Liens d'accessibilité

Colère des vendeurs ambulants au marche Mokolo de Yaoundé


Le nouvel espace commercial des vendeurs ambulants du marché mokolo, quasi vide de ses occupants, à Yaoundé, le 5 août 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Le marché Mokolo à Yaoundé est le plus vaste, le plus fréquenté de la capitale politique du Cameroun, mais à la réputation d'être touché par l'insécurité à cause des nombreux pickpockets.

Les vendeurs ambulants, communément appelés "sauvetteurs", devaient pourtant se réjouir d'un nouvel espace commercial inauguré le 27 juillet.

Passé l'euphorie de cette cérémonie, c'est le désarroi et la colère qui sont perceptibles dans les rangs des vendeurs ambulants.




Dans une écrasante majorité, ils dénoncent "l'attribution mafieuse " des comptoirs et boutiques nouvellement construits pour y mener leurs activités.

"Nous avons été recensés, mais à la grande surprise quand les travaux commencent, on se rend compte que les vendeurs ambulants n'ont pas été les premiers bénéficiaires du nouvel espace ", soutient l'un d'eux, Michel Pougoue.

Tout est resté intact au marché Mokolo : trottoirs engorgés, espaces de circulation à l'intérieur du marché occupés et la principale voie d'accès au nouveau site commercial des vendeurs ambulants, fait toujours office d'étalages.

Une route à l'intérieur du marché mokolo sert plutôt d'étalages pour les vendeurs ambulants, à Yaoundé, le 5 août 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Une route à l'intérieur du marché mokolo sert plutôt d'étalages pour les vendeurs ambulants, à Yaoundé, le 5 août 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Résistances ou boycott du nouveau site ?

Les langues se délient du côté des commerçants jusqu'ici sans comptoir sur le nouveau site.

"Vous avez une marchandise qui vous a coûté 100 000 francs CFA et vous demande de payer 400 000 francs CFA pour un comptoir, c'est tourner à perte! ", lance un jeune vendeur à VOA Afrique.

Un autre va plus loin en affirmant que " pour être propriétaire d'un comptoir, ils m'ont demandé 600 000 francs CFA. Sauf qu'ils n'ont pas souhaité me remettre un reçu contre paiement. "C'est un business qu'ils font entre eux", conclut-il amèrement.

Les cris des premiers occupants du site.

Même ceux qui ont intégré le nouvel espace commercial ne décolèrent pas, comme la poignée de couturières spécialisées dans les retouches des vêtements, une activité florissante au marché Mokolo.

"Nous sommes les premières à avoir réservé les comptoirs. Curieusement, ceux qui l'ont fait après nous, occupent les meilleurs emplacements. Les clients n'arrivent pas ici ", se lamente une jeune couturière.

Cet isolement du reste du marché, toutes les couturières s'en plaignent à VOA Afrique.

Ces couturières ayant intégré le nouvel espace commercial du marché mokolo disent ne plus réaliser les bonnes affaires dans leur nouvel emplacement, à Yaoundé, le 5 août 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Ces couturières ayant intégré le nouvel espace commercial du marché mokolo disent ne plus réaliser les bonnes affaires dans leur nouvel emplacement, à Yaoundé, le 5 août 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

"Nous sommes très mal à l'aise puisque tout le monde ne va jamais intégrer cet espace. En janvier dernier, pour nous encourager à venir ici, on nous a fait savoir que tous les petits commerçants du marché y seront installés".

La réalité est toute autre, du moins depuis l'inauguration du nouvel espace commercial baptisé "émergence ". Un grand nombre de vendeurs ambulants préfèrent accoster les clients en bordure de route ou dans les allées du marché.

Pourtant, les locaux flambant neufs du lieu-dit "Afrique du Sud ", viennent de sortir l'endroit du registre noir.

Oumarou Mbouombouo, président de l'Association des vendeurs à la sauvette du Cameroun, connaît bien la réputation du coin.

"Scènes de vols à l'arrachée, agressions au couteau, consommation de drogue à ciel ouvert, le lieu-dit "Afrique du Sud " au marché Mokolo a pendant longtemps défrayé la chronique. Aujourd'hui, je pense que l'histoire de cet endroit a changé", déclare-t-il avec un brin de fierté.

Jadis inaccessible et considéré comme chasse gardée des bandits, "la communauté urbaine de Yaoundé a affecté le site à un particulier pour y bâtir un espace commercial sécurisé", renchérit il.

Le nouvel espace a coûté la somme de 1,5 million de francs CFA. Bâti sur une superficie de 6 917 m2, il comprend deux compartiments de 936 comptoirs, 160 kiosques, 44 boutiques, 20 magasins, 157 espaces pour petits métiers, 2 blocs de toilettes, 2 cubitenaires de 5 000 m3 chacun pour pallier à toute coupure d’eau.

Un tel niveau d'investissements peut-il justifier les plaintes de marginalisation ou d'affairisme enregistrées auprès des vendeurs ambulants du marché Mokolo ?

"Le marché de mokolo est le fruit d'un partenariat entre la communauté urbaine et un particulier. Ce dernier y a mis des moyens financiers et va le gérer pendant 25 ans", explique Gilbert Tsimi Evouna, délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé.

Que fera t-on de cette masse de vendeurs ambulants, qui n'ont pas d'emplacement sur le nouveau site ? De ceux qui occupent encore de façon anarchique les axes de circulation du marché mokolo ?

Le délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna n'en dit pas mot.

Cependant, tous ces vendeurs ambulants du marché mokolo, reconnaissent en l'homme, la capacité de les faire déguerpir des trottoirs même aux cris de leur désarroi.

Emmanuel Jules Ntap, correspondant à Yaoundé

Facebook Forum

XS
SM
MD
LG