communauté rwandaise au Congo, Aloyse Bayounga, qui habite le même camp, se plaint des tracasseries policières. "Nous sommes devenus comme le marché de la police. Lorsqu'un réfugié est arrêté, on lui demande sa carte qui en fait est déjà périmée. On le menace avant de lui demander de l'argent, parfois on le dépouille de tous ses objets de valeur", décrit-il.

Les enfants nés sur cette terre de refuge sont sous une forme d'ambiguïté juridique.

"En principe, il fallait que nos enfants aussi aient les droits comme un enfant qui est né au Congo. A cause du problème de cartes, nous n'avons plus de liberté pour exercer une activité. Nos enfants aussi n'ont pas de cartes parce qu'ils sont nés de parents rwandais", déplore Angélique Karuyonga, mère de famille.

A Brazzaville, plusieurs associations suivent la situation de ces réfugiés et appellent les autorités à faire preuve d'empathie.

Alain Kombo est le président de l'Association pour les droits de l'homme et l'univers carcéral (ADHUC), qui s'est saisie de l'affaire depuis 5 ans. Il demande la mise en place d'une commission indépendante qui assurera la confiance entre les réfugiés et les autorités actuelles du Rwanda, "et ainsi, ils vont rentrer chez eux".

Plus de 8000 réfugiés rwandais sont sans statut depuis 2018

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Le FMI décaisse 111,06 millions de dollars pour le Rwanda

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