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Cinq ans après l'insurrection, la nostalgie Compaoré


L'ancien président burkinabè Blaise Compaoré, exilé en Côte d'Ivoire à Abidjan le 10 octobre 2016.

Amaigrie, la lionne grogne en entrevoyant la nourriture. Le petit zoo de Ziniaré, près de Ouagadougou, dans la résidence de Blaise Compaoré vit d'expédients depuis l'exil de l'ex-président burkinabè après l'insurrection populaire d'octobre 2014 qui a mis fin à 27 ans de pouvoir. 

"On ne lui donne plus qu'un repas tous les deux jours. Les singes sont morts. Avant, il y avait éléphants, phacochères, pythons, zèbres, girafes... Ce n'est plus comme avant! On n'a plus de moyens. Le directeur du zoo envoie de l'argent quand il peut", affirme le guide Boureima Sawadogo, qui aimerait une aide de l'Etat.

Les partisans de Blaise Compaoré voudraient voir dans ce zoo, jadis financé par l'ex président dans sa commune natale, un symbole de l'état du pays depuis son départ.

Comme celle à l'endroit de dictateurs à la fois haïs puis adulés, comme Mobutu en RDC ou Bokassa en Centrafrique, la nostalgie Compaoré grandit au Burkina.


Les mauvais souvenirs --corruption, pauvreté, manque de démocratie-- s'estompent... On évoque aujourd'hui une période idyllique alors que les 30 et 31 octobre 2014 des dizaines de milliers de Burkinabè avaient pris la rue pour empêcher leur président de changer la Constitution et se maintenir au pouvoir. In fine, M. Compaoré avait fui le pays.

"Tous ceux qui ont fait ça (insurrection), ne savaient pas que ça allait faire ca", affirme Maurice Ilboudo, démarcheur, habitant de Ziniaré mais originaire de Bobo-Dioulasso.

"Avant il y avait des projets, du travail, des businesses, les jeunes travaillaient. Maintenant qu'il est parti, il n'y a plus rien. Il y a la galère", assure-t-il.

Le thème des attaques jihadistes revient systématiquement. Depuis le départ de Blaise Compaoré, le Burkina est pris dans une spirale de violences que l'armée est incapable d'enrayer. Ces attaques ont fait plus de 620 morts et exacerbé les tensions intercommuautaires.

"Quand il était là, il n'y a pas de terroristes. Maintenant, il est parti. Les terroristes sont venus! Ils sont en train de tuer les gens, de dégager les gens dans les villages", dit-il.

"Ca fait cinq ans, les gens souffrent. On veut qu'il (Compaoré) revienne. S'il revient, tout sera bien. Tout va revenir comme avant. Bien propre même", conclut-t-il.

Coordonnateur du mouvement pour le retour de Blaise Compaoré, Mamadou Abdel Kader Traoré organise régulièrement des activités pour entretenir le souvenir de l'ancien président.

"C'était très mieux avant (sic). Il y eu 27 ans de stabilité politique et de développement économique, d'investissements, l'accompagnement de la jeunesse. Pendant 27 ans, nous n'avons pas connu le terrorisme. Mais aujourd'hui, on pleure tous les jours", soutient-il critiquant notamment la dissolution du Régiment de sécurité présidentiel (RSP) pourtant auteur d'un putsch raté en 2015.

"Cela été une erreur monumentale. C'était l'élite qui était mieux équipée, mieux formée pour gérer ces questions sécuritaires. Avec le RSP on partait à l'école sans problème, on avait de l'emploi", dit-il critiquant "le train de vie de l'Etat qui ne fait que grimper".

- Retour... devant la justice -

"Nous aussi, on veut un retour rapide de Blaise Compaoré au Burkina", ironise Serge Bayala, membre du Balai citoyen, un des mouvements qui ont contribué à la chute de l'ancien dirigeant.

"Mais, on ira aux tribunaux direct et après il pourra s'il veut aller à Ziniaré à côté de ses +Phaco+ (phacochères du zoo). S'il revient il aura pour agenda politique de répondre des crimes desquels il semble être responsable", précise-t-il

M. Compaoré, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international, vit actuellement en Côte d'Ivoire d'où il ne peut être extradé en raison de sa double nationalité ivoirienne obtenue grâce à son épouse.

Pour, cet activiste, aucune nostalgie. Au contraire. "S'il a été chassé c'est (en raison) de ses performances politiques qui étaient caractérisées par une certaine promotion de la mal gouvernance, l'impunité croissante et aussi d'un certain nombre de crimes de sang", lance M. Bayala,

Il balaie aussi l'idée que le pays était en paix et qu'il n'y avait pas d'attaques jihadistes : "On n'a pas tous les mêmes définitions de la paix. La paix peut être remise en cause par le fait que des individus ne mangent pas, ne soient pas scolarisés."

"S'il faut lui concéder le fait que sous son règne, il n'y avait pas des d'attaques jihadistes, cela est expliqué par la co-relation directe (de Compaoré avec les jihadistes) Le territoire burkinabé était devenu un pied-à-terre des groupes terroristes", dit-il.

M. Compaoré négociait effectivement régulièrement avec les groupes islamistes, jouant les médiateurs régionaux, participant à la libération d'otages. "Le Burkina était leur sanctuaire", confirme une source sécuritaire.

"Donc, assimiler cette accalmie irresponsable liée à la caution du grand banditisme d'Etat à un sentiment de paix, c'est manquer d'analyse. Est-ce que la paix se gagne avec la compromission ?", interroge M. Bayala. "Nous n'avons aucun regret !"

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